Ursus

Ursus

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Christologie

 Je ne sais pas comment faire une citation d'un fil à l'autre, alors je vais utiliser le bon vieux "copier-coller"!

 

Dans le fil intitulé "Tuer des souris" de la section "Placotage", Stéphane, en parlant de Théodore Monod, a écrit:

 

"Peut-être était-il toujours chrétien, mais que sa christologie n'était pas trinitaire, comme beaucoup de chrétiens libéraux de nos jours !"

 

Le mot "christologie" je n'avais pas entendu ça avant les quelques rencontres avec mon Pasteur pour préparer ma Confirmation (pas à 12 ans, mais à 25 ans!). Il me parlait de "haute christologie" et de "base christologie" et me demandait de me situer dans tout ça... "De kossé?" que je lui ai répondu. Il m'a expliqué que ce qu'on appelle "haute christologie" c'est l'aspect divin du Christ et la "base christologie" c'est son aspect humain. Ça fait comme une échelle et la "hauteur" de votre christologie dépend d'à quelle point vous croyez qu'il est humain et à quel point vous croyez qu'il est divin.

 

J'avais envie de lui répondre: "Mais on s'en sacre!" Je lui ai répondu plus poliment que pour moi, ça n'avait pas d'importance et que ce qui compte, c'est son enseignement.

 

Et vous? Est-ce que ça a de l'importance pour vous de savoir si Jésus est le Fils de Dieu, un Prophète, un bon gars... Si Dieu est un, s'il est trois, s'il est trois en un... Quelle place ça prend dans votre foi?

Commentaires

unVeilleur

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En ce temps de Noël, votre

En ce temps de Noël, votre question est des plus pertinentes, Ursus.

 

Il est vrai que dans le quotidien la "nature" de Jésus n'est pas première dans la mise en pratique des valeurs évangéliques: les enseignements demeurent quelle que soit la stature intérieure de l'invididu. On peut en dire tout autant des grandes figures dont l'histoire nous a été rapportée, transmise et interprétée au fil des générations et des siècles. Cela dit, les premiers récits évangéliques sont bâtis autour de la vie, de la mort et de ... la résurrection de Jésus, toutes choses accréditant son statut de Christ, de Messie. C'est ce constat, reçu dans la disponibilité de la foi, qui donne une dimension bien plus grande à "l'événement Jésus" qui déborde les frontières de la Palestine et la période de l'Empire romain.

 

Les récits de la Nativité, tout comme la célébration liturgique de Noël, sont apparus, semble-t-il, beaucoup plus tardivement. Ils originent d'une réflexion théologique et mystique sur Dieu et sa manifestation dans l'histoire de l'Humanité, dont la venue 'dans la chair' d'Emmanuel, Dieu avec nous, est considéré comme un point pivot inégalé. Les cantiques de Noël que nous entonnons parfois sans trop prêter attention aux paroles déclarent cela avec éclat.

 

 


Bel Astre que j'adore,
Soleil qui luis pour moi,
C'est toi seul que j'implore,
Je veux n'aimer que toi;
C'est ma plus chère envie,
Seigneur, en ce beau jour
Où je ne dois la vie
Qu'à ton immense amour.

Du fond de cette crèche
J'entends, rempli de foi,
Ta voix qui ne me prêche
Que cette douce loi.
Divine et pure flamme,
Descends du haut des cieux,
Remplis, remplis mon âme,
Oh! viens combler mes voeux.

Plaisirs, honneurs, richesse
Longtemps m'ont trop charmé;
Je veux t'aimer sans cesse,
Toi qui m'as tant aimé.
De mon long esclavage
Je suis donc racheté!
A toi seul pour hommage
Mon coeur, ma liberté.

Seigneur, que la mémoire
De tes divins bienfaits,
Le zèle de ta gloire
En moi vive à jamais.
Je veux toujours te suivre,
Je n'ai plus qu'un désir:
Pour toi seul je veux vivre,
Pour toi je veux mourir.

Et vous, choeurs angéliques,
Qui, du Seigneur naissant,
Chantez dans vos cantiques
L'heureux avènement,
Venez, pour moi, saints Anges,
Redire au doux Sauveur
Vos hymnes de louanges,
Les chants de mon bonheur.

