Ursus

Ursus

image

Résurrection de la chair

 Il y a quelques mois, j'ai lu un livre de Michel Pastoureau sur l'évolution historique de la figure de l'ours. Il y était entre autre question  de la compétition de l'ours et du lion comme roi des animaux et du rôle de l'Église dans cette course à la chefferie zoologique. On y mentionnait au passage un débat théologique qui avait très sérieusement cours au Moyen Âge: comment les corps des martyres dévorés par les lions peuvent-ils ressusciter?  J'avais raconté avec amusement ce passage à une amie et nous en avions rigolé...

 

Avec le fil sur ce qui se passe après la mort et le décès récent de ma grand-mère, je me suis mise à réfléchir à la résurrection et je me suis rendue compte que je n'y avais jamais songé sérieusement.

 

Le Crédo des Apôtres, que j'avais appris par coeur sans rien y comprendre quand j'étais enfant, se termine par cette phrase:

"Je crois en l'Esprit Saint, à la Sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle."

 

Ce crédo là est supposé rassembler tous les Chrétiens, y compris ceux de l'Église Unie du Canada, même si nous avons notre propre crédo.

Y croyez-vous en la résurrection de la chair? Si oui, comment pensez vous que ça fonctionne?

Si on prend les Évangiles de façon littérale, on peut se dire que ça fonctionne comme une plante. Le corps mort, c'est la graine. Une fois ressuscité, il est tout autre. Ce qui expliquerait pourquoi personne ne reconnaît Jésus tout de suite... Mais ce qui m'embête, c'est que Thomas peut mettre ses doigts dans ses blessures, donc son corps est encore brisé... Pourtant il fonctionne puisque Jésus mange avec eux.

 

C'est à se péter la tête sur les murs. Je pense que c'est pour ça que je n'y ai jamais réfléchi avant. 

 

Commentaires

unVeilleur

unVeilleur

image

Ce que Dieu décide et - pour

Ce que Dieu décide et - pour nous qui vivons selon une perception de la durée et de l'écoulement du temps - décidera sera sûrement bien. Comme la lecture de la Bible, les Credo sont souvent lus dans un premier temps au pied de la lettre. Tous sont des documents historiques à comprendre dans leur contexte et selon l'intention qui les a générés.

 

Pour bien comprendre le terme "chair" il est précieux de se pencher sur l'héritage biblique et le développement théologique ultérieur. Il importe de garder à l'esprit tout particulièrement l'intention bienveillante de Dieu qui veut être en relation de vie (salut) avec les humains et qui,  pour les Chrétiens, s'est rendu solidaire de façon complète de la condition humaine en Jésus Christ, "qui a pris chair".  - Ça rejoint deux autres fils de discussion,  l'un sur la Christologie et l'autre sur ce qu'il y a après la mort.

 

Voici des contenus catéchétiques (ie un enseignement religieux et spirituel sur la foi et ses implications) provenant de deux sites catholiques romains, mais dont le contenu ne diffère pas vraiment du protestantisme historique. L'œcuménisme est déjà une réalité très vivante dans bien des aspects de la vie des chrétiens et des églises.

 

Chair/corps

dans les Écritures, en provenance du site InterBible.

 

La résurrection des morts

dans la tradition chrétienne, en provenance du site Spiritualité 2000 des Frères prêcheurs, les Dominicains.

 

 

 

 

Ursus

Ursus

image

 Merci un Veilleur pour ces

 Merci un Veilleur pour ces lectures des plus intéressantes!

 

Malgré tout, j'ai l'impression que la résurrection de la chair, c'est un cas typique de "Pose pas de question, t'auras pas de mentries!" Même Paul, qui a vu un ressuscité en personne, ne peut pas vraiment l'expliquer!

Simon le Zélote

Simon le Zélote

image

Je n'ai pas étudié la

Je n'ai pas étudié la question, mais de prime abord, je dirais que je n'y crois pas trop vu ce que je pense, présentement, sur la vie après la mort (voir le fil "Après la vie, y'a quoi"?).

unVeilleur

unVeilleur

image

Bon, on ne sait trop le

Bon, on ne sait trop le comment mais on peut plus aisément saisir le pourquoi de cette espérance en la résurrection. D'ailleurs, pour les chrétiens cette résurrection ne se pense que dans la foulée de celle attribuée à Jésus. D'accord ça ne nous en dit pas plus mais ça situe au moins un espace.

Aujourd'hui, samedi saint, 3 avril 2010, le père Benoît Lacroix nous offre encore une fois dans Le Devoir pour la fin de semaine de Pâques, une méditation toute en nuances et en poésie: "Pâques - Amour désarmé". À mon avis cela prolonge d'une façon remarquable toute réflexion sur le sens et la réalité de la Résurrection. Évidemment, ce n'est pas un point final mais bien, sujet oblige, un point de départ...

