Saint-Jean-Baptiste

 La Saint-Jean-Baptiste s'en vient! Une occasion, pour beaucoup, de se saouler la gueule et peut-être même de se péter la face avec un petit pétard. Je me souviens des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste dans la petite ville de banlieue où j'ai grandi. À 200m du parc, on voyait déjà le nuage de fumée au dessus de la foule. C'est à la Saint-Jean-Baptiste que j'ai appris à reconnaître l'odeur du pot, d'où l'expression: "Ça sent la Saint-Jean!" Je me souviens que je devais rentrer chez moi avant minuit quand j'avais 13 ans et à l'heure où je quittais le parc, il y avait déjà des gens saouls morts dans les faussés aux alentours du parc.

 

Quand j'ai commencé à fréquenter les études bibliques à l'université, j'ai trouvé très ironique d'apprendre que Jean le Baptiste n'avait j'aimais consommé une seule goûte d'alcool de sa vie! J'ai entendu dire que la fête de la Saint-Jean-Baptiste aurait été placée le 24 juin pour concurrencer la fête païenne du solstice d'été. J'ai aussi entendu dire que la St-Jean est devenue la fête nationale des Canadien français, simplement parce qu'elle était une fête très populaire en Nouvelle-France, en partie à cause du grand feu de joie emprunté aux traditions païennes.

 

Plus ma foi grandit et moins je suis nationaliste. Je m'intéresse plus au sort du Royaume de Dieu qu'à celui de l'État québécois. Bref, la Saint-Jean-Baptiste a de moins en moins de sens pour moi. J'apprécie quand même la fête. C'est un congé qu'on a tous en même temps et ça nous donne un prétexte pour nous réunir entre amis, c'est chouette... Mais sans plus.

 

Et pour vous? La Saint-Jean-Baptiste a-t-elle un sens? Si oui, est-ce que c'est un sens politique? Religieux? Festif? Culturel?

Commentaires

  C'est la fête de l'année

 

C'est la fête de l'année que j'aime le plus et que je fête le plus, celle de mon pays le Québec et de mon peuple.

 

Rien de religieux dans cette fête. Je suis protestant, je ne fête pas les saints. D'ailleurs je ne l'appelle jamais la St-Jean, mais bien la Fête nationale, son nom officiel depuis des décennies. En même temps qu'elle est encore la fête des Canadiens français dans les autres provinces, au Québec, elle est désormais la Fête nationale des Québécois. D'origine canadienne-française ou non.

 

Pour moi, c'est devenu une fête civique et non plus ethnique. Je la fête depuis des années avec mes compatriotes et amis québécois d'origines diverses. Et je suis heureux de voir des Québécois de toutes les couleurs et aux yeux de toutes les formes fêter ce jour-là, certains tout de bleu vêtus, d'autres aux joues fleurdelysées (surtout les plus jeunes).

 

La Fête nationale occupe une grande place dans ma vie et dans mon année, c'est un moment fort ! Et non, pas besoin de substances illégales ni d'abus d'alcool pour fêter (ça m'écoeure).

 

Pour revenir à la question, je dirais un sens politique, festif et culturel. Politique, surtout cette année avec le 20e anniversaire de la mort de Meech, événement marquant dans ma vie (j'avais 17 ans, âge où les idées politiques se forment et s'installent) qui a fait du fédéraliste que j'étais le souverainiste convaincu que je suis aujourd'hui. Festif, parce que son nom le dit (Fête nationale). Culturel, parce qu'on profite de ce jour pour célébrer la culture de ce pays. Et même les cultures de ce pays.

 

Je suis à la fois chrétien, nationaliste et souverainiste. Je n'y vois pas d'incompatibilité. Certes, Jésus s'est gardé de tout nationalisme, n'a rien fait pour libérer son peuple du joug romain. Mais je ne suis pas Jésus (du verbe être, pas suivre ). Tant qu'à ça, on pourrait dire qu'il ne faut pas lutter pour la justice sociale puisque Jésus n'a rien fait lui-même de ce côté, ne libérant pas même un esclave. Il était plus un adepte de la simplicité volontaire, du détachement face aux richesses, qu'un socialiste ou un égalitariste. Le matériel et comment on allait se le partager, ça l'intéressait assez peu ("qui m'a fait juge de vos affaires ?", Lc 12, 13-14).

 

Ce ne sont pas les Églises ni une passivité chrétienne qui ont permis aux Québécois francophones de faire les énormes progrès qu'ils ont réalisés au cours des dernières décennies. Ce sont des gens qui se sont tenus debout, qui se sont battus. Ben oui, quand on se tient debout, ça dérange les autres... Ben oui, quand le dominé se réveille, ça ne fait pas l'affaire du dominant. On a tellement peur de faire de la chicane au Québec, de soulever des vagues, de passer pour des pas fins ou pire, des racistes parce qu'on se tient debout pour défendre nos droits et éviter des reculs qui nous ramèneraient 40 ans en arrière. On aime le calme, la paix, être gentil... Belle recette pour se faire avoir ! On ne semble pas réaliser que les acquis sont très fragiles, et que le moindre relâchement de notre part peut annuler des années de progrès.

