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Commission de témoignage et de réconciliation


 

Impressions et commentaires des participants-es de l'Église Unie à la première rencontre nationale de la Commission à Winnipeg du 16 au 19 juin 2010.

 

 

Commentaires

  16 juin 2010   Aux 

 

16 juin 2010

 

Aux  Fourches, au confluent des rivières Assiniboine et Winnipeg, à Winnipeg, la première  journée de la Commission de témoignage et de réconciliation [CTR] a commencé à 5h, par une cérémonie du lever du soleil.

 

Plusieurs centaines de personnes étaient là, à l’aurore frileuse, des autochtones de nombreuses Nations – dont 10 personnes du Québec - et des non-autochtones, dont beaucoup de l’Église Unie. La cérémonie comprenait non seulement des prières aux quatre directions, représentant les peuples de la terre, réunis autour du feu sacré de la paix qui allait brûler pendant quatre jours, mais aussi le partage du calumet, l’offre de l’eau symbole de pureté de sentiments et de vie (portée par les Femmes), et des fraises, communion é la douceur de la vie, du cœur et de la tendresse... Chants, prières, silences, tambours - battements du cœur et pouls de la Mère-Terre - ont encadré de leur empreinte spirituelle ce qui allait suivre au cours de cette journée et pendant ces quatre jours. D’ailleurs, chaque moment de la journée, procession jusqu’à la tente des audiences, présentation des commissaires, discours de leaders autochtones et de représentants-es d’Églises, présentation des témoignages ont débuté et se sont clos par des prières au Grand Esprit, au Créateur.

 

Ne soyez pas surpris car chaque survivant des abus infligés dans les pensionnats pour Indiens passe par une longue descente aux enfers de l’autodestruction désespérée pour refaire surface grâce à une très grande force spirituelle, une résilience résistant à la mort et aux sévices, ainsi qu’à une capacité inouïe d’acceptation de soi et des autres. Nous n’étions pas confrontés à un débordement de religion mais bien à la force morale et spirituelle d’un Esprit de Vie qu’on ne peut pas tue

 

Tous ceux et celles qui, dans le passé, en premier lieu les politiciens, ont montré du mépris devant ce qu’ils qualifiaient de superstition ou de folie (P.E Trudeau) sont passés a côte du phénomène spirituel par lequel s’exprime la force d’émergence des autochtones.

 

Plusieurs activités se déroulent en même temps. Il y a des expositions de photos et de documents qui parlent des abus des pensionnats dirigés par les Églises, des films, des archives, mais aussi 25 salles privées où chaque personne peut apporter son récit et témoignage, qui sera reçu, écrit, enregistré et filmé (avec le consentement des personnes) pour ainsi faire mémoire et s’assurer que de tels abus ne se répètent jamais... Il y a aussi un kiosque de dialogue interreligieux, des lieux de méditation, et des accompagnateurs psychologues, sages et anciens traditionnels, médecins et infirmières pour accompagner ceux et celles qui témoignent.

 

Les trois commissaires ont entendu des témoignages publics sur l’impact destructeur des pensionnats sur les enfants, les familles, les communautés autochtones. J’avoue que ce soir vers minuit, je n’ai ni le coeur ni l’estomac pour en rapporter quelques-uns à titre d’exemple. Je suis brûlé. Et je ne cesse de me demander comment des personnes, des éducateurs , des gens d’Église, des agents du gouvernement ont-ils pu commettre de telles exactions avec l’appui tacite de la population, souvent pas intéressée à savoir ce qui se passait.

 

Mais aujourd’hui, un grand pas historique a été franchi au Canada. Après plus de 30 ans de luttes intenses et souvent très solitaires, on atteint ici un point de non retour : celui où les voix autochtones sont écoutées et entendues avec respect, crédibilité et où le récit de  destruction et disparition intentionnelles apparaît comme un crime que ce pays a commis.

 

Tous les autochtones qui se sont exprimés l’ont fait sans colère ni rancoeur, ayant renoncé à la haine qui les rongeait pour nous tendre la main en souhaitant que nous tournions une page, laissant derrière nos horreurs passées pour bâtir des relations nouvelles basées sur des relations justes et respectueuses. Je crois que c’est cette branche d’olivier, cette main tendue, digne et sans haine, qui nous a fait craquer devant le miracle possible, à notre portée de rebâtir de nouvelles relations, basées sur la vérité, l’acceptation et le respect.

 

On estime que plus de 600 survivants-es d’abus sont présents, en plus des nombreux membres de leur famille et des non-autochtones. Demain, les témoignages se poursuivront, et il nous faudra les recevoir avec gratitude, respect, et le cœur brisé, en désarroi mais résolus à agir avec justice et à nous guérir de notre racisme collectif.

 

Je crois que nous ne pouvons éviter d’avoir le cœur brisé. C’est là sans doute le prix à payer pour aller de l’avant en vérité, et accorder un plein respect face aux souffrances des autochtones et à leur démarche de relèvement.

 

 

La vérité et la

La vérité et la réconciliation débutent par la prière

 

La première journée du rassemblement de la Commission de témoignage et de réconciliation a débuté à 5h19 hier matin par l’embrasement du Feu sacré au lever du soleil aux Fourches de Winnipeg. Cérémonie émouvante et riche où la foule – autochtones et non autochtones réunis – se serrait pour ne rien perdre du rituel et de l’enseignement au sujet de l’eau, les « veines » de notre Mère Terre. Les propos évoquaient de façon éloquente l’interconnexion entre la santé de notre âme, de nos rapports mutuels et de notre relation à la Terre.

 

Le juge Murray Sinclair, président de Commission de témoignage et réconciliation du Canada, a conclu la cérémonie par un rappel qu’il n’y a pas si longtemps un tel regroupement était illégal et aurait suscité des arrestations. Il a également mentionné l’importance de la prière, en elle-même plus importante que les paroles prononcées. Pour terminer, il a proposé une prière importante pour lui et les siens : tous ensemble avec lui nous avons dit : « Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié… »

 

Un peu plus tard, au déjeuner, j’ai eu l’occasion de le remercier pour son leadership au sein de la commission ainsi que ses paroles pleines de sagesse à propos de la prière, et de nous avoir guidés dans la prière de Jésus. « C’est une bonne prière » m’a-t-il répondu. Le leadership qu’il offre, conjointement avec les commissaires Marie Wilson et le chef Wilton Littlechild, fonde cette démarche de vérité et de réconciliation en étant tout d’abord très attentif aux besoins de racines spirituelles vigoureuses.

 

Après le déjeuner, nous avons de nouveau vécu une expérience priante, remplie de l’Esprit, par la cérémonie traditionnel du calumet : de nouveau des paroles de prière ont été prononcées au rythme du battement du tambour symbolisant les aspirations spirituelles et les souhaits de tous ceux et celles rassemblés en ce lieu provenant des quatre directions sacrées : l’est, le sud, l’ouest et le nord.

