Pour publication immédiate Lundi 25 janvier 2010

Les Églises unies de Montréal en solidarité avec Haïti
Un culte commémoratif et d’espoir pour Haïti a eu lieu dimanche soir, le 24 janvier, à l’Église unie St-James en présence de la modératrice de l’Église Unie du Canada, Mardi Tindal. Plus de deux cents membres des Églises unies locales et de la communauté haïtienne y ont assisté.
Le pasteur de l’Église Arlen Bonnar a présidé la cérémonie. Parmi ceux qui se sont adressés à l’assemblée, en plus de la modératrice qui a offert une prédication bilingue sur le thème de la consolation, notons Jean-Claude Icart, professeur associé au Département de sociologie de l'UQAM, et l’un des leaders de la communauté haïtienne, et Paula Kline, directrice de la Mission communautaire de Montréal, qui accueille notamment des personnes réfugiées. Des prières en français, en anglais et en créole ont été partagées.
Le montant de la collecte qui a été recueillie sera ajouté aux fonds déjà ramassés par des paroisses unies de la région de Montréal pour aider Haïti et sa population; un montant de plus de 31 000 $ qui a été symboliquement remis, durant le culte, à la modératrice, pour être inclus dans la contribution totale de l’Église unie à l’aide pour Haïti ; cette aide financière approche du demi-million de dollars. C’est à travers ses partenaires en Haïti, l’Église méthodiste et l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL) que l’Église unie fera parvenir ces dons jusqu’à la population haïtienne.
Soulignons aussi la remarquable participation du Peoples Gospel Choir of Montréal, qui a, entre autres chants d’espoir, entraîné toute l’assemblée dans un enlevant Alléluia pour débuter la cérémonie.
Des renseignements sur l’Appel d’urgence Haïti ont été affichés sur le site Internet de l’Église unie (www.united-church.ca) et seront mis à jour au fur et à mesure que l’information nous parviendra.
Pour plus d’information, veuillez contacter :
David Fines
Ministères en français
(514) 284-1675
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Commentaires
MiF
Présentation de Monsieur
Affiché le lun 25/01/2010 - 16:46
Présentation de Monsieur Jean-Claude Icart, professeur associé au Département de sociologie de l'UQAM et leader de la communauté haïtienne de Montréal lors de la célébration du 24 janvier à l'Église unie St-James.
Salutations
Thank you for being with the Haitian People... Merci en pil!"
Sympathies à l’Église Unie
À toutes les religions, à toutes les dénominations
À tous ceux venus de loin qui ont perdu des êtres chers
À vous tous présents pour partager notre peine.
Un grand merci à vous et à tous ceux qui entretiennent ce formidable élan de solidarité avec Haïti depuis ce funeste 12 janvier.
Je peux vous assurer que ces actions sont connues en Haïti et représentent un véritable rayon d’espoir pour la population.
Aujourd’hui, nous honorons la mémoire de ceux qui ont péri mais aujourd’hui, nous nous réunissons aussi pour dire qu’ensemble, nous rebâtirons Haïti, dans le respect et la dignité.
Together, we will rebuild with respect, dignity and Hope.
Demain se tiendra à Montréal une Conférence internationale pour la reconstruction. Une meilleure coordination des secours permettra certainement de sauver encore plus de vies.
Il y aura aussi des mesures à prendre par les autorités haïtiennes pour relever le formidable défi.
Je remercie un compagnon de route de longue date, Pierre Goldberger, de m’avoir offert cette occasion de vous rencontrer et de partager avec vous quelques réflexions sur cette tragédie.
J’avoue d’emblée ne pas avoir de réponse à bien des questions.
D’autres expliqueront à cette nièce de 5 ans de ma femme, pourquoi la terre est si fâchée en Haïti.
D’autres expliqueront à cet ami pourquoi, s’il est vrai que Dieu éprouve ceux qu’il aime, pourquoi Dieu aime-t-il autant Haïti ?
Cet ami pensait peut être à l’incroyable série de cyclones qui ont frappé le pays au cours des cinq dernières années, ou aux émeutes de la faim qui ont secoué le pays en 2008.
Il pensait peut être aux tribulations du pays depuis l’indépendance conquise en 1804, un événement complètement impossible aux yeux de certains et qui aurait condamné Haïti à être isolé si longtemps et à payer pendant plus d’un siècle une dette faramineuse.
Depuis une dizaine d’années des scientifiques évoquaient la possibilité d’un séisme majeur en Haïti et le Gouvernement avait commencé à les écouter depuis un an et demi, mais ce fut trop peu, trop tard.