 

Beaucoup parmi ces gens qui se sont tenus debout étaient des chrétiens à la foi inébranlable, et je ne nommerai que le Dr Camille Laurin, père de la loi 101. Le Dr Laurin occupe une place spéciale dans mon coeur puisque c'est grâce à lui qu'on parle encore français à Montréal en 2010. Mais pour combien de temps encore ?

 

Sur ce, comme à chaque année, je souhaite une bonne Fête nationale à tous-tes les Caféchangistes !

 

Et vive le Québec libre !

 

 

Développer et avoir le sens

Développer et avoir le sens de la fête, c'est comme important, y compris pour les québécois que nous sommes!

Personnellement, je crois que le 24 juin devrait être un moment fort d'affirmation de notre identité nationale. Se reconnaître comme "québécois", c'est affirmer ce que nous sommes, c'est apprendre à nous réaliser comme peuple, c'est passer d'un statut de "minoritaire" dans l'ensemble canadien et nord-américain, à un statut de "majoritaire" comme peuple francophone, en ayant notre propre culture. C'est passer, disons, de l'enfance à l'âge adulte.

Malheureusement, il semble de plus en plus difficile de nous affirmer comme "peuple différent et autonome". Nous vivons à fond "l'individualisme et l'américanisation" au détriment des valeurs collectives qui sont les nôtres...

Faire un pays, c'est apprendre et savoir se tenir debout au coeur de la société et du monde, et être respecter comme peuple !

Et, dans l'affirmation d'une foi qui peut être la nôtre, fêter la St-Jean, si ça encore du sens, c'est célébrer un "grand prophète" qui a su reconnaître "Jésus de Nazareth", et inviter alors au  changement des coeurs !

Bonne fête du Québec!

Intéressantes

Intéressantes réflexions. Curieusement dans notre histoire on avait domestiqué l'image dérangeante du "prophète mangeur de sauterelles fort en gueule à l'égard du désordre établi" par un enfant blondinet aux cheveux bouclés, doucereux et inoffensif, une représentation qui en passant n' a aucun fondement biblique. Sommes-nous restés, après les soubresauts de la révolution tranquille, imprégnés dans notre inconscient collectif d'une telle image mièvre qui appelle à la résignation sinon à la soumission, tel le mouton - à tondre - qui devenait peut-être une référence subliminale à la passivité suiveuse?
 
Je ne participe plus depuis longtemps aux gros rassemblements : je n'aime pas vraiment m'empiler dans une foule et je n'ai plus de "gang" de tchum pour sortir et festoyer ensemble. Je n'aime pas les beuveries non plus, mais il faut dire qu'elles ne sont pas le propre de la fête nationale: depuis des siècles, elles expriment la demesure d'individus qui y trouvent une 'justification' pour se désinhiber dans ce que les Écritures qualifient de débauche: ce n'est pas proprement québécois quelque soit la substance privilégiée.
 
La Saint-Jean - j'aime toujours ce nom qui vient de mon enfance - c'est pour moi particulièrement l'expression identitaire de manière privilégiée par la musique et, bien sûr, nos chansonniers; au fil des générations de nouvelles chansons incontournables s'ajoutent au répertoire. Évidemment, selon notre âge les références changent. Je vous partage deux des miennes qui expriment pour moi le cœur aimant de notre pays et la jubilation festive d'être simplement qui nous sommes.
 
Bonne Saint-Jean!

 

 

 

Oups... j'ai oublié une série

Oups... j'ai oublié une série de 3 articles présentés par le Devoir dans le cadre justement de la fête nationale à propos des racines et des enjeux de notre identité française en Amérique. Je trouve la perspective historique, trop souvent méconnue, importante pour saisir l'état présent des choses et les axes de développement posssibles. Si l'émotion est nécessaire il faut savoir aussi intégrer la connaissance et la réflexion : c'est l'intégration de tous ces éléments qui seule peut permettre d'avancer dans la solidartié tout autant que dans la lucidité à mon avis.
 

 

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Les trois articles du journal Le Devoir
 
"En 1774, dans l'espoir d'apaiser ses colonies mouvementées, l'Empire britannique signe l'Acte de Québec. Il concède aux Canadiens français le droit de pratiquer la religion catholique, d'appliquer le droit civil français et celui de faire le tout en français. À l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, Le Devoir jette un regard sur chacun de ces trois éléments pour voir en quoi cet héritage a modelé l'esprit québécois."