 

En toute humilité, j’ai eu l’honneur de partager les mots de bienvenue en compagnie des commissaires, des leaders des Premières Nations, du gouvernement et des Églises, où j’ai fait allusion à mes propres prières pour ces générations d’enfants et de parents spoliés, par le système des pensionnats, des dons les plus fondamentaux : une famille aimante et une vie humaine dans la dignité. Je vous partagerai ces propos dans mon prochain blogue.

 

Lors du repas du midi offert par les Églises aux survivants des pensionnats, j’ai eu le privilège de rencontrer plusieurs survivants dont plus particulièrement trois femmes, résidentes de la Baie James, qui ont voyagé en autobus pendant deux jours et demi pour être ici. Elles-mêmes et leurs familles ont fréquenté les pensionnats; elles m’ont raconté leur itinéraire qui les a conduit de la souffrance à la guérison et à l’intégrité et elles m’ont partagé leur espoir que d’autres membres de leurs familles puissent amorcer un tel processus de guérison. Elles sont de l’Église anglicane et je leur ai demandé si elles seraient confortables que je les inclue ainsi que les membres de leurs familles dans mes prières. Elles étaient heureuses de ma proposition. Ce matin, en lisant le Globe and Mail, j’ai constaté qu’un journaliste avait entendu notre conversation.

 

En après-midi, une bénédiction en siégeant à la tente des commissaires où j’ai pu entendre le premier des cercles de partage de la semaine. Au cours des prochains jours les commissaires de la CTR se sont engagés à être disponibles dans cette tente afin d’entendre les récits des survivants. Hier, le pasteur James Scott, le responsable du Conseil général pour le dossier des pensionnats amérindiens, était le visage de notre Église dans ce cercle pour offrir une réponse aux récits partagés. Je vous partagerai certains des propos de Jamie dans un prochain blogue. Il a vraiment bien parlé en notre nom à tous et à toutes.

D’ici là, merci de joindre vos prières à toutes celles qui montent ici, aux Fourches. J’ai vraiment la conviction que vous et moi nous sommes ensemble dans cet effort de prière et d’action au nom de la vérité et de la réconciliation – non seulement en ces premiers jours mais aussi dans l’engagement de participer, communauté par communauté, aux rencontres dans les jours, les mois et les années à venir.

 

À ce propos, je tiens à mentionner l’excellent leadership exercé pour cette rencontre par le Synode amérindien et le Synode du Manitoba et du nord-ouest de l’Ontario. On retrouve ici 60 bénévoles provenant de l’Église Unie, impliqués de diverses façons dont 20 spécialement formés à l’écoute active des survivants. À tour de rôle, ils se rendent disponibles dans la tente d’écoute voisine de la tente interconfessionnelle. Un d’entre eux, au service d’aumônerie à la tente interconfessionnelle, m’a prodigué une écoute attentive dont j’avais bien besoin à la fin d’une très longue journée. Je rends grâce puisque, à mon tour, je suis soutenue par l’écoute et la prière. Puissions-nous tous et toutes nous soutenir de la sorte, voilà l’abondance disponible en communauté!

 

Allez visiter le site Internet de la Commission de témoignage et de réconciliation pour en savoir davantage sur les activités de cette semaine ici et par la suite ailleurs. (C’est toujours une bonne chose d’alimenter notre prière d’une information précise.)

 

Comment vous associez-vous à l’œuvre divine de guérison de l’esprit et de la communauté en ce qui concerne les conséquences des pensionnats amérindiens?

 

 

Mardi Tindal, modératrice

 

Propos adressés à la CTR et

Propos adressés à la CTR et aux survivants

 

Tel que je l’ai mentionné dans mon blogue d’hier, j’ai eu l’honneur de parler au nom de l’Église Unie du Canada lors de l’ouverture de la première rencontre nationale de la Commission de témoignage et de réconciliation, conjointement avec les commissaires de la Commission et d’autres leaders (autochtones, gouvernementaux et responsables d’Églises). Dès le départ j’ai indiqué que je parlais non seulement au nom de notre Église mais aussi en mon nom personnel. Les membres des Premières Nations de notre comité de travail de l’Église Unie sur la question des pensionnats amérindiens m’avaient incitée à me présenter aussi par mon nom en Gitxan (Skeegagum Niganus) qui signifie « sœur de l’Est ». Je l’ai donc fait et j’ai aussi repris la pratique de notre Église Unie d’exprimer notre reconnaissance aux Premières Nations qui nous ont accueillis sur leur territoire. Voici ce que j’ai partagé après ces paroles d’introduction :

 

Je suis ici avec un cœur brisé qui a entendu la vérité sur comment d’autres cœurs, corps, esprits et âmes ont été brisés dans les pensionnats. Je suis ici pour être témoin d’encore davantage de vérité, avec l’espoir que la douleur puisse se transformer et qu’ensemble nous puissions reprendre courage, que nous puissions ensemble en arriver à comprendre ce qu’est la réconciliation.

 

Comme mère, je prie chaque jour pour mes enfants. Depuis 1986, presque 25 ans, je prie aussi pour vos enfants et pour vous aussi. C’est au mois d’août 1986 que le Conseil général de l’Église Unie du Canada demanda au modérateur de l’époque, Bob Smith, de présenter nos premières excuses en tant que communauté de foi. J’étais présente à cette assemblée et je suis rentrée chez moi transformée. Comme bien d’autres, je suis revenue en me demandant comment vivre concrètement nos paroles d’excuses. Que pouvait signifier vivre véritablement selon ces paroles? En 1998, le modérateur d’alors, Bill Phipps, exprima en notre nom de nouveaux mots d’excuses – des mots qu’il était impératif d’ajouter – et qui parlaient spécifiquement de nos remords pour notre implication dans le système des pensionnats amérindiens. Au Manitoba, cela veut dire notre implication dans les pensionnats de Brandon, Norway House et de Portage La Prairie.

 

 

 

À gauche, le chef Bobby Joseph et le chef national de l’AFN Shawn Atleo. [Photographie : Cecile Fausak]

 

 

Mon cœur continue d’être brisé lorsque je pense à vos enfants qui vous ont été enlevés et à tous les torts qu’ils ont subis, ainsi que les enfants de vos enfants, et vous-mêmes. Certains de vos enfants ne sont jamais revenus à la maison. Les Églises – y compris mon Église – étaient responsables avec d’autres de vos souffrances. Nous étions, et sommes encore, défigurés par la souffrance que nous avons infligée au nom de l’amour. Nous en sommes désolés, et nous nous engageons à demeurer sur le chemin de la mise en actes de nos paroles d’excuses et de nous laisser guider par vous sur cette route.

 

Comme Église nous sommes bénis d’avoir parmi nous des leaders ardents des Premières Nations qui nous guident, tout comme nous sommes bénis en tant que société canadienne d’avoir des leaders autochtones ardents.

 

Grâce à un défi lancé par George Erasmus, depuis 2004 notre Église a exigé une enquête publique sur les pensionnats, maintenant le travail de la Commission de témoignage et de réconciliation du Canada.

