Je viens de méditer pendant une heure avec une dizaine de Chrétiens dans une toute petite église anglicane. C'était vraiment relaxant, vraiment apaisant... Ça va sûrement m'aider à gérer mon anxiété, surtout si j'y retourne souvent...
Ça fait du bien, mais est-ce que c'est vraiment "chrétien". Oui, c'est spirituel. Oui, ça parle de l'Esprit saint qui apaise nos tensions et de Dieu à qui on remet nos inquiétudes... Mais est-ce que ça aide vraiment à suivre le Christ? (Je ne dis pas que je n'y retournerai pas si ça n'aide pas à suivre le Christ. Ça a des effets bénéfiques, c'est indéniable! Je vais y retourner si mon horaire me le permet.)
On a fini la méditation, tous détendus et souriants, se sentant valorisés et aimés de Dieu. Une femme discutait à voix basse, en français, avec un homme. Au boût d'un bon 2 ou 3 minutes, l'homme s'est retourné vers les autres participants et a demandé si quelqu'un parlait français. Il a semblé clair à ce moment là que la dame et moi étions les seules francophones en ces lieux. La femme m'a expliqué qu'elle n'avait plus rien, qu'elle avait fait une demande d'aide sociale et qu'elle était en attentante de logement. Elle m'a dit qu'elle irait au Chaînon ce soir, mais qu'ils ne pourraient la garder que pour un soir. Elle disait qu'elle puait et qu'elle avait besoin d'une douche et de laver ses vêtements. Elle disait qu'elle voulait se rendre à Québec où elle pourrait être hébergée par un ami le temps d'avoir son apparte, le 1er avril. Je lui ai demandé combien coûtait un billet pour Québec, elle a hésité et dit 60$. J'ai traduit le tout à l'homme. Il m'a dit que des gens venaient souvent avec toute sorte d'histoires et qu'on ne pouvait pas savoir si c'était vrai. Il m'a demandé de lui dire de revenir demain quand le prêtre serait là et qu'il pourrait sûrement l'aider. J'ai traduit. La femme a semblé paniquer un peu. Je lui ai rappelé qu'elle m'avait dit qu'elle avait une place au Chaînon ce soir. Elle m'a répondu qu'elle ne savait pas si elle serait refusée ou pas, qu'elle ne voulait pas dormir dans la rue parce qu'elle ne voulait pas se faire harceler par la police et qu'elle ne savait pas où elle serait demain et si elle serait en mesure de revenir à l'église.
Mon amie (qui ne comprend pas le français) m'a dit quelque chose qui se traduirait par: "Elle ne voulait pas partir la dame hein? Si elle dit la vérité, elle reviendra demain voir le prêtre."
Nous avons tous agit en gens normaux et raisonnables. Mais le Christ n'est pas normal et raisonnable. Je sais comment j'aurais dû agir si j'avais vraiment suivit le Christ. J'aurais dû l'amener chez moi, lui prêter ma douche et des vêtements pour dormir. Lui servir un repas si elle avait faim. La garder à coucher. Demain, l'amener à la buandrie, puis au terminus Berri et lui payer un billet pour Québec.
J'ai lu quelque part que, pour faire bouger les choses dans le monde, il faut de l'amour, de la sagesse et du courage.
Apparemment, je suis pleine d'amour (vous demanderez à mes colocs!). Le monsieur qui menait la méditation m'a fait un câlin, m'a regardée avec un sourire profondément sincère et m'a dit que j'avais "a very gentle spirit". Il était plein d'amour et il a semblé me trouver pleine d'amour. Donc, sur la liste... Amour? Check!
De la sagesse... Hé bien, je lis les enseignements du Christ et j'en tire des conclusions pour la vraie vie. Je sais ce qu'il faut faire pour suivre le Christ dans ce cas particulier... Il faut imiter le bon Samaritain. "Si on te demande ta tunique, donne aussi ton manteau." Ça ne peut pas être plus clair que ça. Sagesse? Check!
Le courage! Le courage... Le courage? Où ça? Absent.
Quand je me déçois, mon mécanisme de défense automatique, c'est de partir dans ma tête pour réinventer le monde. Ce soir, je me disais qu'idéalement, il faudrait qu'on aille tous une place chez nous pour recevoir quelqu'un dans le besoin. "Si vous faites ceci pour l'un des plus petits de mes frères, c'est aussi pour moi que vous le faites." C'est ce que disait Jésus dans Matthieu, chapitre 5, je ne sais plus quel verset (trop paresseuse pour chercher ce soir). Il nous faudrait tous chez nous une place pour recevoir le Christ, que je me disais. Attends un peu, que je me réponds, ça a déjà existé! Et je me souviens d'une histoire que me racontait ma grand-mère... Ça impliquait un quêteux qui était de passage chez elle quand elle était petite... Il dormait sur... Le banc du quêteux! Tous le monde en avait un, banc de quêteux, en campagne, à cette époque là! Ma grand-mère est née en 1925, donc on parle des années 1930 dans la campagne près de Québec.
Qu'est-ce qui est arrivé au banc de quêteux? Est-ce qu'on a foutu le Christ dehors de nos maisons?
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Commentaires
unVeilleur
Ursus a écrit : Je viens de
Affiché le sam 20/03/2010 - 11:15
Je viens de méditer pendant une heure avec une dizaine de Chrétiens dans une toute petite église anglicane. C'était vraiment relaxant, vraiment apaisant... Ça va sûrement m'aider à gérer mon anxiété, surtout si j'y retourne souvent...