Le potentiel destructeur du séisme a été multiplié par la densité de la population, le type d'habitat adopté, la mauvaise occupation de l'espace et l'impréparation de la population et des entités d'intervention en cas de désastres.
Tous ces éléments relèvent de facteurs humains. Ce ne sont pas des Acts of God, (actions de Dieu). Ce sont des facteurs sur lesquels nous pouvons et devrons agir. Il ne s’agira donc pas de rebâtir Haïti à l’identique. Refaire les mêmes choses, c’est reproduire les mêmes causes, qui reproduiront les mêmes effets.
Ces éléments renvoient également au type de développement choisi et à la faiblesse structurelle de l’État haïtien. C’est aussi un État affaibli, fragilisé par la perte du contrôle de ses politiques économiques depuis plus de 30 ans.
Ces éléments montrent qu’il y a un lien direct entre l'environnement et l'économie.
Ces éléments montrent qu’il y a une corrélation directe entre le déclin de la productivité agricole et la dégradation environnementale.
Un exemple : jusqu’en 1972, Haïti était autosuffisante en céréales et jusqu’au début des années 1980, Haïti produisait 95% du riz qu’elle consommait. Aujourd’hui, 58 % de la nourriture consommée est importée et 80% du riz consommé est importé.
Que s’est-il passé ? La déréglementation et l’ouverture des marchés ont malmené la production locale, amplifié l’exode rural, gonflé les bidonvilles.
A la fin des années 1970, pour lutter contre une inflation importante, les États-Unis décident une forte augmentation des taux d’intérêt dans le but d’attirer les capitaux du monde entier et relancer leur économie.
Ceci aura un impact important sur la dette des pays du Tiers Monde, vu que les taux d’intérêt des emprunts accordés aux États du Sud étaient liés aux taux américains. Du jour au lendemain, le Sud doit rembourser trois fois plus d’intérêts. Le FMI acceptera d’aider les pays en difficulté à condition qu’ils acceptent d’appliquer les politiques qu’elle leur propose.
À toute fins pratiques, la politique économique d’Haïti a donc été largement décidée à l’extérieur depuis le début des années 1980 et cette politique a une responsabilité dans la déstructuration de l’économie nationale, l’élargissement du fossé social et la fragilisation de l’État.
Les quatre principes cardinaux de ces politiques étaient : la déréglementation, la privatisation, la libéralisation des marchés et l'allégement de la fiscalité.
Ces politiques ont eu un accent particulièrement néfaste en Haïti car ils se traduisaient là-bas par le dictat suivant : Haïti n’a pas de vocation agricole, le salut de l’économie haïtienne passe par le tourisme et la sous-traitance. Donc, abandon de la filière agricole.
La société haïtienne a donc un important travail à faire sur elle-même, mais le peuple haïtien ne peut s’en sortir seul dans ce monde de plus en plus globalisé.
Il faudra aussi convaincre d'autres fournisseurs de capitaux. Mais il faudra aussi changer certaines façons de faire. En févier 2008, lors d’un colloque sur le thème « Gouvernance démocratique et développement », l’ex- première ministre disait : « Il faut changer de paradigme pour dépasser le paradoxe d’une aide internationale indispensable dans l’état actuel de l’économie et des institutions mais qui, dans sa forme actuelle contribue à l’affaiblissement de l’État et de ses outils de gouvernance ».
Haïti est peut être un cas extrême mais certainement pas un cas unique. L’histoire d’Haïti est très singulière par bien des aspects, mais elle aussi révélatrice de la plupart des maux des pays pauvres.
L’ex-président du Sénégal, Mr Abdou Diouf, disait dans un discours prononcé le 20 mars 2004, à Port-au-Prince : « Haïti est une part trop emblématique de ce que nous constituons dans la francophonie et dans les autres ensembles internationaux pour ne pas souffrir de sa souffrance, avoir peur de ses angoisses et sourire chaque fois que nous l’aurons vu relever la tête ».
Pour que cela se fasse, votre appui et votre solidarité seront nécessaires, pas seulement à court terme, mais aussi, mais surtout, pour rebâtir Haïti, mais aussi et surtout, pour la rebâtir, plus belle, plus forte, plus juste, plus équitable.
La tragédie qui vient de frapper le pays nous dit que le moment est arrivé et que ce moment, c’est maintenant.
Et ensemble, nous y arriverons, we shall overcome.
JCI