 

Vous êtes pour nous une source d’inspiration, vous, les survivants des pensionnats, et les autres de votre trempe spirituelle, de votre force communautaire. Vous nous inspirez à rechercher inlassablement la vision d’une nation guérie. Nous sommes fortifiés et guidés par votre courage et votre intégrité.

 

Vous partagez votre vérité afin que toute la vérité soit racontée et que la réconciliation advienne avec tous les canadiens et les canadiennes.

 

 

[Photographie : Cecile Fausak]

 

 

Cet événement est un pas très important d’une longue marche. À nouveau, nos cœurs seront brisés pour que nous reprenions courage ensemble. Ceci est une occasion pour tous les canadiens et les canadiennes d’accepter cette invitation à se laisser briser le cœur pour que de tout cœur la réconciliation devienne une réalité.

 

Puissions-nous tous et toutes avoir le courage – le cœur – de vivre selon les voies de vérité et de réconciliation du Créateur.

 

 

Meegwetch, thank you, merci pour votre écoute.

 

Mardi Tindal, modératrice

 

  Des Commissions pour la

 

Des Commissions pour la Vérité, la Justice et la Réconciliation, pensons-nous, sont pour des pays lointains, sous-développés ou du moins ravagés par la guerre. Ces Commissions ont lieu au Tchad ou en Argentine concernant la « guerre sale », ou au Salvador suite aux massacres perpétrés pendant la guerre civile des années 80. Détrompez-vous!


Le système de pensionnats dans lesquels pendant plus de 150 ans on a enlevé de force les Autochtones du Canada pour les couper de leur racines familiales et communautaires Indiennes, en fait pour « enlever l’Indien de l’enfant », font partie d’une entreprise génocidaire sur laquelle s’est construit le Canada moderne de la Confédération!


Le système des pensionnats a été le coeur d’un projet d’assimilation total des autochtones afin, comme disait en 1920 le responsable adjoint des Affaires Indiennes, de « régler une fois pour toutes la question Indienne ». Il a été conduit par décision du gouvernement canadien avec la pleine complicité des Églises qui ont opéré ces pensionnats jusque dans les années 60.


Aujourd’hui près de 79 000 de ces enfants vivent encore et portent les marques cruelles de cette tentative obstinée, raciste et coloniale de négation d’identité des Premières Nations. On peut prudemment penser que de six à huit fois ce nombre de personnes ont été affectées à vie par ces abus de pouvoir, les frères, les soeurs, les parents, les proches, les communautés... Rien de marginal dans cette face cachée de NOTRE histoire au Canada. C’était massif et systémique.


Ceux et celles qui ont survécu, l’ont fait en passant au travers de vies tourmentées, pour eux et elles-mêmes, mais aussi pour leur entourage, pour les familles qu’ils ont essayé de fonder et qui ont souvent éclaté dans la violence, la colère, le mépris de soi, l’autodestruction, la drogue ou le suicide, des effets qui se sont reproduits sur plusieurs générations.


Ceux et celles qui se sont reconstruits l’ont fait au prix d’une profonde et exigeante démarche spirituelle, psychologique et sociale. Ceci explique la dimension spirituelle omniprésente que nous avons évoquée hier. Faut-il mentionner que les rites de d’acceptation, de réconciliation et de paix auxquels nous assistons et participons sont ceux-là mêmes qui étaient interdits et passibles de prison, d’humiliation et de châtiments corporels il n’y a pas si longtemps...


Eddy Jules, un enfant incarcéré en 1969 au Pensionnat de Kamloops déclarait ce matin : « La première chose qu’ils nous faisaient quand on passait la porte c’était de nous raser les cheveux, de nous ôter ou de brûler nos vêtements, de nous interdire de parler la seule langue que nous connaissions, de voir nos frères et soeurs détenus au même pensionnat, de communiquer avec nos familles »...


La vérité de ces souffrances émotionnelles, morales, physiques, et des abus sexuels qui les ont souvent accompagnés, doit sortir. La CTR recueille donc avec respect et soin ces témoignages afin que la population canadienne ne fasse plus l’autruche et ne se cache plus dans l’ignorance entretenue. Seule cette vérité peut donner une chance de faire cesser les abus qui se poursuivent encore et nous inculquer du respect là ou règnent encore l’ignorance, le jugement sévère et sans compassion, et le rejet social. Pour les survivants-es de ces abus génocidaires, faire et dire leur Vérité constitue une grande part de leur libération face à la colère et au désespoir.


Nous avions de grandes craintes : d’une part, que les autochtones ne viennent pas  « témoigner »  et livrer, à nu, leurs récits tourmentés, coûteux et pesants, et d’autre part, sans doute pire encore car insultant et méprisant, que les non-autochtones soient absents, se désistant ainsi de recevoir les récits sacrés de tant de souffrances mais aussi de dignité et de résilience, récits qui commandent le respect et nous transforment...
Heureusement tous étaient au rendez-vous!


Ainsi, aujourd’hui, l’essentiel de la journée se sera passée en diverses formes d’écoute et d’accueil des récits. L’émotion était intense, mais retenue et digne, donc déchirante et questionnante... Certains parlaient longuement, presque sans voix, d’autres clair et haut, d’autres encore refoulant les sanglots qui les étouffaient – et nous avec eux et elles.


Certains-es ont accepté d’être identifiés, d’autres pas.


Quelques miettes de ces récits qui sont désormais les nôtres.


Un secret indicible et honteux :
« J’ai maintenant 70 ans, et cela m’a pris tout ce temps pour parler de ces secrets – sombres, affreux, souffrants, humiliants et déshumanisants. » Chef Robert Joseph, Kwagiulth, Ile de Vancouver.


Réprimer la langue et l’identité
:
« On nous interdisait de parler l’Inuktitut – la seule langue que nous connaissions – et si on nous attrapait... on nous donnait la ‘strape’, durement, jusqu’a ce qu’on saigne. J’ai été abusé sexuellement à l’âge de six ans... À partir de ce moment, j’ai bloqué toutes mes émotions, je n’ai laissé personne s’approcher ou me toucher. » Mary Simon, présidente nationale des Inuits Tapiriit.


Censure, prison  et libération
« Je sais que quand j’ai eu 16 ans on m’a permis de rentrer chez moi. J’ai donc écrit à mes parents de venir me chercher le jour même de mon anniversaire. J’avais grande presse. Nos lettres étaient censurées et même retenues sans qu’on le sache. Ils n’ont jamais reçu la lettre. Mais imaginez, ils sont venus! D’une manière ou d’une autre ils savaient que je les attendais. Mon baluchon était fait, j’étais prête. Prête aussi, s’il le fallait, à faire tout le chemin à pied... Mais ils sont venus me chercher... » Evelyne Camille, Nation Tk’emlups,Kamloops C.-B.


