C'est Vendredi Saint aujourd'hui... Qu'est-ce que ça veut dire pour vous?
J'ai l'impression que souvent, on est tenté de passer du gros party du dimanche des rameaux directement au gros party de la Résurrection, sans faire un arrêt à la case de la croix.
Le premier soir de Pessah, cette semaine, je me suis retrouvée à prendre le thé avec deux de mes amies. J'ai dit: "Hey! Les filles! C'est Pessah (Passover, la Pâque Juive) ce soir!" Et on s'est mis à parler des 10 plaies d'Égypte... En fait, plus de la dernière plaie, celle où Dieu tue tous les premiers nés d'Égypte, sauf les hébreux qui avaient fait un X sur leur porte. Mon amie a dit: "Il me semble que c'est tellement pas "God-like" de faire ça... Me semble que ça correspond pas au Dieu du Nouveau Testament de tuer du monde comme ça..."
Longtemps, je me suis dit exactement la même chose. Puis, je me suis mise à lire la Bible avec une approche historico-critique, à la mettre en contexte. À l'époque où l'Exode a été écrit, pour qu'un dieu soit craint (au sens de respecté et adoré), il fallait qu'il montre sa puissance par des victoires militaires. Si Dieu s'était contenté d'adoucir le coeur du Pharaon pour qu'il laisse les Hébreux partir, ça n'aurait pas été aussi impressionnant. Il a endurcit le coeur du Pharaon pour qu'Il puisse montrer Sa puissance et être glorifié.
Mon amie a réitéré qu'elle trouvait que ce n'était pas "God-like" d'imposer des souffrances pour Sa gloire.
Imposer des souffrances au peuple oppresseur pour sauver les Hébreux ou imposer le supplice de la crucifixion à son propre fils pour nous sauver, n'est-ce pas un peu dans la même lignée?
D'un autre côté, je n'ai jamais vraiment tout à fait compris comment la Crucifixion et la Résurrection nous sauvent du péché...
À chaque Vendredi Saint, je me repenche sur la question.
Et vous? Faites-vous un arrêt à "la case croix"? Quel sens est-ce que ça prend pour vous? Ou bien passez vous directement du "Hosana!" au "Alleluia"?
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Commentaires
unVeilleur
Tout dire religieux est
Affiché le ven 22/04/2011 - 14:57
Tout dire religieux est inévitablement "anthropomorphique", façonné par des humains, en exprimant la grandeur de leur espérance et aussi, trop souvent, l'étroitesse de leurs conceptions quand ce n'est pas la mesquinerie et le calcul de leur cœur. Je perrçois la "saga" de la libération de l'esclavage et l'attribution à Dieu des sentiments de vengeance et de manipulation de l'oppresseur comme un genre "littéraire", une tentative pré-critique d'expliquer l'inexplicable, l'entêtement des puissants malgré l'impasse flagrante de leur choix comme le choix divin des faibles malgré les tribulations multiples dont ils ne sont pas pour autant exemptés.
Dans sa portée cosmique, la "croix" de Jésus n'est jamais aussi bien "expliquée" que dans la très belle hymne aux Philippiens 2 :
" Que chacun, au lieu de regarder à ce qui lui est propre, s'intéresse plutôt aux autres.5 Ayez entre vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ : 6 lui qui était vraiment divin, il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu, 7 mais il s'est vidé de lui-mêmeen se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, 8 il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort — la mort sur la croix. 9 C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, 10 pour qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11 et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneurà la gloire de Dieu, le Père."
Solidaire de la condition humaine, "esclave et souffrant, même du rejet et de la condamnation immérité", c'est dans le creuset de l'absurde et de l'injustice que Jésus entraîne dans son passage toutes les générations, toutes les époques, et toutes réalités. C'est en cela que sa mort "sauve", qu'elle apporte le pardon, "compense" ou supplée à tout ce qui demeure inévitablement inachevé et insuffisant dans une existence humaine, individuelle ou collective. Ce n'est pas tant une 'explication' plausible et satisfaisante à l'intellect qu'un "être avec" qui fait sens... Alors oui, pour la résurrection Alleluia mais jamais sans la croix, sinon ce n'est qu'un conte parmi d'autres.
Recueil Arc-en-ciel n° 452
Paroles H. Capieu d’après P. Gerhardt 1656.
Ô douloureux visage
1- Ô douloureux visage
De mon humble Seigneur ;
Ô tête sous l’outrage,
Ô front sous la douleur.
Plein des beautés divines
Dans les cieux infinis,
C’est couronné d’épines
Que je te vois ici.
2- C’est toi que ma main blesse,
C’est moi qui suis guéri ;
C’est moi qui me redresse,
C’est toi qui es meurtri.
Quel étrange partage
De ma vie et ta mort,
Où ta mort est le gage
Que la vie est mon sort.
3- Parmi tant de blessures
De la lance et des clous,
Parmi tes meurtrissures,
La trace de mes coups.