Ça fait du bien, mais est-ce que c'est vraiment "chrétien". Oui, c'est spirituel. Oui, ça parle de l'Esprit saint qui apaise nos tensions et de Dieu à qui on remet nos inquiétudes... Mais est-ce que ça aide vraiment à suivre le Christ? (Je ne dis pas que je n'y retournerai pas si ça n'aide pas à suivre le Christ. Ça a des effets bénéfiques, c'est indéniable! Je vais y retourner si mon horaire me le permet.)
Bonne question Ursus. Personnellement il me semble que les "pratiques" spirituelles des grands courants religieux convergent dans un fond commun, un "silence" plein. Le monachisme contemporain explore d'ailleurs de façon nuancée cette terre commune de l'humanité dans sa quête de Dieu. Dans cette veine un article de Fabrice Blée dans Théologiques, vol. 7, n° 2, 1999, p. 79-94. «Aux frontières du silence : Exploration du dialogue interreligieux monastique » disponible en ligne en document pdf.
Au Québec UNITAS, un centre oecuménique de méditation chrétienne et de spiritualité, fait connaître la pratique de la méditation proposée par le Bénédictin John Main. L'approche de Centering Prayer associée à trois moines Trappistes de la St. Joseph's Abbey de Spencer, au Massachusetts: Fr. William Meninger, Fr. M. Basil Pennington and Abbot Thomas Keating, propose une démarche semblable sous plusieurs aspects. En français on parle de "Prière de consentement" [document pdf] L'ouvrage de Keating, Open Mind, Open Heart - The Contemplative Dimension of the Gospel, présente les fondements chrétiens d'une semblable pratiqu. Il se retrouve en grande partie en version originale anglaise sur le Web dans Google Livres.
C'est principalement, sinon exclusivement, au sein de la tradition catholique que ces approches renouvelées de la méditation chrétienne ont vu le jour et se sont delà diffusée à travers l'ensemble des Églises historiques. En parallèle, de nombreux chrétiens sont allés puisés dans les traditions orientales voire nouvelles-âgistes ou esotériques, ignorant souvent les trésors de leur propre tradition longtemps perçus, à tort, comme concernant uniquement les religieux et les clercs.
Ce courant n'a pas que des supporteurs. Il y a un peu plus de vingt ans, devant le foisonnement des expériences de méditation, le Vatican a publié une Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la méditation chrétienne signée par Joseph card. Ratzinger, l'actuel pape Benoît XVI. Un texte intéressant qui tente de départager ce qui est proprement chrétien, votre question de départ Ursus. La finale de la lettre conduit d'ailleurs à la deuxième partie de votre réflexion: " Il faut toutefois rappeler que l’union habituelle à Dieu, à savoir cette attitude de vigilance intérieure et d’invocation de l’aide divine que le Nouveau Testament nomme la prière continuelle, ne s’interrompt pas nécessairement lorsque l’on s’adonne aussi, selon la volonté de Dieu, au travail et au soin du prochain. « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu », nous dit l’Apôtre (1 Co.10,31). En effet, comme le soutiennent les grands maîtres spirituels, la prière authentique réveille en ceux qui prient une ardente charité, qui les pousse à collaborer à la mission de l’Église et au service de leurs frères, pour la plus grande gloire de Dieu. "
On a fini la méditation, tous détendus et souriants, se sentant valorisés et aimés de Dieu. [...] Nous avons tous agit en gens normaux et raisonnables. Mais le Christ n'est pas normal et raisonnable. Je sais comment j'aurais dû agir si j'avais vraiment suivit le Christ. J'aurais dû l'amener chez moi, lui prêter ma douche et des vêtements pour dormir. Lui servir un repas si elle avait faim. La garder à coucher. Demain, l'amener à la buandrie, puis au terminus Berri et lui payer un billet pour Québec.
Nos grandes villes sont pleines de personnes comme cette femme. Je trouve toujours difficile de savoir comment agir, et réagir. Merci d'avoir l'authenticité de nous partager vos mouvements intérieurs face à cette situation. L'inconfort face à cette situation est dejà un signe d'ouverture, un désir d'aider et d'apprendre comment le faire, tout sauf de l'indifférence. Cette ouverture est le fil conducteur selon moi. Est-ce que nous nous gargarisons de mots et le temps venu nous manquons de courage? Parfois, sûrement. Est-ce une justification de ma propre médiocrité comme disciple de penser que nous apprenons chaque fois un peu mieux à aimer et à être pertinent. Dans ce cas il y avait une amorce de solution offerte, partielle, imparfaite, mais concrète. La dame est-elle revenue le lendemain?
Qu'est-ce qui est arrivé au banc de quêteux? Est-ce qu'on a foutu le Christ dehors de nos maisons?
La réalité de l'itinérance, pour ce que j'en comprends, a bien peu en commun avec les quêteux de jadis. L'accueil et le souci d'autrui toutefois n'ont pas changé. C'est là que notre engagement communautaire peut nous aider à sortir de notre bulle et ré-apprendre, lorsqu'on semble les avoir oubliés, les gestes essentiels de sollicitude à l'égard de l'autre, des autres. Chacune et chacun doit déterminer ce que cela signifie dans sa situation propre. Merci Ursus de nous le rappeler par ce témoignage.
unVeilleur
L'émission du 7 mars de
Affiché le dim 21/03/2010 - 18:36