Sévices et cycle de la violence intériorisée
:
« J’ai été abusé sexuellement par d’autres élèves comme ils l’avaient eux-mêmes été. J’ai été battu et abusé physiquement par mes parents presque chaque jour car c’était tout ce qu’ils avaient eux-mêmes connu dans les pensionnats. J’ai grandi sans soutien, sans amour, sans être jamais embrassé. Personne ne m’avait jamais dit : je t’aime... » Leane Steigh, enfant de trois générations de kidnappés aux pensionnats, Nation Siksika, Alberta.


Destruction :
« Quand tu as passé à travers tous ces abus et que personne n’est venu te protéger ni te consoler, tu es prêt à te détruire et à tout détruire autour de toi. Et je l’ai fait, même contre mes propres enfants et ma femme. Si l’on te frappe et te jette en prison, cela n’a plus d’importance, car le pire qu’on puisse te faire on te l’a déjà fait. Tu veux mourir, pas vivre… ».


« Ma grand-mère m’a confié sur la fin de sa vie qu’une bonne soeur l’avait jetée au bas d’un escalier, qu’elle s’était cassé les doigts mais n’avait reçu aucun soin. J’ai appris alors que la grande déformation de ses mains venait de là. On l’a traitée de maudite fille sauvage en lui criant qu’elle était laide et sale car sa peau était brune. Elle s’est fait frotter les mains à la brosse jusqu’à ce quelle saigne. Ces insultes, ces humiliations, ça fait encore plus mal que les coups car ça te détruit de l’intérieur, tu n’es plus rien... ».

Briser le cycle et aller de l’avant :
« Je ne veux plus transmettre ma colère, ni être en colère à cause de la couleur de la peau et de l’origine des autres, rouges ou blancs. Je cherche une vision assez large pour qu’elle puisse contenir tous les humains... pour pardonner, me pardonner et vivre dans le respect. Maintenant, je sais que le Créateur m’aime, j’ai un lieu d’appartenance en son amour... Je ne veux plus transmettre ma colère. Elle est éteinte. ».


Ce qui est ressorti en force à travers la Vérité de cette tragédie, c’est la force, la dignité, la résilience de ces témoins. Et aussi cette question pour moi lancinante :
Comment se fait-il que des croyants d’une religion de l’amour et de la grâce soient devenus des porteurs et acteurs d’une religion d’abus, d’humiliation et d’implacable mépris? Et quels sont les actes que nous posons aujourd’hui même et qui répètent des aveuglements et des cruautés semblables? 


Stan Mackay, un Cri de Fisher Lake, ancien modérateur de l’Église Unie du Canada, a été 5 ans dans un pensionnat pour Indiens. « Une véritable incarcération, dit-il, à 500km de chez moi ». Plus tard, c’est comme enseignant qu’il est retourné dans un pensionnat. « Je sais maintenant que pendant que j’y étais, des enfants ont été abusés », confie-t-il, lourd…
« Pendant des années, des gens sont venus me trouver pour me demander comment je pouvais, comme survivant des pensionnats, être encore affilié à une Église ». Puis il ajoute après un long silence : « Par ces temps, je me vois comme très en périphérie de l’Église... ».
 
« La vérité vous fera libres », nous a dit Jésus. Par les temps qui courent, comme non-autochtones, il nous appartient d’en porter le fardeau, de « l’encaisser », de la faire nôtre, sans rien esquiver, et de chercher à changer nos relations avec les autochtones.


C’est dur. Mais beaucoup moins que ce qu’ils ont porté et qu’ils et elles portent encore. Ils nous montrent le chemin. C’est possible, ils et elles nous tendent la main.

 

La réconciliation? Elle est encore loin en avant. Mais c’est à nous de répondre et de créer les conditions qui la rende possible, crédible.

 

Témoigner

Témoigner face-à-face

 

Témoigner de la vérité est le premier pas vers la guérison et la réconciliation. Être là, devant l’autre, alors qu’on dit la vérité rend possible l’écoute en profondeur de notre propre vérité tout comme de la profondeur de la vérité de l’autre. Ainsi pouvons-nous entendre les cris de notre âme de même que les cris de l’âme de l’autre.

 

Hier Evelyn Broadfoot nous a rappelé l’importance de ces trois mots : vérité, guérison et réconciliation. En tant qu’une des présentatrices provenant d’un groupe de l’Église Unie qui incluait des survivants des pensionnats, Evelyne a pris la parole dans la tente interconfessionnelle remplie à craquer, ici à la rencontre de la Commission de témoignage et de réconciliation.

 

La veille, notre marche vers la guérison avait débuté par des paroles de vérité de diverses façons et à différents endroits, et tout particulièrement dans le premier cercle de partage dans la tente des commissaires. Une douzaine d’anciens élèves ont raconté leur histoire avec beaucoup de courage, comme l’ont fait aussi un ex-enseignant et un pilote de brousse toujours hanté par ce terrible souvenir d’un jour, des décennies passées, où il a dû amener deux jeunes enfants - un garçon de 8 ans et une fillette de 6 ans - loin de leurs parents laissés à eux-mêmes sur un rivage distant. Tous les quatre étaient de toute évidence épouvantés par ce qui se passait, mais les parents n’avaient aucun autre choix. Il a conduit les enfants en larmes au loin vers un endroit où seraient-ils même les bienvenus? Ce n’est que des années plus tard qu’il s’est rendu vraiment compte du rôle qu’il avait joué dans cet horrible système. Le choc de ce jour et de son implication résonne encore en lui,  mais hier il a pu exprimer sa vérité, en face d’élèves survivants, une démarche de guérison en vue de la réconciliation.

 

Jamie Scott, notre responsable du Conseil général pour le dossier des pensionnats amérindiens, participait à ce premier cercle de partage. De toute évidence, les commissaires de la Commission de témoignage et de réconciliation tiennent Jamie en haute estime, avec raison. Ils l’ont invité à ce premier cercle pour qu’il apporte le « visage » de l’Église, face-à-face avec les personnes qui rendaient témoignage de la vérité. En observant et écoutant Jamie au fil des heures, j’ai été profondément touchée par la qualité de son écoute et de ses propos en notre nom comme Église. Ce que j’ai entendu de lui m’a aidée à écouter les mouvements intérieurs de mon âme et peut-être que cela vous aidera également.

 

Cercle de partage (Jamie Scott porte le chandail rouge). [Photographie : Cecile Fausak]

 

Toutes les fois que les gens expriment la vérité, disait-il, nous sommes dans un lieu sacré. Il a mentionné le choc créé par la découverte de ce qui s’est passé dans ces pensionnats. Choc est le mot approprié. Il a parlé du désir lancinant de demander à nos ancêtres : « Pourquoi? » En l’écoutant s’exprimer avec passion, je me suis demandé ce que ce serait de me retrouver face-à-face avec les dirigeants de ces écoles. Comment décriraient-ils ce qui habitait leurs esprits et leurs cœurs? Il est difficile même de penser ressentir de la compassion pour les personnes qui ont fait tant de mal au nom de l’amour chrétien. (Bien que nous sachions que ce système était maléfique, tous les gens qui y œuvraient ne l’étaient pas. Certains enseignants ont été des agents de guérison, de santé et de protection dans ces écoles. J’en reparlerai dans un autre blogue.)

