Un peuple pascal : par la communion et par l’action
Affiché le mar 30/03/2010 - 10:14
Mes amis-es en Christ,
Pratiquez-vous une discipline spirituelle particulière pendant la Semaine sainte? Pour ma part, la lecture priante des derniers chapitres de l’évangile de Jean m’aide à oser ouvrir à nouveau mon cœur à la douleur intense comme à la paix profonde contenues dans ce récit sacré.
Pour ce que nous en savons, le compte-rendu de la vie de Jean en compagnie de Jésus n’a été écrit que plusieurs années après la mort de Jésus, vraisemblablement vers 85-90 apr. J.-C. Il a donc fallu à Jean des dizaines d’années après ce meurtre horrible avant de pouvoir mettre par écrit ces paroles qu’il avait entendues de la bouche de Jésus : « Que votre cœur ne se trouble pas » (Jean 14,1); des décennies pour s’imprégner et interpréter les évènements et le sens de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus.
Des générations plus tard, nous faisons toujours de même : nous écoutons le récit et nous essayons d’en trouver la signification pour nous-mêmes et notre époque. Pour nous, aucune autre histoire ne recèle autant de force et de sens.
C’est alors que les amis de Jésus étaient réunis après sa mort que le Christ leur est apparu et leur a offert la paix, le réconfort, un sens (signification et direction) ainsi qu’un défi à relever : une manifestation de l’amour de Dieu et de la vitalité du Christ. Tels ces premiers amis, nous sommes rassemblés dans l’amitié de Jésus après cette mort bouleversante afin de découvrir un sens et une vie nouvelle par la puissance de salut et de guérison du Christ. Ainsi devenons-nous un peuple pascal dans l’amour de Dieu.
Nos cœurs sont également déchirés par d’autres morts. Par exemple, nous entendons des récits poignants de souffrance et de mort en Haïti depuis bien des années, mais le tremblement de terre du douze janvier dernier a mis en lumière de nouveaux besoins invraisemblables d’aide immédiate et de réfection à long terme. Il faudra des décennies pour traverser cette tragédie, pour y répondre avec compassion, pour apprendre sur les conditions qui rendent le peuple haïtien si vulnérable à de tels désastres et pour réapprendre à connaître l’amour de Dieu même après tant de mort et de destruction.
Des amis-es et des parents me demandent comment je peux croire en l’amour de Dieu à des moments comme ceux-là. Je leur réponds que des moments comme ceux-là ont toujours forgé notre façon de comprendre l’amour de Dieu. Nous nous rassemblons en tant qu’amis-es de Jésus au cœur de la mort et nous agissons dans l’amour du Christ. Notre réponse est celle d’un peuple pascal au cœur de la mort et de la tragédie. Suite à une mort horrible, il peut s’écouler pas mal de temps avant de pouvoir vraiment entendre [ces paroles] : « Que votre cœur ne se trouble pas » ! Toutefois lorsque nous nous accompagnons les uns les autres cela prend moins de temps puisque « nous ne sommes pas seuls ».
La journaliste du Toronto Star, Catherine Porter, récemment de retour au pays, a écrit sur la vie et la mort dans les rues de Port-au-Prince. Lors d’une homélie dialoguée avec le pasteur Doug Norris à l’église Rosedale United Church (Toronto), elle a fait le récit de l’immense force d’esprit et des gestes innombrables d’espoir qu’elle a observés chez les Haïtiens : une présentation exceptionnelle et inspirante. Elle a décrit comment des dizaines de milliers de gens se rassemblent dans des camps de réfugiés improvisés pour des célébrations en soirée, et la façon dont des panneaux indicateurs de fortune balisent les sentiers entre les tentes. Un panneau indiquait : « Rue de l’amour »! (Vous pouvez entendre la présentation complète (en anglais) au : Rosedale United).
Jean lui aussi revient constamment à l‘amour de Dieu, son thème principal. Il évoque ainsi la prière de Jésus : « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et moi en eux. » (Jean 17,26)
Cet amour demeure toujours en nous. On m’a demandé d’animer, la semaine prochaine, une délégation de l’Église Unie lors d’une rencontre avec nos frères et sœurs d’Haïti. Dans la foulée de la mort, au milieu d’elle, nous nous rassemblerons comme membres d’une même famille autour de Jésus, en nous ouvrant à sa paix, à son réconfort, à sa direction et à son amour. Nous nous rassemblerons telle une communauté d’amour. Nos partenaires sont tellement traumatisés par ces évènements épouvantables que la communication demeure extrêmement difficile et très restreinte. Être avec eux est la meilleure façon pour véritablement voir et entendre ce que nous devons comprendre de leurs besoins immédiats et à long terme. Ensemble nous allons en apprendre davantage sur l’amour du Christ et le défi qu’il nous lance.
Je suis fière de vous représenter lors de cette visite pastorale. Les membres de l’Église Unie du Canada ont contribué jusqu’à ce jour plus de 2,7$ millions en aide et soutien aux efforts de reconstruction. Nos partenaires haïtiens ont hâte de nous accueillir. À mon tour, j’ai hâte de vous faire savoir ce qu’ils nous auront partagé sur la façon d’être avec eux en cette période des plus difficiles. Et je leur apporte l’assurance de notre engagement soutenu à leurs côtés pendant qu’ils reconstruisent leurs vies.
Sachez que je continue à vous garder quotidiennement dans ma prière. Je vous recommande le témoignage de Jean et vous transmets mes salutations pour la Semaine sainte, et la bénédiction de notre ami et sauveur, Jésus Christ.