 

Alors importe-t-il que Jésus soit une "interface" divino-humaine? Pour moi oui. Qu'en est-il des affirmations classiques de la théologie trinitaire? Il y a eu place à des débats et discussions au fil des siècles sur le sujet et, à moins d'adopter une attitude catégorique en ce qui concerne l'enseignement (la dogmatique), dans notre contexte post-moderne il y en aura encore. Ce n'est pas en soi une mauvaise chose, bien au contraire, puisque nous comprenons davantage l'aspect 'déterminé' de toute réflexion théologique.

 

Dans cette optique, Raimon Panikkar, prêtre et théologien catholique romain, parle plutôt et de manière privilégiée de "christophanie", d'une christologie 'inclusive' qui déborde les confins historiques du chritianisme et embrasse la cosmologie toute entière. Une réflexion dense mais très riche qui vaut amplement l'effort consenti.

 

Enfin "Christus pro nobis", le Christ pour nous de la Christologie de Bonhoeffer [page 23-27 disponible dans Google sur la Parole et la prédication en donne un bel exemple] me rejoint dans mes fibres croyantes et protestantes, du salut inconditionnel qui ne dépend que de l'option de Dieu pour moi/nous, et non d'abord de ma réponse ni de mes capacités. C'est soulageant et libérant. Dieu soit loué.

 

Alors oui, Bel astre que j'adore, Soleil qui luis pour moi.


Aube

Aube

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Il est vrai que dans ma vie

Il est vrai que dans ma vie de tous les jours...même dans ma vie de prière de tous les jours...je ne passe pas...ou plutôt...je ne pas plus beaucoup de temps à réfléchir sur la nature du Christ. Personnellement, à un moment donné, je suis venue à la conclusion que si Jésus était juste un autre prophète, ou "un bon gars"...il ne serait pour moi qu'un modèle...que j'aurais d'ailleurs de la difficulté à suivre. Mais parce qu'il est divin, il me donne, par son Esprit qui "travaille en nous et parmi nous", de participer à l'oeuvre créatrice de Dieu dans le monde. Là tout devient possible...au delà de ce que je pourrais accomplir par moi-même. Je n'arrive pas à un état d'illumination par mes propres moyens...tout m'est donné par Celui qui s'est abaissé pour s'approcher de moi. En Jésus, j'ai l'assurance que je ne suis jamais seule. De la naissance à la mort...et au delà de la mort, Dieu est passé par là avant moi...et il me donne tout ce qu'il faut pour me permettre de le suivre. Tout ce qu'il a vécu et vaincu...je peux le faire par l'Esprit qui m'est donné. À moi d'accepter le cadeau et de m'en servir à bon escient.

unVeilleur

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Dans la foulée de cet échange

Dans la foulée de cet échange sur la christologie j'ai découvert cette très belle méditation d'Anselme Grün sur l'offrande des Mages. Elle se retrouve dans le superbe site de liturgie de la Commission francophone cistercienne. un site d'une très grande richesse. Voici donc le texte:

 

L'or, l'encens, la myrrhe

 
     Les Mages ouvrent leurs coffrets et offrent à l'Enfant de l'or, de l'en­cens et de la myrrhe. Depuis toujours on a interprété ces trois dons. Irénée de Lyon, au IIe siècle, voit signifiées dans l'or la dignité royale de l'enfant, dans l'encens sa divinité et dans la myrrhe sa mort sur la croix. Pour Karl Rahner, l'or évoque notre amour, l'encens notre nostalgie et la myrrhe nos souffrances; dans ces présents, il ne voit donc pas des images du mystère de l'Enfant divin, mais les signes du don que nous lui faisons de nous-mêmes, des attitudes humaines qui rendent au Dieu fait homme les honneurs qui lui sont dûs. La Légende dorée connaît d'autres interprétations encore. Les Rois ont offert de l'or à cause de la pauvreté de Marie, « de l'encens à cause des mauvaises odeurs de l'étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l'enfant et chasser les vers nuisibles ». On voit encore l'or signifier la divinité, l'encens l'âme pieuse et la myrrhe, qui protège de toute impureté, la pureté du corps. À l'évidence, les Anciens se plaisaient à investir leur imagination dans ces présents des Mages.
 