 

« Je ne comprends pas comment des personnes qui se réclament de Jésus puissent faire de telles choses » a dit Jamie, allant droit au cœur de notre souffrance comme corps du Christ. Et il a continué ainsi : «  Cela nous conduit à repenser notre théologie et à confronter la réalité du racisme dans l’Église, de notre propre racisme aujourd’hui encore. »

 

Jamie à raison d’affirmer que, tous et toutes, nous avons à entreprendre notre propre démarche de guérison, car il y a bien des choses qui ont besoin de guérison, tant en nous, chrétiens, que dans l’Église. C’est une leçon d’humilité qui nous est donnée, particulièrement par les élèves survivants qui nous montrent le chemin d’un face-à-face courageux où témoigner de la vérité.

 

Lors de ce cercle, le « visage » du gouvernement a également dû s’humilier.  Chuck Strahl, le ministre des Affaires indiennes du Canada a lui aussi montré son propre cœur brisé au sein du cercle de partage, en avouant que les gouvernements sont intéressés dans les législations et non les relations. Et les Premières Nations, elles, sont intéressées par les relations – des rapports mutuels de respect et de justice.

 

Nous avons à dire la vérité et à accomplir un travail en conséquence, non seulement comme chrétiens mais aussi comme citoyens canadiens, manifestant ainsi notre espoir pour notre forme de gouvernance.

 

Quelle vérité remue votre âme si vous vous imaginez prendre place dans ce cercle de partage?

 

 

 

 

Les amitiés entre élèves et

Les amitiés entre élèves et enseignants

 

Mercredi (voir le blogue précédent), le cercle de partage de la CTR avait également invité une ex-enseignante à partager son expérience difficile dans une école de la Saskatchewan. Toute nouvelle enseignante, jeune et naïve, elle y était arrivée pleine de zèle et d’enthousiasme pour sa vocation. Puis elle a découvert l’horrible pièce du sous-sol où elle était supposée passer ses journées avec ses élèves. Elle attribue à ses parents irlandais le courage qu’elle a alors eu de gravir les escaliers jusqu’au bureau du directeur, au troisième étage, de lui exprimer son indignation quant à l’état des lieux et d’exiger un meilleur endroit. C’est à ce moment qu’elle a frappé un mur : celui d’un système autoritaire. Aucune de ses demandes n’a été acceptée, sinon éventuellement l’accès à une roulotte à l’extérieur, ce qui signifiait braver les intempéries du climat régional à l’aller et au retour de la classe.

 

Néanmoins, elle a développé une amitié avec un enseignant expérimenté qui était aussi un homme à tout faire qui l’a aidée à transformer la classe en un « foyer » dans la mesure du possible. Ils ont acheté de belles chaises et divers objets pour l’enjoliver. Au début elle était perturbée par le silence des enfants mais au fil du temps les barrières sont tombées et ensemble ils sont devenus en quelque sorte une famille. Elle a terminé son témoignage de vérité en parlant d’eux comme de sa « couvée » - nommant chaque élève, un à un, et laissant couler des larmes d’affection et de lamentation tout à la fois.

 

Ce même jour, après avoir entendu ma conversation avec quelques survivants des pensionnats (ce que j’ignorais jusqu’à ce que je lise son article le lendemain), le journaliste du Globe and Mail, Patrick White, m’a posé plusieurs questions sur le rôle de notre Église dans ces écoles de même que sur d’autres récits qui devaient être connus.  Grâce à  Cecile Fausak, une autre membre de notre compétent personnel au Conseil général qui travaille avec les survivants, et grâce également au Comité directeur du Conseil général sur la question des pensionnats amérindiens lui-même, j’ai pu diriger Patrick vers un autre récit des relations entre élèves et enseignants. Vous avez peut-être lu il y a quelques mois dans une parution du The United Church Observer un article au sujet de Florence Kaefer et d’Edward Gamblin. Plus tôt cette semaine, Cecile a partagé un développement touchant de cette histoire au Comité directeur sur la question des pensionnats amérindiens, mentionnant comment Florence s’était rendue au chevet d’Edward dans un hôpital de Winnipeg cette semaine. Vous pouvez en lire le compte-rendu dans le journal d’aujourd’hui.

 

Florence a enseigné à l’école de l’Église Unie de Norway House. Je connais aussi d’autres membres remarquables de l’Église Unie qui ont aussi enseigné et travaillé dans les pensionnats en manifestant beaucoup de compassion et de sollicitude – et en s’opposant ainsi à un système qui déshonorait leur foi, leurs valeurs et leur engagement.

 

Puissions-nous aussi exprimer, par notre prière, notre sollicitude à l’égard de ces anciens enseignants et travailleurs compatissants. Leur douleur est profonde, comme est profonde la douleur des anciens élèves. Sans aucun doute, c’est une semaine très intense pour eux. Puissions-nous ensemble créer un espace sacré et sécuritaire afin que tous les récits soient racontés.

 

Vous avez peut-être vous-mêmes préparé et participé à de tels cercles de partage sacrés et sécuritaires à propos de votre expérience ou de celles d’autres personnes qui ont subi ces pensionnats. Je vous invite à penser partager ici aux autres ce que vous avez appris à ce sujet, ce qui permet à de tels espaces d’être sécuritaires pour que l’esprit et la communauté se manifestent et que le processus de guérison divine devienne possible.

 

 

 

Pendant la nuit, il a plu à

Pendant la nuit, il a plu à verse à Winnipeg, et toute la journée, avec des vents en rafale. Aux Fourches ce matin, la Rivière Rouge et Assiniboine gonflées, charriant une eau brune, tumultueuse, prête à sauter les berges.


Avant les témoignages en plénière, je m’approche d’Evelyne Broadfoot, une ancienne et leader du Cercle des Premières Nations de l’Église Unie. Femme droite, une longue chevelure blanche qui abrite un regard intense et calme. Elle a fait « 5 longues années en prison », en pensionnat.


« Comment tu... sens les choses? Ca va comment? »
« Tu vois, il pleut beaucoup... Il faudra encore beaucoup de larmes avant de penser à la réconciliation... Tu as entendu le tonnerre? Il y a aussi beaucoup de colère à sortir et à apaiser pour avancer plus loin. Voila ce que j’ai entendu des larmes de la pluie et de la voix de notre Créateur. » Elle avait raison.


Les témoignages et les récits ont soudain pris un autre tour. Dramatique. 

« Où sont nos Enfants disparus? » Un cri jailli dans une longue plainte, insoutenable, adressée aux Commissaires...

En effet, dans les années 1910, 1920, 1930, et plus tard encore, des centaines, voir des milliers d’enfants autochtones sont disparus, décédés dans les pensionnats, emportés par la tuberculose, par des maladies non soignées, par une carence de nourriture, par des conditions inacceptables de pensionnats mal chauffés et humides, des vêtements insuffisants, un manque constant d’attention, et enfin par le suicide.