 

Pâques - Amour désarmé
Benoît Lacroix   3 avril 2010  Éthique et religion Le Devoir
 
Armé ou pas, au meilleur ou au pire, l'amour demeure ce qu'il a toujours été: unique, infini, indicible. Obsessif aussi. Avec un goût naturel de contourner le plus grand des malheurs, nommé la mort.
 
À ce propos, il est raconté, dans un Évangile bien identifié, que de bon matin, à la suite de la fin tragique de celui qui semble être devenu sur le tard son meilleur ami, Jésus de Nazareth, Marie Madeleine, sorte d'Antigone juive, a tout de go couru au tombeau. Elle veut le revoir, le toucher. Elle l'aime, elle l'aime encore, elle l'aimera toujours. L'amour à son paroxysme. Inconditionnel, irréversible. Quelques heures plus tard... il est là. Mais est-ce bien lui? Son Jésus de Nazareth, son Emmanuel, semble habiter un corps plutôt éthéré. «Ne me touche pas», qu'il lui aurait dit.
 
Nous y voilà. Un amour violemment désarmé par la mort peut-il de sa propre énergie ressusciter un coeur meurtri, un visage, voire une vie? Ou mieux: l'amour, un vrai amour, peut-il durer au-delà d'une irréversible mort? Au-delà des apparences? Chloé chante encore son Gilles Carle.
 
C'est qu'il existe depuis longtemps d'étonnantes croyances que voisinent de plus étonnantes certitudes encore: l'amour peut renaître de ses cendres. Jusqu'à intégrer et contredire ce que le gentil François d'Assise appelle «la mort temporelle». Même qu'il est écrit, dans un texte des années 500 avant notre ère et justement nommé le Cantique des cantiques: «Amour est fort comme Mort... Ses flammes sont des flammes ardentes. Les grandes eaux ne pourraient éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger» (8, 6-7).
 
Que j'aime ces légendes du Moyen Âge courtois à propos des inséparables dont aucune bataille, aucune mort ne saurait venir à bout. Aussitôt entendue la trompette du Jugement dernier à la fin des temps, les deux amoureux se lèveraient et, du même amour enfin comblé, s'embrasseraient.
 
Nous exagérons? Pas tellement. Qui vraiment aime toujours aime. Il en est ainsi depuis des temps immémoriaux: des stèles, des mausolées, des jardins-cimetières, des épitaphes, tant d'artéfacts signifient à quel point nos désirs d'immortalité et le goût d'aimer à jamais nos préférés demeurent. On dirait leur départ provisoire et leur mort tout simplement partielle. Rien n'y fait: «Nous nous aimerons toujours.»
 
Pourtant, l'histoire de l'humanité en a connu, en connaît, de ces brisures, divorces, séparations, petites morts, «qui n'en finissent pas d'habiter des coeurs meurtris». Il en est même ainsi, quelquefois, de nos amours au quotidien: raison passion, faute et pardon, coups de coeur à répétition. Qui n'aimait plus hier se retrouve aujourd'hui plus amoureux que jamais. Des lois, des coutumes ont été contournées. Pas d'âge. Les doutes ont fondu. «Je t'aime: ne me dis plus rien»... Lao Tseu l'a souvent énoncé: des malheurs d'hier naissent les bonheurs d'aujourd'hui. On sait que le grain jeté en terre en avril va mourir pour renaître fleur de mai. De la mort, une fois encore, surgit la vie.
 
Est-ce la magie de la fête chrétienne de Pâques, toujours célébrée au printemps, de relier à la mort temporelle de Jésus de Nazareth la perspective d'un éclatement de la vie? Cet amour crucifié un vendredi provoque ici et là depuis deux mille ans et plus des sursauts d'amour et de générosité partagée. Lui-même, célèbre prophète en Israël, n'en finit plus de dire et de redire: «Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé... C'est qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.» Ronsard, beaucoup plus tard: «Belle fin fait / qui meurt en bien aimant.»
 
Ces sages réflexions, les devons-nous à François Cheng, cet étonnant taoïste d'origine chinoise, depuis quelque temps de l'Académie française? Voilà que notre académicien s'émeut et écrit au souvenir de tous «ceux qui ont dû, à des degrés divers, affronter le mal au nom de la paix et de l'amour, on pense bien sûr — quelles que soient notre conviction ou notre croyance — au Christ qui, afin de montrer que l'amour absolu est possible et qu'aucun mal ne peut l'atteindre, a accepté librement de mourir sur la croix. Ce fut là sans doute un des plus beaux gestes que l'humanité ait connu» (Cinq méditations sur la beauté, Paris, 2008, p. 38).
 
Pour revenir à l'exubérante Marie Madeleine des Évangiles, c'est qu'elle s'est ressaisie: extase, c'est lui, c'est son ami. L'amour. Toujours l'amour. Plus fort que la mort. Ce que la foi peut voir, ou peut savoir, qui le verra, qui le saura? Celui, celle qui aime de tout son coeur, qui a aimé, sait déjà de quoi peut vivre ou survivre un amour désarmé ou purifié par l'épreuve.
 
Ah! la belle folie d'aimer!...
 
Joyeuses Pâques!