     L’or a de tout temps fasciné les hommes. Les Anciens parlaient de l'éclat doré des dieux. Pour Clément d'Alexandrie, la sagesse du Christ, incarnation du Logos impérissable, est l'or de la royauté. L'or est purifié par le feu; rien ne doit lui être mêlé. L'or est depuis toujours utilisé dans les cultes; il convient aux dieux. Il ne manifeste pas seulement la nature divine de l'Enfant couché dans la crèche, mais aussi l'éclat de l'or dans notre âme. Nous ne sommes pas en effet de purs et simples êtres terrestres, mais aussi des êtres célestes; notre âme reflète l'éclat doré de la divinité, à laquelle nous avons part, notre visage est illuminé par la majesté de Dieu.
 
     L'encens est utilisé par de nombreuses civilisations pour son agréable parfum. Sa fumée qui monte vers le ciel est l'image des prières que nous adressons à Dieu, du désir qui nous fait chercher un au-delà du quotidien; ce désir monte vers le ciel tout comme la fumée de l'en­cens, il en a la légèreté, rien ne peut le retenir sur la terre; l'un et l'autre passent à travers les portes fermées, ouvrent et élargissent nos cœurs. L'encens sent bon, son parfum remplit notre vie d'un goût de mystère et de divinité. Quand j'étais au mont Athos, le parfum tout particulier de l'encens qui s'y brûle m'a fasciné; Les églises y sont remplies de ce parfum, ce qui éveille un sentiment de mystère, l'impression que l'on est chez soi, au pays natal, en sécurité, mais en même temps plein d'un amour nostalgique. Long­temps après qu'elle s'est élevée, la fumée de l'encens laisse dans tout l'espace une odeur bien particulière; je la respire consciemment, et je ressens alors le goût de la divinité. Certaines odeurs font resurgir en moi, dès que je les perçois, des sentiments intenses qui me renvoient au passé. Le parfum du foin évoque mes vacances ; cette expérience du loisir, je ne la fais pas dans ma tête seule, mais dans tout mon corps. Il en va de même du parfum de l'encens; il me fait respirer la mystérieuse présence de Dieu, je la saisis par mon corps tout entier.
 
     Pour les Anciens, la myrrhe est une plante du paradis; elle évoque l'état originel auquel nous aspirons tous. Mais la myrrhe, c'est aussi une plante médicinale, un baume pour toutes nos blessures; en offrant à Dieu la myrrhe, c'est elles que nous lui présentons : ce que nous avons de plus précieux, les nombreux stigmates que nous a laissés notre vie. Ces blessures ont ouvert notre cœur; elles nous ont obligés à prendre une distance en face des richesses extérieures. Ce que nous avons de plus précieux, c'est un cœur capable d'amour. Or nos blessures nous ont mis en contact avec notre cœur; c'est lui, blessé, brisé, que nous offrons à l'Enfant divin, assurés qu'il va le guérir, le métamorphoser. Quand nous lui présentons notre vie blessée, abîmée, nous pouvons avoir l'impression que tout est en ordre; nous n'avons plus de ressentiment, nous nous abandonnons, tels quels, à l'amour lumineux qui émane de l'Enfant. Alors, en dépit de toutes nos misères intérieures et extérieures, nous sommes au paradis.
 
     Cherche, toi qui me lis, ce que dans ta situation d'aujourd'hui tu peux offrir, et présente-le à l'Enfant divin; laisse-toi guider par l'image qui est pour toi la plus parlante. Elle te conduira vers lui, elle te permettra de te prosterner devant Celui qui te donne l'impression d'être arrivé au but, devant qui tu peux t'oublier toi-même, cesser de tourner en rond dans ton Moi. Si tu y parviens, alors tu seras entièrement ce que tu es dans ta vérité, tu seras vraiment libre.
 
 
Simon le Zélote

Simon le Zélote

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Ursus a écrit :Et vous?

Ursus a écrit :
Et vous? Est-ce que ça a de l'importance pour vous de savoir si Jésus est le Fils de Dieu, un Prophète, un bon gars... Si Dieu est un, s'il est trois, s'il est trois en un... Quelle place ça prend dans votre foi?

