La question du genre

 Je ne sais comment transférer ici le contenu du fil sur les 70 ans du droit de vote des femmes...

 

UnVeilleur, vous nous demandiez des lectures pour vous initier aux concepts du féminisme queer. Je ne crois pas qu'il soit possible de trouver quelque chose comme "La question du genre pour les nuls" ou "La troisième vague féministe expliquée aux enfants". Étant donné que l'existence même du féminisme queer est souvent contesté par les féministes de deuxièmes vague, il est difficile de mettre la patte sur une revue de littérature à ce sujet, même au département d'études féministes de l'UQÀM! Il faut fouiller, il faut creuser... Autant dans les milieux féministes que les milieux homosexuels.

 

Je n'ai trouvé que deux textes dans mes vieux recueils de textes de science politique... L'un d'entre eux est une définition du mot "queer" provenant du Dictionnaire des cultures gais et lesbiennes (2003), Eribon Didier (dir), Paris, Larousse, p.393-398.

L'autre s'intitule "Le corps construit"... Malheureusement, les recueils de textes de cette prof étaient, eux, mal construits et je ne trouve pas l'auteur. Par contre, ledit texte cite un des textes fondateurs du féminisme queer: Monique Wittig, "The Category of Sex", Feminist Isues, Berkeley, Califorie, 1982, 2, no 2.

 

Monique Wittig est une des précurseure de la pensée queer. J'ai entendu dire que Michel Foucault a aussi contribué à la construction intellectuel du mouvement. Toutefois, Foucault a écrit beaucoup et je ne sais pas du tout dans quels textes se trouvent les fondements des théories queer.

 

L'auteure la plus citée pour avoir vraiment accouché d'une théorie queer, c'est Judith Buttler, tout particulièrement son livre Gender Trouble, aussi disponible en français sous le titre Trouble dans le genre. Je crains par contre que son vocabulaire soit encore plus hermétique que le mien et celui de Claire_Marthe!

Commentaires

Merci... je lis et

Merci... je lis et réfléchis... et reviendrai échanger. [même commentaire dans le fil Hommes et femmes: différences et/ou similitudes]

Oops on a pensé la même

Oops on a pensé la même chose, soit continuer le fil sur le droit de vote des femmes, mais sur deux fils différents!  Après tout, il s'agit de facettes bien différentes du sujet du genre.

 

Si je résumerais le mouvement queer ou féministe de la troisième vague (il y a des nuances entre les deux, mais bon il y a aussi plusieurs rapprochements à faire), c'est: décatégorisation.  Le mouvement queer nous invite à aller au délà des catégories simple de notre société: homme/femme, hétérosexuel/homosexuel, blanc/noir...

 

J'identifie les mêmes auteurs que Ursus comme fondateurs du mouvement queer.  Surtout que selon ce que je comprends les fondateurs "officiels" ne sont pas aussi nombreux que les fondateurs "informels": groupes militants, groupes étudiants (queer McGill)...  D'ailleurs, j'ai essayé de lire Judith Butler... Comprends rien!  Peut-être qu'en fouillant davantage sur la théorie queer je pourrais mieux comprendre son vocabulaire, mais j'admets que ce n'est pas dans mes objectifs à court terme.

 

Un élément intéressant que j'ai appris de sa pensée dans le merveilleux cours Homosexualité et Société de l'UQÀM est qu'elle sépare la sexualité en trois axes (qui varient en dégrés, selon un continuum): genre, sexe et désir.

 Elle monte que notre société ne voit que deux combinaisons possibles de ces trois concepts:

 

-Sexe femelle, genre féminin, désir hétérosexuel

 

-Sexe mâle, genre masculin, désir hétérosexuel

 

Alors qu'il y a bien plus que ces deux possibilités...  Pour des définitions des concepts "sexe", "genre", etc. vous pouvez vous référer à mon fil cité plus haut par Un Veilleur.  Merci d'ailleurs pour le lien!