La majorité des enfants décédés n’ont jamais été rendus aux familles, certaines n’ont jamais été prévenues. Et les corps ont été enterrés ici et là autour des pensionnats dans des trous non marqués, comme des chiens. Certains ont été jetés dans des fosses communes. Quant aux suicidés, ils furent de toute façon bannis des cimetières catholiques.
...


« Où sont nos enfants que vous avez enlevés, tués et enterrés comme des chiens? Je demande à la Commission de me rendre mon frère de 8 ans et ma petite soeur de six ans pour qu’on puisse les ramener chez eux, les enterrer avec amour avec nos cérémonies, comme des enfants précieux mais qu’on nous a volés. Nous demandons à la Commission de les retrouver et de nous les rendre. Alors nous pourrons les laisser partir en paix. »


Ces mêmes voix, je les ai entendues par les Grand-Mères de la Place de mai en Argentine, par les familles des disparus de la dictature Pinochet, et par celles du Salvador qui réclamaient les corps disparus, mais stupeur, malédiction, honte, coeur qui monte en boule et en nausée dans ma gorge, cette fois, c’était chez nous, au Canada! En toute légalité.


Vérité sale.


Déborde Rivière Rouge et Assiniboine, pleure tes larmes tumultueuses, tonne colère pour les enfants disparus...
On ne sait pas encore le nombre exact d’enfants autochtones décédés dans les pensionnats pour « Indiens ».On sait cependant qu’il y en a beaucoup. Déjà plus de 1000 témoignages personnels ont été reçus à divers moments sur les sévices de tous ordres des pensionnats, avec beaucoup d’indications et de références à cette conspiration du silence. On a même avancé le chiffre de 50 000 enfants… Qui sait? C’est même le plus grand mystère que doit élucider la Commission. Le directeur des services de recherche de cette dernière, monsieur Milloy, va commencer à dépouiller des milliers de documents du gouvernement et des Églises, au minimum pour établir l’identité des Enfants décédés dans les pensionnats. Pas facile quand le gouvernement avait pour politique de détruire tous les documents après 5 ans. Pourquoi aurait-on répertorié le sort d’Enfants Indiens qu’on ne voulait de toute façon pas? Pourtant Milloy a bon espoir. « Les gens écrivaient dans les marges des lettres. Il y a aussi des ‘journaux personnels’ où les enfants pouvaient être mentionnés. On examinera tout, assure-t-il, c’est un devoir sacré. » Une équipe d’historiens et d’archéologues vont sonder les cimetières et les alentours des pensionnats – dont la plupart sont détruits... Cela c’est le « minimum ». Mais ce que les familles veulent c’est recouvrer les corps, leur identité et leur histoire...


Darwin Blind qui a été au pensionnat tristement célèbre pour ses abus sexuels galopants à Gordon, au nord de Regina, étranglé d’émotion déclare : « Il y a toutes ces tombes non marquées là-bas, et si vous creusez ici ou là, où étaient les écoles, vous déterrerez des ossements. Ça m’est arrivé. Leurs esprits crient encore », ajoute-t-il, inconsolable. Des anciens l’entourent, le touchent gentiment, une plume d’aigle évente la fumée sacrée de la sauge au-dessus de sa tête, de l’eau, pleurs et purification, lui est versée sur le visage, enfin, il sait qu’il n’est pas seul dans ce silence mouillé de larmes de l’assemblée...


« Si tu sais finalement ou est cet Enfant, si tu peux le ramener à la maison, le mettre en Terre dignement, poser des fleurs sur sa tombe et lui dire ton amour et ta peine, alors, peut-être, alors, tu peux commencer à clore ce chapitre et le laisser aller en paix. »


Qu’ajouter d’autre? Peut-être cette image de Sam de 82 ans qui se met à sangloter en entamant son récit d’abus... Il dit : « C’est la première fois que je parle de cette honteuse et terrible histoire... Ce n’est pas moi qui pleure. C’est l’enfant qui pleure, je ne le savais pas », répète-t-il. « C’est l’enfant qui pleure, pas l’homme… »

Où sont les enfants disparus?


J’ai accompagné des autochtones depuis plus de 20 ans, et je n’avais jamais entendu cette question dans son sens littéral : « Que sont nos enfants devenus? »


Ces paroles de Jésus tonnent dans ma tête : « Ce que vous faites aux plus petits, c’est à moi que vous le faites. » Et aussi, « laissez venir à moi les petits enfants. »  Fallait-t-il que le gouvernement et – pardonnez-moi – les Églises soient assez perverses et apostates pour les prendre de force et les faire disparaître…


Réconciliation, disons-nous?
Déborde de larmes Rivière Rouge et Assiniboine, tonne colère des enfants autochtones; où sont NOS Enfants disparus?


Et c’est à nous de répondre, gens du Canada.

 

Vérité sale...
 
Pierre Goldberger
malgré tout, pasteur.

 

Clôture de la rencontre de

Clôture de la rencontre de Winnipeg de la Commission de témoignage et de réconciliation

 

Samedi a marqué le dernier jour des audiences de la Commission de témoignage et de réconciliation à Winnipeg. Des dizaines d’autres témoignages poignants ont continué d’être entendus, aussi bien en plénière que dans des tentes où alors seuls les individus concernés étaient invités à se présenter dans l’intimité pour leur éviter le fardeau additionnel de parler en public.

 

 

La tenue de cette Commission est un moment historique au Canada, souhaité depuis plus de trente ans, pour faire la vérité sur les « pensionnats Indiens », clé de voute d’une politique d’assimilation et de disparition des autochtones. Cette politique, qui incluait un kidnapping légal des enfants autochtones, outre les humiliations, les dénis de droit à leur Terre, le sous développement chronique et programmé, la mendicité et la dépendance entretenues, a été celle qui a eu l’impact le plus destructeur sur les autochtones. Pour l’Enfant, cela a été l’enfer, l’humiliation, les souffrances et les abus, et même parfois la mort. Pour les Familles, cela les a plongés dans un désespoir coupable sans fond, un sentiment d’échec et d’impuissance totale. Pour les descendants de ces enfants perdus, violentés et devenus violents, cela a été le calvaire de perpétuer le cycle de violence et de mépris, et à leur tour de détruire ceux et celles qu’ils aimaient sans pouvoir vivre avec cette culpabilité… La majorité de ceux et celles que nous avons entendus, sans doute, font partie de ceux et celles qui, contre toute attente, se sont relevés - de l’alcool, du cycle de la violence, du désespoir de soi et envers les autres. Leur témoignage nous ouvre une fenêtre non seulement sur la face la plus sombre du « soubassement historique » raciste et colonial du Canada - qui continue encore sous d’autres formes - mais aussi sur un espoir réel de prise de conscience et de reprise de relations nouvelles avec les autochtones.

