Simon le Zélote

Simon le Zélote

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On en demande trop aux pasteurs

Le Presbyterian Record de février 2009 consacré au thème de la santé mentale des pasteurs faisait mention d'une étude du Centre for Clergy Care and Congregational Health menée en 2003 auprès de 338 pasteurs des six grandes dénominations protestantes ontariennes (Églises Unie, anglicane, presbytérienne, luthérienne, Convention baptiste de l'Ontario et du Québec, Pentecostal Assemblies). On peut consulter le rapport à www.caringforclergy.ca Les résultats sont inquiétants:

 

- les pasteurs travaillent en moyenne 50 heures par semaine, 25% d'entre eux travaillent plus de 55 heures

 

- sur une période de 30 jours, 40% des pasteurs ont pris trois jours de congé ou moins; 80% se sentent coupables si qqn les voit prendre du temps libre durant la semaine

 

-78% sentent que le fait d'être pasteur requiert la perfection

 

- 51% ont souffert de maux physiques reliés au stress

 

- 62% ont dit avoir parfois paru heureux alors qu'ils se sentaient plutôt en situation de détresse émotionnelle; 75% craignaient de laisser savoir à leurs paroissiens comment ils se sentaient vraiment

 

- 49% ont identifié deux amis proches ou moins dans leur communauté; 55% ont indiqué se sentir parfois "très seuls"

 

- 83% croient que le ministère pastoral est un appel de Dieu; 91% affirment qu'être pasteur ressemble plus à une job qu'à un appel de Dieu

 

- 77% se sentent plus PDG que pasteurs, 83% sentent que leur paroisse demande un PDG, pas un pasteur

 

- 94% disent que les Écritures leur parlent rarement personnellement quand ils les lisent pour préparer leur prédication

 

- 86% prient régulièrement avec les autres mais ont peu de temps pour la prière personnelle

 

- 71% ne sont pas touchés spirituellement quand ils célèbrent le culte, 89% sentent parfois qu'ils ne font qu'accomplir un rite quand ils célèbrent le culte

 

- 70% sentent qu'ils ne s'accomplissent pas dans leur ministère

 

- 60% ont déjà pensé à abandonner le ministère pastoral

 

Pas pour rien qu'il y a autant de cas d'épuisement professionnel chez les pasteurs !

 

Est-ce la job de pasteur elle-même qui pose problème ? Doit-on la repenser ? 

 

Ou est-ce le christianisme institutionnalisé actuel qui est le problème ? Devrait-on tendre vers un christianisme sans cultes, sans bâtiments, sans paroisses, sans réunions, pour se consacrer "aux vraies affaires" ?

 

En attendant qu'on réponde à ces grandes questions, il y a des limites à respecter. Le pasteur n'a pas à s'effacer complètement au point de ne penser qu'au bien des autres sans faire attention à lui-même; la maison du pasteur est une maison privée comme n'importe quelle maison; le pasteur n'est pas un professionnel de la santé et des services sociaux ni un service d'urgence de première ligne disponible 24 heures sur 24; le pasteur n'a pas à être le meilleur ami et confident de ses paroissiens; le pasteur ne peut pas passer son temps à visiter ses paroissiens ou à les recevoir, il doit animer les cultes, mariages, funérailles et autres célébrations, assister à des réunions, s'impliquer dans la vie communautaire environnante (quartier, ville, région) et ses divers organismes, accorder du temps aux nouveaux venus qui téléphonent ou frappent à la porte de l'église pour en savoir plus sur celle-ci... et préparer tout ça avant !

 

Vraiment, je trouve qu'on leur en demande déjà trop. La preuve ? Si le pasteur est bon et que ses cultes plaisent, l'église sera pleine, la situation financière sera au beau fixe, la paroisse ira bien. Si survient un changement de pasteur et que son successeur est moins bon, moins intéressant, l'église se videra, les revenus chuteront... C'est dire combien repose sur les épaules du seul pasteur !

 

 

Commentaires

Clermont

Clermont

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Merci, Stéphane, pour ces

Merci, Stéphane, pour ces propos...