 Effectivement Claire_Marthe,

 Effectivement Claire_Marthe, il est difficile de trouver des auteurs "officiels" quand il est question du mouvement queer. C'est que la théorie est venue après la pratique. Il y a eu un mouvement queer partant des milieux homosexuels, des théories féministes qui tendent vers le décloisonnement des genres et des pratiques dites féministes qui vont en ce sens aussi... Mais ce n'est que depuis les années 1990, avec Buttler, qu'il y a un effort de théorisation des pratiques. Il faudrait que j'apprenne à uploader un film dans YouTube, comme ça je pourrais montrer les entrevues que j'ai faites avec deux drag kings et une drag queen pour mon exposé sur les théories queer à l'université... Il faut vraiment que je me "technologise". Je suis une petite vieille de 27 ans!! ;)

Je suis "tombé" sur deux

Je suis "tombé" sur deux articles de Wikipédia : Genre et Queer . J'en retiens, dans les limites de ma compréhension et de mes connaissances des domaines connexes, que la démarche repose principalement sur la théorisation, une déconstruction délibérée des concepts et normes dominants,  perçus comme oppressants et arbitraires. Si je comprends le besoin critique face à l'oppression, la nécessité de saisir le relatif de tout catégorisation et l'affirmation que tout individu n'est pas réductible à son genre ou son orientation, le niveau de "déconstruction extrême" de certaines affirmations me paraît, à première vue, d'une conceptualisation fort nébuleuse et très académique. Évidemment, je lis le tout avec mon âge, ma culture et... mon genre? Je continue ma réflexion.

 

Effectivement, je trouve que

Effectivement, je trouve que trop de déconstruction est non seulement pas souhaitable, mais impossible.  La psychologie sociale appuie l'idée que l'humain fonctionne par catégories, c'est la base de l'identité.   J'ai besoin de me dire lesbienne, me dire une femme qui est majoritairement attirée par les femmes est plutôt long pour me décrire...  Surtout que je sens que j'ai quelque chose en commun avec les autres femmes attirées par les femmes, d'où pour moi l'importance d'une appellation commune.  Aussi au niveau politique, je trouve bon d'avoir des étiquettes pour revendiquer des droits égaux.

 

Le problème consiste d'après moi à définir quelqu'un exclusivement par un éthiquette et à les utiliser à outrance.  Le pire danger est surtout de les lier entre eux et je crois que c'est ce que la déconstruction cherche avant tout à combattre.  Par exemple, de supposer que comme je suis lesbienne, je suis nécessairement féministe, végétarienne, sportive, que je ne m'identifie pas tout à fait comme une femme ou même que je souhaite secrètement avoir un pénis (oui, oui, ça fait partie des préjugés que j'ai déjà entendus!).  Dans mon cas, seulement les 2 premiers sont vrais et c'est très plate de se faire supposer que j'ai les autres.  C'est là que je vois l'importance de la déconstruction.  Parce qu'un des buts de la déconstruction est justement de faire accepter autant les personnes qui adoptent un rôle socialement "peu conventionnel" socialement comme les hommes éfféminés que les personnes plus "conventionnelles", comme les femmes au foyer, pour reprendre les exemples d'Ursus.

 

 

 J'avoue que les textes

 J'avoue que les textes théoriques sur la déconstruction du genre peuvent être nébuleux ou compliqués... À l'université, ces textes ont provoqués chez moi autant d'enthousiasme que de maux de tête! Je crois que vous avez pas mal saisi l'essentiel de la théorie, UnVeilleur. Il est tout à fait normal de ne pas y adhérer complètement... Non seulement ce sont des concepts qui sont, pour beaucoup, radicalement nouveaux, mais certains théoriciens queer vont très loin. Pour toute théorie politique, la nuance et la critique font plus de bien que l'adhésion inconditionnelle.