 

 

Ce n’est que depuis les années 1990 que des voix – dont beaucoup dans notre Église - ont seulement commencé à parler de leur expérience d’incarcération et d’abus dans les pensionnats. C’étaient des prises de parole risquées, solitaires, et qui souvent suscitaient l’incrédulité, la méfiance ou même la colère des Canadiens non autochtones. « Ils exagèrent » entendait-on. Aujourd’hui, cette Commission représente un moment et une chance historiques d’écouter, de recevoir et de chercher à bâtir, chacun et chacune et comme  société, des Relations justes avec les autochtones. Nous avons été bouleversés par la résilience, la dignité, la générosité de ceux et celles qui ont témoignés. Ils et elles nous ont offert  un cœur  dépouillé de haine, une main tendue. Encore et encore. Ces survivants-es nous ont dit qu’il fallait ensemble aller de l’avant pour changer la vie des enfants autochtones « et bâtir des relations nouvelles bâties sur un processus de guérison réciproque et mutuel ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Non seulement que les autochtones - que l’on retrouve en surnombre scandaleux sur nos trottoirs, dans nos prisons, au prise avec le suicide, l’alcool et la drogue - se guérissent de leur propre destruction intériorisée par des siècles de mépris et d’abus, mais que nous, les non autochtones, nous guérissions de notre mépris, de notre racisme, de notre ignorance et de nos préjugés. Et tout cela, nous ne pouvons que le faire ensemble, réciproquement, mutuellement, en apprenant, certes maladroitement, des relations nouvelles basées sur le respect, la compassion, la justice et... l’amour.

 

 

Cette session de la Commission à Winnipeg, était la première de sept grandes sessions à travers le pays, dont une se tiendra au Québec. (La prochaine sera à Nunavut, dans le grand Nord). De plus, au cours des quatre prochaines années, la Commission ira partout où les communautés autochtones l’inviteront à travers le pays. C’est donc un processus d’écoute, et de rencontre qui s’est amorcé, auquel, notamment, les francophones canadiens et les québécois seront invités à participer, car pour les autochtones la Commission représente un lieu public au-dessus des partis politiques. Des voix autochtones, de plus en plus nombreuses, se font entendre pour affirmer que quatre années ne suffiront pas, qu’un processus de guérison est lent, que la prise de parole est récente et douloureuse, et que plusieurs siècles d’abus et d’oppression ne peuvent se résoudre en 4 ou 5 ans… La crainte est que la population et le gouvernement, selon leur  l'habitude, tournent la page et passent à autre chose avec bonne conscience et que cette tâche de guérison et de réconciliation à peine engagée soit considérée comme terminée. C’est pourquoi il nous faut nous engager avec fidélité dans cette démarche d’écoute et de recherche de relations nouvelles, afin que la dynamique du processus se poursuive une fois la Commission terminée.

 

 

J’ai souligné la dimension spirituelle qui a accompagné toute cette démarche. Il faut que j’ajoute, comme un complément permanent à la pesanteur des récits de vie et des témoignages, l'aspect à proprement festif des célébrations qui a aussi régné de bout en bout. Chants, danses, remerciements au Créateur… Samedi a donné place à un grand Pow Wow extraordinaire... avec ces mêmes survivants-es  et  ceux et celles qui les ont accompagnés en recevant leur témoignage… Célébration de la vie, de sa grâce, de la beauté… et témoignage du fait que nos sœurs et frères autochtones  sont bien vivants-es !!! La venue – quasi inattendue - de la Gouverneure générale Michaëlle Jean a aussi été significative. Elle représente au-dessus des partis politiques, la société canadienne et ses institutions, et une oreille bienveillante… Madame Jean est directement allée écouter les jeunes parler de leur vie, des séquelles des pensionnats et de leur vision d’avenir. Mettant les discours de côté, elle a su  trouver avec simplicité et profondeur, les mots justes de compassion, de révolte et de partage de ses convictions de respect et de justice, elle Haïtienne et descendante d’esclave… Plus tard, on a senti un grand frisson d’espérance dans le grand champ où elle s’est adressée à la foule rassemblée avant de participer, avec des milliers d’autres, à la Grande Danse de la Paix dans le grand cercle, au son du tambour, battement du pouls de la Terre…

 

 

Les autorités du Grand Parc des Fourches où s’est tenu cet événement ont estimé que 40 000 personnes sont venues au cours de ces quatre jours… avec quelques 700 bénévoles locaux!

C’est un départ. Un bon départ qui ouvre sur l'Espérance. Il va falloir qu’au Québec et au Canada francophone en particulier, nous fassions nous-mêmes ce travail d’écoute, de rencontre, de coeur brisé, de mise à nu de la vérité, afin que nous puissions engager ensuite, dans le long terme, le travail de la réconciliation… Pour ceux et celles qui le cherchent et veulent en vivre, l’Évangile ne se trouve pas dans des paroles et des sermons mais dans cette démarche de rencontre et d’accompagnement.

 

Le Christ nous y attend. Incognito et autochtone, survivant-e bien sûr !

 

Merci pour ces écrits, très

Merci pour ces écrits, très touchants et importants!  Nous, les lecteurs-trices, ne commentons que peu, mais je suis certaine nous lisons attentivement et apprécions beaucoup!  Pour moi, c'est parce que je ne sais pas quoi dire devant tant de résilience.  Et le mot est très faible.  Cette capacité d'accueillir l'espoir, l'écoute et même la célébration malgré la souffrance qui pèse est simplement... divin!  Bien sûr c'est important de reconnaître que la souffrance est loin d'être terminée, ayant commencé et duré trop longtemps.  C'est pourquoi ces petits pas vers l'Autre doivent effectivement continuer.  

 

L'assimilation sous toutes ses formes est d'après moi contraire au divin.  La forme vécue par les Premières Nations en est une forte et terrible, mais il en existe des formes plus "douces" comme l'idée que les nouveaux et nouvelles arrivants-es doivent "s'intégrer", dans le sens unilatéral du mot.  Le divin, c'est la rencontre de l'Autre.  La véritable intégration, vous l'avez souligné M. Goldberger, c'est mutuel, bilatéral.  Bref, c'est une rencontre!   Cela s'applique autant aux relations avec les Premières Nations qu'avec les personnes immigrantes, entre francophones et anglophones, etc.  La meilleure façon de se réconcilier est de ne pas s'imposer à l'autre, comme on l'a trop longtemps fait et comme nous continuons de le faire sous d'autres formes.  Puisse Dieu nous inviter à la rencontre de l'Autre.   

Pour nos enfants et

Pour nos enfants et petits-enfants

 

Presque une semaine s’est écoulée depuis la fin de la première rencontre nationale de la Commission de témoignage et réconciliation. Depuis, j’ai eu le plaisir de participer à l’événement More Franchises : A Second Cup où j’ai pu, entre autres, échanger avec ceux et celles qui m’ont ‘tweeté’ leurs commentaires pendant ma prédication. Comme je l’ai mentionné à l’assemblée réunie à Metropolitan United à Toronto, et lors de la transmission web de cette célébration, il peut être amusant de ‘tweeter’ mais – les Principes de l’Union pourraient le confirmer – ce n’est pas requis pour être sauvé.

