Ursus

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Adoptez un anglophone

 

Au mois d’août 2011, j’ai participé à un événement jeunesse grandiose organisé par l’Église Unie du Canada. Ça s’appelle Rendez-Vous 2011 et c’est comme un forum jeunesse géant, avec des jeunes venus de partout au Canada, des conférenciers (Mardi Tindal, Rodger Nishioka, Shane Claiborne, Trey Anthony), des ateliers, un après-midi de service communautaire, des événements sociaux et beaucoup de musique! Selon les commentaires qui fusent sur la page Facebook de l’événement, ce fut  quatre jours transformateurs autant pour les jeunes que pour leurs leaders.

 

Avant de partir, une amie m’a dit : « Bon voyage! Tu me diras comment est le français là bas! » Cette phrase anodine a transformé mon regard sur l’événement et m’a fait réfléchir sur le français à l’Église Unie.

 

J’ai choisi d’observer et de témoigner. J’ai d’abord observé de mon oeil de francophone bilingue en constatant que toute l’information distribuée n’était qu’en anglais, que le présentateur parlait dans un français très approximatif et plutôt incompréhensible, qu’il y avait des fautes de frappe dans les rares refrains de chansons affichés en français. Puis, je suis allée voir les francophones qui ne comprennent pas l’anglais pour apprendre que la traduction simultanée des conférences était souvent difficile à comprendre à cause des hésitations de certains traducteurs, qu’ils n’avaient rien compris à leurs ateliers parce qu’il n’y avait pas de traduction, que ceux qui nous guidaient à travers Toronto pour notre après-midi de service communautaire ne parlaient pas suffisamment français pour répéter les informations importantes en français. Jusque-là, c’est désolant, mais malheureusement pas si surprenant.

 

C’est du côté des anglophones que j’ai trouvé quelque chose d’intéressant à rapporter, une voix que je n’entends pas rapportée par les grands défenseurs de notre langue française : Celle de l’anglophone désemparé qui souhaiterait faire mieux, mais ne sais pas comment s’y prendre ni où trouver de l’aide. L’animateur à l’accent incompréhensible ne parle pratiquement jamais français, justement parce que son accent est difficile à comprendre et qu’il a peur de faire rire de lui. Il ne pratique pas son français parce qu’il a honte de son accent; il a honte de son accent, parce qu’il ne pratique pas suffisamment pour l’améliorer. Au cours de la fin de semaine, j’ai rencontré beaucoup d’anglophones qui sortaient leur français du dimanche en voyant un nom francophone sur ma carte d’identité ou en décelant mon accent franco-québécois. Mon réflexe, surtout quand je vois que certains d’entre eux ont de la difficulté, c’est de leur dire qu’ils peuvent me parler en anglais sans problème, mais j’ai résisté à cette tentation et j’ai parlé français (dans les limites de la compréhension de chacun). Quand j’ai rencontré Mardi Tindal, je lui ai dit que je suivais ses publications sur caféchange. Elle a paru très embarrassée et m’a dit en français qu’elle trouvait qu’elle ne publiait pas assez de textes en français sur caféchange, qu’elle aurait aimé ne pas avoir recours à la traduction simultanée pour sa conférence, mais qu’elle trouvait sa maîtrise du français insuffisante pour en faire plus. Elle m’a dit s’être inscrite à un programme d’immersion en français, mais le programme a été annulé, faute de participants.

 

Depuis que je suis revenue de Toronto, je réfléchis à la question. Qu’est-ce qu’on a? Des anglophones qui veulent parler français, des francophones qui veulent des services dans leur langue et des institutions qui peinent à répondre à ces besoins. Pourquoi faudrait-il à tout prix compter sur les institutions? Est-ce que Jésus a lancé un programme de transformation des âmes ou un centre de guérison des lépreux dans sa synagogue? Non. Il est allé vers les gens et les a transformés un par un.

 

Je me souviens de mon ami Ryan, un Albertain qui avait choisi de s’établir au Québec. Il a suivi le petit cours de français offert par l’assurance emploi. Il en est ressorti avec un certificat photocopié, collé sur un papier construction et une maîtrise du français très semblable à celle qu’il avait avant le cours. Ce qui l’a vraiment aidé, ce sont les conversations avec des amis. On se voyait toutes les semaines : une semaine en anglais, une semaine en français. La première semaine en français a été laborieuse. On avait tous les deux mal à la tête au boût d’une heure. Quelques mois plus tard, on ne voyait plus le temps passer lors de nos rencontres en français, parce qu’on était capable d’avoir des conversations passionnées sur la politique, la société, la littérature…

 

On parle souvent de défendre notre langue et notre culture… Plutôt que de la défendre, je propose plutôt qu’on l’offre. La prochaine fois qu’un anglophone vous parle dans un français laborieux, de grâce, résistez à la tentation de passer à l’anglais. Encouragez-le! Prenez-le sous votre aile! Adoptez un anglophone! J’ai proposé à Mardi Tindal de venir quand même à Montréal, programme d’immersion ou non. Je lui ai dit : « Vous voulez apprendre le français, nous parlons français, il doit bien y avoir moyen de s’arranger! »

Commentaires

Simon le Zélote

Simon le Zélote

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Ursus a écrit :La prochaine

Ursus a écrit :
La prochaine fois qu’un anglophone vous parle dans un français laborieux, de grâce, résistez à la tentation de passer à l’anglais. Encouragez-le! 

 

Amen !

 

C'est un peu de la faute de nos francophones bilinguisés si nos amis anglophones n'ont pas l'occasion d'utiliser notre langue, même quand ils veulent le faire.

 

Il est des fois où il faut laisser le pragmatisme de côté.