 

J'ai une petite anecdote à partager avec vous sur les présupposés liés au genre. Je vous mets d'abord en contexte: Je travaille comme mécanicienne de vélo. Les gens ne s'attendent généralement pas à voir une femme exercer ce métier. J'ai les cheveux courts et je porte des vêtements masculins au travaille (parce que les pantalons de travail de femmes sont juste trop laids et que les t-shirt sont en partie fournis par les compagnies de vélo). Les clients m'appellent souvent "monsieur". Parfois ils se corrigent, parfois non. Je ne me donne plus la peine de les corriger... C'est devenu un "running gag" au travail!

Ma patronne est aussi une femme non-conventionnelle. Il est en effet assez rare de rencontrer une femme de 35 ans qui est propriétaire d'un gros magasin de sport.

 

Aujourd'hui, ma patronne portait une très jolie robe. Elle était toute noire et assez sobre. Il m'est passé par la tête que, si je voulais, rien ne m'empêcherait de porter une robe comme celle-là pour travailler et que les gens arrêteraient de m'appeler "monsieur"! J'ai partagé ma réflexion avec ma patronne, elle a trouvé ça bien drôle et a ajouté quelques blagounettes sur le maquillage à la graisse de bécik.

 

Un peu plus tard dans la journée, elle m'a dit: "Je pense que c'est mieux que les gens continuent à te prendre pour un gars, ça fait plus professionnel." Je lui ai demandé pourquoi et elle m'a répondu que ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas été sous-estimée à ce point là par les clients! Le magasin appartenait à son père avant, alors ma patronne a passé pratiquement toute sa jeune vie à travailler dans un magasin de sport. Elle s'intéresse particulièrement aux vélos et en connaît pas mal plus que moi sur le sujet. Elle est vraiment très professionnelle. Elle ne porte jamais de robe d'habitude et elle est très respectée par les clients qui apprécient qu'elle connaisse bien son métier. Aujourd'hui, elle s'est fait dire des choses comme: "Tu connais tu ça, les béciks, au moins?" ou "J'ai parlé à ton boss dehors..." (C'était la vente trottoir aujourd'hui et le gérant était dehors... À part peut-être Dieu, ma patronne, n'a pas de patron.)

 

C'est fou comme un élément de féminité peut nous enlever de la crédibilité dans un domaine majoritairment masculin! Avant même que ma patronne ne m'arrive avec ces commentaires, j'avais essayé de m'imaginer travailler en robe et j'avais l'impression, sans trop savoir pourquoi, que je me sentirais vulnérable si j'étais en robe. J'y réfléchis et je pense que le pantalon est un important symbole de pouvoir alors que la robe est un symbole de séduction. Comme mécano, je dois montrer que je connais mon affaire, pas que je suis cute. Je pense que le pouvoir est plus approprié que la séduction dans mon métier.

Merci Ursus pour ce

Merci Ursus pour ce témoignage fort éloquent. Pouvoir vs séduction? Un classique dans les rapports hommes-femmes certainement. 

 

J'apprécie aussi vos commentaires sur le "relatif" des théories : je me sens moins niaiseux de ne pas en saisir toutes les subtilités... En ce qui concerne les étiquettes, l'acronyme GLBT circule passablement en milieu francophone, provenant à  l'origine du monde anglophone si je ne me trompe. Or semble-t-il qu'on rajoute régulièrement des particules, ce qui devient confondant pour bon nombre de personnes. Un fil de discussion sur le pendant anglophone du Caféchange, le WonderCafe, aborde justement cette question sous le titre "

Who Exactly is Q? 

D'intéressantes réflexions s'y retrouvent. Évidemment, c'est en anglais. À suivre.

 

Pour les personnes

Pour les personnes intéressées aux questions de genre et de discrimination, je souhaite "plugger" (je ne m'en cache pas!) un article que j'ai écrit récent sur la cissexualité.  Mais qu'est-ce que c'est?  Vous le saurez en lisant l'article!

 

http://alterheros.com/francais/edito/index.cfm?recordID=252

 

Il semble que mon article a été écrit en langage accessible (c'était mon but), car les gens qui l'ont lu m'ont dit avoir compris et appris quelque chose.  C'est justement pour que les gens connaissent ce phénomène méconnu que je souhaite diffuser cet article.