Témoigner de la vérité est le premier pas vers la guérison et la réconciliation. Être là, devant l’autre, alors qu’on dit la vérité rend possible l’écoute en profondeur de notre propre vérité tout comme de la profondeur de la vérité de l’autre. Ainsi pouvons-nous entendre les cris de notre âme de même que les cris de l’âme de l’autre.
Hier Evelyn Broadfoot nous a rappelé l’importance de ces trois mots : vérité, guérison et réconciliation. En tant qu’une des présentatrices provenant d’un groupe de l’Église Unie qui incluait des survivants des pensionnats, Evelyne a pris la parole dans la tente interconfessionnelle remplie à craquer, ici à la rencontre de la Commission de témoignage et de réconciliation.
La veille, notre marche vers la guérison avait débuté par des paroles de vérité de diverses façons et à différents endroits, et tout particulièrement dans le premier cercle de partage dans la tente des commissaires. Une douzaine d’anciens élèves ont raconté leur histoire avec beaucoup de courage, comme l’ont fait aussi un ex-enseignant et un pilote de brousse toujours hanté par ce terrible souvenir d’un jour, des décennies passées, où il a dû amener deux jeunes enfants - un garçon de 8 ans et une fillette de 6 ans - loin de leurs parents laissés à eux-mêmes sur un rivage distant. Tous les quatre étaient de toute évidence épouvantés par ce qui se passait, mais les parents n’avaient aucun autre choix. Il a conduit les enfants en larmes au loin vers un endroit où seraient-ils même les bienvenus? Ce n’est que des années plus tard qu’il s’est rendu vraiment compte du rôle qu’il avait joué dans cet horrible système. Le choc de ce jour et de son implication résonne encore en lui, mais hier il a pu exprimer sa vérité, en face d’élèves survivants, une démarche de guérison en vue de la réconciliation.
Jamie Scott, notre responsable du Conseil général pour le dossier des pensionnats amérindiens, participait à ce premier cercle de partage. De toute évidence, les commissaires de la Commission de témoignage et de réconciliation tiennent Jamie en haute estime, avec raison. Ils l’ont invité à ce premier cercle pour qu’il apporte le « visage » de l’Église, face-à-face avec les personnes qui rendaient témoignage de la vérité. En observant et écoutant Jamie au fil des heures, j’ai été profondément touchée par la qualité de son écoute et de ses propos en notre nom comme Église. Ce que j’ai entendu de lui m’a aidée à écouter les mouvements intérieurs de mon âme et peut-être que cela vous aidera également.

Cercle de partage (Jamie Scott porte le chandail rouge). [Photographie : Cecile Fausak]
Toutes les fois que les gens expriment la vérité, disait-il, nous sommes dans un lieu sacré. Il a mentionné le choc créé par la découverte de ce qui s’est passé dans ces pensionnats. Choc est le mot approprié. Il a parlé du désir lancinant de demander à nos ancêtres : « Pourquoi? » En l’écoutant s’exprimer avec passion, je me suis demandé ce que ce serait de me retrouver face-à-face avec les dirigeants de ces écoles. Comment décriraient-ils ce qui habitait leurs esprits et leurs cœurs? Il est difficile même de penser ressentir de la compassion pour les personnes qui ont fait tant de mal au nom de l’amour chrétien. (Bien que nous sachions que ce système était maléfique, tous les gens qui y œuvraient ne l’étaient pas. Certains enseignants ont été des agents de guérison, de santé et de protection dans ces écoles. J’en reparlerai dans un autre blogue.)
« Je ne comprends pas comment des personnes qui se réclament de Jésus puissent faire de telles choses » a dit Jamie, allant droit au cœur de notre souffrance comme corps du Christ. Et il a continué ainsi : « Cela nous conduit à repenser notre théologie et à confronter la réalité du racisme dans l’Église, de notre propre racisme aujourd’hui encore. »
Jamie à raison d’affirmer que, tous et toutes, nous avons à entreprendre notre propre démarche de guérison, car il y a bien des choses qui ont besoin de guérison, tant en nous, chrétiens, que dans l’Église. C’est une leçon d’humilité qui nous est donnée, particulièrement par les élèves survivants qui nous montrent le chemin d’un face-à-face courageux où témoigner de la vérité.
Lors de ce cercle, le « visage » du gouvernement a également dû s’humilier. Chuck Strahl, le ministre des Affaires indiennes du Canada a lui aussi montré son propre cœur brisé au sein du cercle de partage, en avouant que les gouvernements sont intéressés dans les législations et non les relations. Et les Premières Nations, elles, sont intéressées par les relations – des rapports mutuels de respect et de justice.
Nous avons à dire la vérité et à accomplir un travail en conséquence, non seulement comme chrétiens mais aussi comme citoyens canadiens, manifestant ainsi notre espoir pour notre forme de gouvernance.
Quelle vérité remue votre âme si vous vous imaginez prendre place dans ce cercle de partage?
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