Ce superbe film est une longue et interrogative méditation, sur l’Homme, la religion, qui rend parfois fous et tueurs, intégristes et prisonniers de ses croyances, plutôt de ses interprétations du « message de Dieu », qui prône d’abord et avant tout la liberté d’être… avec les autres et de les respecter.
Lambert Wilson, en frère prieur, Christian, joue avec une belle modération. (Photo, courtoisie Métropole films)
Le monologue de la fin, dit par Michael Lonsdale (César du meilleur second rôle masculin), indique bien les intentions du film et de ses auteurs. La religion n’est pas motif de guerre, mais de paix.
En des séquences longues, en plans larges magnifiques d’une Algérie dévastée, (même si le tournage a eu lieu au Maroc), brisée par les intégristes, pour qui « l’ennemi de Dieu n’a pas le droit de vivre », cette production jauge bien la donne.
Alors qu’on parle encore, et toujours, de « guerre sainte » en Lybie, qu’on ira en Cour Suprême, ici, pour pouvoir dire une prière avant une séance du conseil, attitude contestée par d’autres au nom de la liberté (débat stérile et parfaitement inutile à mon avis, parce que difficilement définissable, puisque, toujours selon moi, la religion se vit, ne s’impose pas) et que les guerres saintes terrorisent cette terre depuis des siècles, « Des hommes et des dieux » décrit, en toute sincérité, dans un verbe clair et des airs simples, comme doit l’être ce dieu, quel qu’il soit, ce passage sur cette terre, qu’on peut questionner, en considérant son issue, mais qu’on peut vivre pleinement, en toutes connaissances de cause et de réalisation de soi-même.
Ces moines cisterciens, d’un monastère isolé, dans un village tout aussi isolé au milieu des montagnes algériennes, au mont Atlas, ont une vie simple, austère, rythmée par la prière et les tâches quotidiennes, leur ordre étant centré sur la contemplation, les prières communes, les chants et le silence. C’est leur choix. Et ils l'assument.
Le frère Luc, médecin, est campé avec brio par Michael Lonsdale. (Photo, courtoisie Metropole Films)
S’ils aident les démunis, les malades, puisque le monastère est aussi un dispensaire médical, pour la population locale, ces moines, chacun à sa manière, apporte la conviction d’un devoir non imposé, mais essentiel, à leurs yeux.
Ce qui n’empêche pas les moines de vivre en démocratie, le frère prieur étant élu par vote libre, et les décisions prises en communauté. Ce qui n’arrive pas toujours en des temps difficiles ou de guerre civile.
Les auteurs déclinent bien la conjugaison, face au choix de chacun en regard de ses convictions et de ses engagements, plaçant les moines devant leur propre choix, voire leur propre mort, avec l’angoisse et la peur qui les accompagnent.
« Des hommes et des dieux », c’est cela, dans toute sa plénitude, jouée, si je puis dire, avec une conviction non équivoque, pour un pays qu’on aime, pour une patrie colonisatrice qui n’a pas toujours choisi les bonnes « cotes » et pour son choix, libre et réfléchi, qu’on a fait de sa vie.
On pourrait peut-être reprocher au réalisateur, Xavier Beauvois (« Le petit lieutenant », « N’oublie pas que tu vas mourir »), quelques longueurs, surtout ces longs plans paysagers, où la voiture des moines semble les amener à une fuite salvatrice, mais qui proposent beaucoup plus la beauté d’une nature qui sait se renouveler,. Je me souviens par contre de cette longue, et superbe, séquence où le frère prieur, Christian, va méditer le long d’un cours d’eau, alors que les oiseaux migrateurs s’envolent pour ailleurs. Je me répète que chacun fait son choix.
Le film l’exprime avec une belle vigueur, sous la plume de l’autre scénariste, Étienne Comar (« Les insoumis ») et la direction photo, justement contemplative, de Caroline Champetier (« Le petit lieutenant », « Ponette »).
