Tranquillement pas vite

 Je viens de voir un documentaire qui m'a trop touchée pour que je ne le partage pas. Si vous avez 148 minutes et 11 secondes, prenez le temps de les dépenser en regardant ce documentaire... Si vous ne les avez pas, ces 148 minutes et 11 secondes, je vous invite à l'écouter par petits boûts... Tranquillement pas vite!

 
 
http://onf.ca/film/tranquillement_pas_vite
 
 
C'est un documentaire datant de 1972 qui témoigne d'un tournant important dans la relation des Québécois à la religion. Je trouve ça complètement fascinant de voir un témoignage qui date de presque 40 ans qui décrit un phénomène encore en cour aujourd'hui.
 
 
On y voit, entre autre, l'assemblée générale d'une paroisse dont l'église sera détruite. Un paroissien dit quelque chose qui me semble soit révélateur de la nouveauté de la désertion des églises au début des années 1970, soit de sa naïveté: "On pourrait demander un octroi du gouvernement en attendant le retour des familles." Quelqu'un dirait ça aujourd'hui et on le regarderait probablement tous de travers en lui disant: "Ben voyons donc! Elles sont parties et elles ne reviendront pas les familles! Le nombre de paroissiens va aller en diminuant et tu es bien naïf d'espérer autre chose!"
 
 
Dans la deuxième partie, on voit une communauté de Chrétiens... Je n'ai pas trop saisit la structure de cette communauté... Je ne sais pas s'ils vivent ensemble... Je crois que non. Je ne sais pas s'ils fréquentent une église "traditionnelle" en plus de fréquenter la communauté, si oui, je ne sais pas s'ils fréquentent tous la même. Toujours est-il qu'entre eux, ils discutent, ils partagent, il communient. Cette communauté me rappelle tout un paquets de petites expériences chrétiennes ou communautaires que j'ai vécues isolément... Les études bibliques à l'université, les groupe de prières à l'université, le soutient de la communauté de l'église que je fréquente lors d'un décès, les activités d'été avec les enfants à la Mission, les groupes de discussions pour jeunes LGBT auxquels j'ai participé... Je trouve ça magnifique qu'ils aient tout ça ensemble, en une seule communauté! Ce que j'ai, je le ramasse petit boût par petit boût, un peu partout. Ceux qui participent avec moi à ces expériences sont parfois des gens que je ne revois jamais ailleurs. Ils vont et viennent dans ma vie sans former de communauté solide (sauf celle de l'église que je fréquente, mais on est loin d'y voir tout plein de jeunes familles et je redoute le jour, probablement pas si lointain, où l'un de ceux qui me sont proche décédera).
 
 
Je crois qu'il y a un besoin pour des communautés comme celle qu'on voit dans le film... Mais je me demande si de telles communautés sont encore possibles aux 21e siècle. On dit, à l'intérieur des institutions religieuses, "Si on ne change pas, on meurt! On ne peut pas rester assis dans nos bancs d'église à attendre que les gens viennent. Ils faut sortir et aller là où sont les gens! Aller dans la communauté, plutôt qu'attendre que la communauté vienne à nous!" On le dit, mais on ne sait pas trop comment s'y prendre.
 
 
Comment peut-on rejoindre ceux qui fuient l'Église, mais cherchent Dieu pour leur offrir fraternité et soutient? Dans le documentaire, la communauté semble durer depuis deux ans avec un gros noyau stable... J'imagine mal quelque chose de semblable de nos jours... L'engagement est plus ponctuel et passager... "Si ça adonne!" "Si ça fite entre mon travail et mes loisirs." Ça s'insère comme une activité de plus, plutôt que comme un mode de vie.
 
 
J'ai bien l'impression que ce qui se passe à la Mission de l'Église Unie du Sud-Ouest va dans le sens d'aller là où se trouve la communauté... Mais j'ai souvent l'impression que ceux qui fréquentent la Mission le font plus par nécessité alimentaire que par recherche spirituelle... Un bénévole m'a dit s'être fait vertement critiquer par un parent pour avoir lu une histoire où figurait le mot "Dieu". Dans une Mission chrétienne! Si on ne peut plus nommer Dieu dans nos murs, la laïcité va un peu trop loin.
 
 
Où êtes-vous mes frères et soeurs hors les murs! Où êtes-vous tout ceux qui cherchez Dieu, le recueillement, le réconfort d'une communauté, le partage et la communion sans jugement, en toute simplicité?
 
 
J'ai remarqué aussi que, dans cette communauté, ce sont encore les familles qui sont la plus petite unité... Les familles se joignent à la communauté. Les deux parents sont dans la communauté et les enfants en font partie aussi. J'ai pensé aux croyants de mon entourage, ceux qui ne fréquentent pas ou ne fréquentent plus l'église... L'écrasante majorité d'entre eux ont un conjoint ou une conjointe qui est plus ou moins mal à l'aise avec les questions de foi ou qui se dit non-croyant.
 
 
Si la plus petite unité n'est plus la famille, mais l'individu, il va falloir repenser l'approche spirituelle des gens de Dieu. Quand je dis "gens de Dieu", je parle du clerger, mais aussi des laïcs qui mettent leur vie au service de Dieu, de la propagation de la foi, de la recherche de ceux qui ont besoin de réconfort.

Commentaires

Belle trouvaille Ursus. Ça me

Belle trouvaille Ursus. Ça me rappelle le ménage du grenier et tout à coup on retrouve des "perles" de jadis. Au moment de mes études en théologie c'était très "in". J'ai essayé de retracer sur Internet des commentaires et critiques du film.  L'excellent  site d'Yves Lever

Pour connaître quelques points de vue sur le cinéma québécois et sur l'enseignement du cinéma

nous propose deux pages particulièrement pertinentes:

 

 

Une histoire à suivre

 

OCTOBRE 70
DANS LE CINÉMA QUÉBÉCOIS

 

et

 

Tranquillement, pas vite

de Guy L. Coté

ou la prise de parole de quelques catholiques québécois

 

 

L'expérience des communautés de base de l'époque - forte de l'apport des "missionnaires" d'Amérique latine de retour au Québec au début des années 70 - a été une tentative de transformation du modèle ecclésial justement par la base et axé sur la vie communautaire. C'était aussi l'époque des communes et des espoirs de la contre-culture.
 
 
Certains courants contemporains voient dans un renouveau communautaire, inspiré du monachisme, l'avenir de l'Église, du moins en occident. Il y a un fil de discussion sur cette dimension ici au Caféchange. La question de l'intégration de la famille et des enfants demeurent primordiale et, sous ce rapport, peut mettre du plomb dans l'aile (excuser l'image!) à bien des projets communautaires. Les communautés de "célibataires" n'ont évidemment pas à composer avec cette question.

 

 

Merci Ursus pour le

Merci Ursus pour le documentaire, que je trouve très humain et attachant!  J'écrierai des commentaires quand je serais plus avancée, car oui je l'écoute tranquillement pas vite, hahaha!

 Merci pour ces références

 Merci pour ces références unVeilleur... Malheureusement, mon navigateur n'arrive pas à ouvrir les liens... :(

Désolé Ursus :(  on dirait en

Désolé Ursus :(  on dirait en effet que le lien à ces pages a été retiré. Dommage, c'était très intéressant et Yves Lever est reconnu comme historien du cinéma québécois. Je vais demeurer à l'affut pour leur ré-apparition! En attendant j'ai trouvé une fiche résumé du film sur le site de Parole citoyenne avec un court extrait vidéo.

 

unVeilleur a écrit

 

Les pages fonctionnent de nouveau. Bonne lecture!