Et parmi tant d’offenses
Ton seul, ton seul pardon,
Et pour seule espérance
La force de ton nom.
4- De l’humaine misère
Tu t’es fait serviteur ;
De chacun de tes frères
Tu portes la douleur
Seigneur de nos souffrances
Et de nos lendemains,
Garde notre espérance
En tes vivantes mains.
Patrick_qc
Ursus a écrit : Mon amie a
Affiché le ven 22/04/2011 - 22:27
La Parole de Dieu affirme avec justesse que Dieu n'est pas l'auteur du mal et de la souffrance. Dieu est totalement bon.
Est-ce que cela exclue l'idée que Dieu peut punir les humains? Non. Hébreux 12, montre comment Dieu peut punir ceux qu'Il aime pour les corriger et les remettre dans le droit chemin.
Est-ce que Dieu doit être tenu responsable pour les souffrances du peuple égyptiens ou de son Fils? La réponse est "non". Dieu a parlé plusieurs fois à pharaon et l'a invité à laisser aller le peuple hébreux de son plein gré. Les plaies d'Égypte est la réponse de Dieu au refus de pharaon et du peuple égyptien.
Nous pouvons voir la même chose à l'oeuvre dans la croix de Christ. Dieu n'est pas l'auteur de la souffrance infligée à son Fils. C'est le monde qui a infligé les souffrances et la mort à Jésus.
Pour comprendre les évènements de la croix nous devons réaliser à quel point Dieu est saint. D'ailleurs, c'est le seul attribut divin qui est répété 3 fois dans un même verset sous la forme "Saint, Saint, Saint.". Cette triple répétition montre l'importance accordée par la Bible à cette attribut.
Dieu est Saint parce qu'il est séparé de sa création. Les humains sont corrompus par le péché alors qu'en Dieu il n'existe aucune trace de mal. La différence de nature entre Dieu et l'humain est tellement grande que la Bible affirme que si Dieu nous apparaissait, cela provoquerait notre mort. Notre nature corrompue ne peut pas supporter la Sainteté divine.
Le péché est radicalement contraire à la nature divine qui n'est que bonté. Il en résulte que Dieu hait radicalement le péché et le mal. L'être humain qui est pécheur par nature ne peut pas entrer en communion (et en relation) avec Dieu. La colère (attention Dieu ne sa fâche pas à la manière des humains) de Dieu est sur le pécheur! Nous méritons tous, à cause de nos désobéissances à la loi morale divine de recevoir un châtiment éternel.
Pour obtenir le salut, nous devrions accomplir parfaitement toute la loi divine. Cela est impossible. Ce n'est pas sans raison que les apôtres ont demandés:"Qui peut donc être sauvé?" (Matthieu 19, 25) Ce qui est impossible aux humains étaient à la porté de Dieu. Le Père a envoyé son Fils afin qu'il accomplisse toute les exigences de la loi divine. Est-ce que cela était suffisant pour ouvrir la porte du Ciel? Non. Jésus se devait de prendre sur Lui la colère de Dieu qui était sur les pécheurs. C'est ce qu'il a fait à la croix. Par ses souffrances et sa mort sur la croix, Jésus a pris sur Lui la juste peine que nous méritons à causes de nos désobéissances.
"Il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris." (Ésaie 53, 5)
Lorsque nous acceptons de mettre notre foi en Christ, la justice de Jésus (son obéissance à la loi) nous est attribuée. Dieu nous déclare "juste" sur la base de notre "foi". Quant à la condamnation, elle n'existe plus pour tout ceux qui font confiance (ont foi) en Christ qui l'a porté à la croix.
Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. (Jean 3, 36)
unVeilleur
Ursus a écrit : D'un autre
Affiché le sam 23/04/2011 - 10:08
D'un autre côté, je n'ai jamais vraiment tout à fait compris comment la Crucifixion et la Résurrection nous sauvent du péché...
À chaque Vendredi Saint, je me repenche sur la question.
Au gré de mes pérégrinations sur la Toile, j'ai trouvé ce très beau texte de Maurice Zundel qui exprime sa foi en tentant de dire de façon actuelle ce que les Écritures et la tradition expriment dans un vocabulaire formel devenu difficilement compréhensible à la majorité.
L'Évangile nous annonce un Dieu fragile et désarmé remis entre nos mains. Si je pouvais résumer toute ma foi, elle est vraiment là : je crois à cette Vie d'un Autre en moi, je crois au risque infini de Dieu, je crois à la tragédie éternelle de l'Amour crucifié, je crois à la fragilité de Dieu parce que, s'il n'y a rien de plus fort que l'amour, il n'y a rien de plus fragile. Dieu fragile, c'est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de l'Évangile : un Dieu fragile est remis entre nos mains, un Dieu fragile est confié à notre conscience.
Dieu fragile et désarmé, tellement que c'est à nous de Le protéger contre nous-mêmes. C'est là la lumière de la Croix : Dieu meurt d'Amour pour ceux qui refusent obstinément de L'aimer.