 

Qu'on se pose la question est important, mais la réponse à laquelle on arrive ne l'est pas.

 

Si on est chrétien, c'est qu'on accepte de suivre Jésus-Christ, d'être son-sa disciple. Le nom de notre religion vient de lui. Il est donc d'une importance primordiale qu'on s'interroge sur celui qu'on suit, qu'on se pose la question: "Qui est Jésus pour moi ?" Il faut se situer par rapport aux diverses croyances à son propos.

 

Est-il Jésus de Nazareth seulement ? Jésus-Christ ? Le Messie annoncé dans l'Ancien Testament ? Le libérateur attendu par les Juifs ? Un prophète parmi tant d'autres ? Est-il sur un pied d'égalité dans ma foi avec Bouddha, Baha'ullah et Mahomet ou occupe-t-il la place fondamentale ? Est-il un fils de Dieu ou le Fils de Dieu ? Cette filiation divine pour moi est-elle biologique ou une métaphore ? Est-il la Parole de Dieu faite chair ? Est-il éternel ? Est-il Dieu lui-même ? Un humain ? Est-il un simple enseignant, un maître de sagesse ? Un guérisseur ? Un illuminé ? Un révolutionnaire ? Un égalitariste ? Un socialiste ? Un agitateur social, un contestataire ? Un Che Guevara de l'Antiquité ? Un modèle éthique ? Un philosophe ? Un rabbin charismatique ?

 

Une fois qu'on se situe par rapport à tout ça (encore que les réponses qu'on trouve ne sont pas fixées une fois pour toutes, ça peut continuer d'évoluer) et qu'on se sent toujours chrétien, on sait mieux, il me semble, pourquoi on l'est, ce qui nous incite à suivre Jésus plutôt qu'un autre.

 

Quand je dis que la réponse n'est pas importante, je veux dire qu'on on ne fera pas de discrimination entre ceux qui croient en la divinité de Jésus et ceux qui n'y croient pas, ceux qui ont une foi trinitaire et ceux pour qui la Trinité est une conception apparue 3 siècles après Jésus... Être chrétien n'est pas croire à des doctrines christologiques. C'est important de s'interroger là-dessus, mais on ne basera pas sa foi en Jésus sur une adhésion intellectuelle à des doctrines humaines concernant sa personne. On ne doit pas décider qui est chrétien et qui ne l'est pas selon que tel ou tel point fait partie de son credo personnel ou non.

 

Étre chrétien, c'est suivre Jésus-Christ. Point. Qui est Jésus-Christ pour moi ? Tout le monde n'a pas la même réponse, et ce n'est pas grave. Ce qui unit les chrétiens, c'est leur foi en Jésus-Christ, peu importe comment ils le voient.

 

Ursus

Ursus

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 Et toi? Comment le vois-tu,

 Et toi? Comment le vois-tu, Stéphane?

Simon le Zélote

Simon le Zélote

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Ursus a écrit :Et toi?

Ursus a écrit :
Et toi? Comment le vois-tu, Stéphane?

Ah ! Ça, c'est une autre question.

 

Si tu n'y vois pas d'objection chère Ursus, comme il existe déjà un long fil de discussion sur ce sujet, en fait, le plus long fil du Caféchange (Jésus pour vous), je t'inviterai à aller y lire ce que les Caféchangistes et moi y avons écrit plutôt que de tout répéter ça ici et dédoubler les fils de discussion sur un même sujet.

 

Es-tu d'accord ?

 

À moins que je comprenne mal et qu'il ne s'agisse pas exactement du même sujet...

Ursus

Ursus

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Merci Stéphane!   Ça répond à

Merci Stéphane!

 

Ça répond à ma question! 

Simon le Zélote

Simon le Zélote

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En plus, c'est un fichu de

En plus, c'est un fichu de bon fil, très riche en informations !

 

J'y ai appris plein de trucs, ç'a alimenté ma propre réflexion sur qui est Jésus pour moi.

 

N'hésite pas à y ajouter ton grain de sel et à nous faire part des réflexions que les commentaires des uns et des autres suscitent en toi !