Les amateurs, des sagas aux bombes pétantes et au sang coulant à flots, ou aux films de dialogues inexistants, vont manifestement s’y ennuyer. Mais, quand on veut voir un film qui respecte son intelligence et qui veut décrire les anachronismes de ce monde, « Des hommes et des dieux » est à voir, avec le respect qu’il se doit.
La « couleur locale » est bien respectée, en cette Algérie de 1996. (Photo, courtoisie Metropole Films)
D’autant plus que la distribution est solide, avec un Michael Lonsdale (frère Luc, médecin et pince sans rire) éclatant, éclairant, méritant largement son César, autant que Lambert Wilson, en frère prieur, Christian, et tous les autres, dont Jacques Herlin (qu'on confond avec... Louis de Funès (!), aux comentaires, sur un site que j'ai consulté), ce frère Amédée, vieux, mais qui sauvera sa peau.
On connaît la fin. On ne sait pas comment elle sera exécutée. C’est la direction du film, qui décrit, élégamment, en un rythme justifié, les angoisses, les peurs, les éclats et les tournants de cette implacable attente.
Et il dit aussi qu'il est possible de s’entendre, même si on ne croit pas aux mêmes issues, aux mêmes destinées vitales, dessinées par des origines différentes.
Palme d’or du Festival de Cannes, César du meilleur film français 2010, ce film est une leçon, qui aurait peut-être mérité quelques séquences moins longues, mais qui provoque réflexion. Une grande réflexion. Sur ce que peut produire une, la, religion qui dérape. Où qu’on soit.


Commentaires
Simon le Zélote
Dimanche 27 mars après le
Affiché le sam 19/03/2011 - 19:48
Dimanche 27 mars après le culte, à l'église unie St-Jean (110, rue Ste-Catherine Est, Montréal) :
Rencontre autour du film « Des hommes et des dieux », un film bouleversant et qui pose des questions profondes sur le sens de l'existence, de la vocation chrétienne, le pourquoi de la vie... Nous proposons à celle et à ceux qui ont vu le film un temps de rencontre et de partage.
Ursus
Il est à quelle heure le
Affiché le dim 20/03/2011 - 06:33
Il est à quelle heure le culte?
Simon le Zélote
Ursus a écrit : Il est à
Affiché le dim 20/03/2011 - 07:04
Il est à quelle heure le culte?
10 h 30.
Donc, la discussion sur le film devrait débuter vers 11 h 30 - 11 h 45.
Simon le Zélote
Lors de cette discussion, on
Affiché le mar 05/04/2011 - 22:34
Lors de cette discussion, on nous a demandé si on s'identifiait davantage à un personnage du film.
J'ai répondu que moi, je m'identifiais plus au frère Amédée, celui qui se cache sous son lit quand les terroristes arrivent pour les kidnapper !
Pas sûr que j'aurais le courage d'être un martyr...
unVeilleur
Je viens de terminer Passion
Affiché le jeu 07/04/2011 - 15:11
TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ
ouvert le dimanche de Pentecôte 1996
Quand un A-DIEU s'envisage...
S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -
d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant
tous les étrangers vivant en Algérie,
j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,
se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie
ne saurait être étranger à ce départ brutal.
Qu'ils prient pour moi :
comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?
Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes
laissées dans l'indifférence de l'anonymat.
Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.
Elle n'en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.
J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal
qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,
et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité
qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité,
en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort.
Il me paraît important de le professer.
Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir
que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"
que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,
surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.
Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.
Il est trop facile de se donner bonne conscience
en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.
Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,
y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile
appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,
précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.
Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison
à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :
"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".
Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.
Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,
plonger mon regard dans celui du Père
pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam
tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,
fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit
dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion
et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,
je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière
pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.
Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,
je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,
et vous, ô amis d'ici,
aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,
centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.
Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi.
Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,
en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !
Insha 'Allah !