 

Lundi, de retour à Winnipeg, il faisait bon retrouver le juge Murray Sinclair, président de la CTR, alors qu’il décrivait le contexte aux 80 leaders religieux du monde entier dont nous étions, en préparation à la déclaration destinée aux leaders du G8 que nous avons remise au premier ministre (j’en parlerai davantage dans une communication future).

 

Je ne peux m’empêcher de penser à la portée de la Commission de témoignage et réconciliation – pour notre intégrité comme Canadiens et Canadiennes au sein de la communauté mondiale. Et ce sujet continue d’occuper les pensées d’autres personnes. Ainsi, j’aimerais vous faire part de deux réflexions particulièrement éclairantes. La première nous vient du pasteur James V. Scott, responsable du Conseil général pour la question des pensionnats autochtones :

 

« Le soleil s’est levé dans un ciel clair le matin du dernier des quatre jours de cette première rencontre nationale de la Commission de témoignage et réconciliation à Winnipeg. Le soleil du premier et du quatrième jour semblait encadrer d’espérance ce temps de profonde ouverture à la douleur des personnes dont la vie a été si tragiquement marquée par le système des pensionnats. L’espoir et l’anticipation étaient palpables en ce premier jour qui allait marquer le début significatif et tant attendu d’un dialogue national et d’un processus de guérison historiques sur ce sombre chapitre trop souvent occulté de l’histoire canadienne. Quant au soleil du dernier jour, il semblait symboliser notre espérance, notre foi en fait, nous permettant de croire que nous pouvons traverser cette étape ensemble, autochtones et non autochtones, et voir l’aube d’un jour nouveau dans notre pays :  une réalité nouvelle marquée par des relations de respect et d’égalité.

 

« Les deux jours du milieu, il a plu à verse. Lors du temps d’écoute des Églises, le dernier jour, le Primat de l’Église anglicane a rapporté avoir écouté les récits des survivants, détrempé par la pluie. Celle-ci est devenue pour lui, et pour beaucoup d’autres, le symbole des larmes versées pendant les témoignages, de ces récits qui ont attendu si longtemps avant d’être racontés.

Le Primat Fred Hiltz a déclaré : ‘Pour moi c’était nécessaire d’être ainsi détrempé.’ Et en parlant de l’importance que revêtait cet événement pour lui, il s’est engagé à participer aux sept rencontres nationales de la CTR avec autant d’évêques qu’il pourrait en recruter.

 

« Nous avons également entendu des histoires de courage et de détermination à surmonter le passé et à guérir, de vraies paraboles de grâce, de pardon et de réconciliation. Lors du 9e souper annuel de Keeping the Fires Burning, le jeudi soir, lors duquel 9 grands-mères ont été honorées pour l’apport et le travail de leurs vies, nous avons été témoins de la résurgence de la dignité dans l’identité, la culture et la tradition autochtones, alors que ceux-ci déclaraient : ‘Je suis fier d’être autochtone !’

 

« Et nous avons été témoins du gigantesque défi lancé aux Églises d’accepter une responsabilité encore plus grande, celle de reconsidérer la théologie ayant permis et appuyé notre complicité dans le système des écoles résidentielles, et celle de travailler à réparer les torts toujours présents, ceux dont nous n’avons pas encore parlé et au sujet desquels rien n’a encore été fait. Dans l’un des cercles de partage, un survivant brandissant bien haut une bible a déclaré que rien dans celle-ci ne sanctionnait ou justifiait le traitement infligé aux enfants dans les pensionnats.

 

« Lors de la cérémonie de clôture, le juge Murray Sinclair, président de la Commission, nous a rappelé que nous ne verrions probablement pas de notre vivant la pleine réalisation de cette entreprise, mais qu’il s’agissait du début d’un processus que poursuivraient nos enfants et nos petits-enfants. C’est pour eux que nous faisons ce travail de guérison et ce sont eux qui en verront les fruits. Autant le système des pensionnats a pu être un véhicule de malheur pour les enfants d’autrefois, autant le processus national de la Commission de témoignage et réconciliation peut être le véhicule de guérison et de renouveau des enfants de demain. »

 

Nichole Vonk, archiviste du Conseil général, rapporte la manière dont les survivants des écoles résidentielles ont afflué autour des documents d’archives offerts par les Églises dans la tente de l’apprentissage lors de cette première rencontre nationale – et comment ces survivants et autres personnes intéressées continuent toujours de consulter des photos en ligne :

 

« Les archivistes des Églises se sont rassemblés dans la tente de l’apprentissage avec des photos provenant des écoles résidentielles ayant existé au Manitoba et dans le nord-ouest de l’Ontario. Le mandat de la CTR comprend une portion éducative sur l’histoire du système des pensionnats autochtones et la collecte des dossiers de tous les signataires de l’entente. Pendant 4 longues journées sous le soleil, en proie aux moustiques, et sous la pluie torrentielle, des archivistes et bénévoles de l’Église Unie ont aidé les survivants de ces écoles à copier des photos et à identifier les personnes qui s’y trouvaient. Les réactions des visiteurs de cette tente étaient variées : certains découvraient avec fébrilité des photos d’eux-mêmes, de leurs amis ou des membres de leur famille. D’autres tournaient les pages calmement, posaient des questions et quittaient les lieux avec sur leur visage une expression impénétrable. Quelques personnes exprimaient leur douleur et leur colère contre l’Église. Et plusieurs visiteurs repartaient chez eux avec des copies de photos pour les montrer à leurs familles et amis.

 

 

[La tente d’apprentissage. Photographie : Nicole Vonk]

 

« Les archivistes ont eu la chance d’apprendre des survivants; certaines dates ou certains noms ont pu être corrigés sur les images. Tout en regardant les albums photos ensemble, nous avons écouté ces récits de méchanceté, de discipline et de négligence, et certains d’entre nous ont encore du mal à conclure sur les effets de ce système et sur la façon dont la réconciliation peut se faire après tant de dommages aux individus et aux familles. Une de nos jeunes bénévoles (Jennifer Ching) n’ayant pas été exposée à l’histoire des pensionnats auparavant était visiblement bouleversée par ce qu’elle apprenait. Elle est sortie de cette expérience convaincue que ‘chaque personne DEVAIT connaître ces faits’, en particulier les jeunes Canadiens et Canadiennes qui n’en savent rien.

 

Pour visionner les photos des pensionnats autochtones des Archives du Conseil général de l’Église Unie, visitez le site The Childen Remembered. »

 

En quittant le rassemblement des leaders religieux du G8, j’ai ramassé une copie de la Winnipeg Free Press.  On y lisait à la une que le système scolaire manitobain serait bientôt le premier au pays à enseigner l’histoire du système des pensionnats amérindiens. Une autre étape décisive pour l’amour de nos enfants et petits-enfants.

 

 

Qu’aimeriez-vous que vos enfants et petits-enfants comprennent et retiennent à l’égard de la guérison dans la communauté de Dieu ?