C'est donc un peu comme "pasteur", catholique, que j'apporte mon commentaire.

Je dirai d'abord que l'expression "pasteur" devrait toujours être "la première façon" de nommer quelqu'un qui vit cet engagement permanent  en Église, quelle que soit l'appartenance à un groupe religieux, protestant, catholique, ou autres... C'est là "la meilleure façon" d'exprimer son engagement.

Être "pasteur", c'est une "manière d'être" en communauté chrétienne et en société. Et, dans la foi, c'est un appel et une réponse à un appel. Oui, il peut y avoir certains volets d'un "job", mais c'est une présence, une approche, une attention, une écoute de l'autre, un regard, une marche avec l'autre et tant d'autres, sur les chemins de l'autre... C'est, je crois bien, une "façon de se réaliser", dans l'Esprit de Dieu et de l'Évangile, à la suite de Jésus, et "par amour", au service de ses frères et soeurs...

Ce regard n'est pas de la théorie, mais est concret, très concret, au coeur de la réalité et du monde où nous avons les pieds.

Toutes tâches administratives doivent être réduites au minimum..., sinon...

Et les pasteurs doivent se donner du temps, à eux et pour eux, pour prier, réfléchir, intérioriser, vivre, et leur foi et leur quotidien, en lien à d'autres...

Et sinon, comme dit la chanson, "que reste-t-il de nos amours???

Voilà, un peu vite et vite, quelques volets du "regard" d'un pasteur...

 

unVeilleur

unVeilleur

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L'appellation 'pasteur' est

L'appellation 'pasteur' est un terme générique en protestantisme comme abbé dans le catholicisme. Il s'agit d'une personne qui a le 'mandat' d'animer une communauté de foi, dans les Églises dites historiques après avoir reçu au préalable une formation approfondie. C'est en réponse à un sentiment d'appel, on parlait jadis de vocation, que des personnes aspirent à consacrer le meilleur de leur énergie et de leurs dons au service de la communauté des croyants. Ça c'est l'idéal poursuivi et Clermont vous nous le rappelez à juste titre que le défi pour tout individu est de rester ardent et enraciné dans le sol évangélique de son engagement.

 

Le pasteur se trouve à être un permanent rémunéré - souvent le seul - dans une organisation communautaire composée d'un nombre plus ou moins grand de personnes où une petite minorité est bénévole et idéalement mais pas nécessairement militante. Dans notre contexte jusqu'à maintenant un temps plein est habituellement requis compte tenu des différentes facettes qu'implique ce travail qui est exigeant au niveau du temps et de la disponibilité, de l'ouverture aux autres et des compétences variées. Si le pastorat n'est pas le seul travail qui exige des  études approfondies et de longues heures de disponibilité, disons que la "job" est habituellement payée de façon très quelconque et qu'elle ne jouit plus de l'estime et de la valorisation sociale de jadis, tout au contraire. De plus le pasteur est souvent 'seul' car tout en étant proche des 'brebis' il ne peut vraiment renverser les rôles et privilégier un membre de sa communauté comme confident ou ami, de la même façon qu'un psychologue, un travailleur social ou un médecin doivent garder une "distance" professionnelle pour être vraiment au service de leur client, et non se servir du client pour trouver du soutien ou de la valorisation pour eux-mêmes.

 

Dans une communauté chrétienne, Dieu est en théorie le patron. En pratique, le permanent est imputable principalement à sa base en protestantisme ainsi qu'à sa structure hiérarchique, plus marqué en catholicisme. Cette réalité est souvent bien difficile à gérer car, trop souvent en effet le ou la pasteur doit consacrer davantage de son temps à des tâches d'admnistrateur ou d'intevenant social de différentes couleurs plutôt qu'à celles de guide et d'animateur spirituel. Le tiraillement qu'implique la chose est vécu différemment par chacun mais j'ai l'impression que c'est souvent là que l'énergie se draine, que la joie se perd et que le sentiment de l'inutilité s'installe.