Tel que je l’ai mentionné dans mon blogue d’hier, j’ai eu l’honneur de parler au nom de l’Église Unie du Canada lors de l’ouverture de la première rencontre nationale de la Commission de témoignage et de réconciliation, conjointement avec les commissaires de la Commission et d’autres leaders (autochtones, gouvernementaux et responsables d’Églises). Dès le départ j’ai indiqué que je parlais non seulement au nom de notre Église mais aussi en mon nom personnel. Les membres des Premières Nations de notre comité de travail de l’Église Unie sur la question des pensionnats amérindiens m’avaient incitée à me présenter aussi par mon nom en Gitxan (Skeegagum Niganus) qui signifie « sœur de l’Est ». Je l’ai donc fait et j’ai aussi repris la pratique de notre Église Unie d’exprimer notre reconnaissance aux Premières Nations qui nous ont accueillis sur leur territoire. Voici ce que j’ai partagé après ces paroles d’introduction :
Je suis ici avec un cœur brisé qui a entendu la vérité sur comment d’autres cœurs, corps, esprits et âmes ont été brisés dans les pensionnats. Je suis ici pour être témoin d’encore davantage de vérité, avec l’espoir que la douleur puisse se transformer et qu’ensemble nous puissions reprendre courage, que nous puissions ensemble en arriver à comprendre ce qu’est la réconciliation.
Comme mère, je prie chaque jour pour mes enfants. Depuis 1986, presque 25 ans, je prie aussi pour vos enfants et pour vous aussi. C’est au mois d’août 1986 que le Conseil général de l’Église Unie du Canada demanda au modérateur de l’époque, Bob Smith, de présenter nos premières excuses en tant que communauté de foi. J’étais présente à cette assemblée et je suis rentrée chez moi transformée. Comme bien d’autres, je suis revenue en me demandant comment vivre concrètement nos paroles d’excuses. Que pouvait signifier vivre véritablement selon ces paroles? En 1998, le modérateur d’alors, Bill Phipps, exprima en notre nom de nouveaux mots d’excuses – des mots qu’il était impératif d’ajouter – et qui parlaient spécifiquement de nos remords pour notre implication dans le système des pensionnats amérindiens. Au Manitoba, cela veut dire notre implication dans les pensionnats de Brandon, Norway House et de Portage La Prairie.

À gauche, le chef Bobby Joseph et le chef national de l’AFN Shawn Atleo. [Photographie : Cecile Fausak]
Mon cœur continue d’être brisé lorsque je pense à vos enfants qui vous ont été enlevés et à tous les torts qu’ils ont subis, ainsi que les enfants de vos enfants, et vous-mêmes. Certains de vos enfants ne sont jamais revenus à la maison. Les Églises – y compris mon Église – étaient responsables avec d’autres de vos souffrances. Nous étions, et sommes encore, défigurés par la souffrance que nous avons infligée au nom de l’amour. Nous en sommes désolés, et nous nous engageons à demeurer sur le chemin de la mise en actes de nos paroles d’excuses et de nous laisser guider par vous sur cette route.
Comme Église nous sommes bénis d’avoir parmi nous des leaders ardents des Premières Nations qui nous guident, tout comme nous sommes bénis en tant que société canadienne d’avoir des leaders autochtones ardents.
Grâce à un défi lancé par George Erasmus, depuis 2004 notre Église a exigé une enquête publique sur les pensionnats, maintenant le travail de la Commission de témoignage et de réconciliation du Canada.
Vous êtes pour nous une source d’inspiration, vous, les survivants des pensionnats, et les autres de votre trempe spirituelle, de votre force communautaire. Vous nous inspirez à rechercher inlassablement la vision d’une nation guérie. Nous sommes fortifiés et guidés par votre courage et votre intégrité.
Vous partagez votre vérité afin que toute la vérité soit racontée et que la réconciliation advienne avec tous les canadiens et les canadiennes.

[Photographie : Cecile Fausak]
Cet événement est un pas très important d’une longue marche. À nouveau, nos cœurs seront brisés pour que nous reprenions courage ensemble. Ceci est une occasion pour tous les canadiens et les canadiennes d’accepter cette invitation à se laisser briser le cœur pour que de tout cœur la réconciliation devienne une réalité.
Puissions-nous tous et toutes avoir le courage – le cœur – de vivre selon les voies de vérité et de réconciliation du Créateur.
Meegwetch, thank you, merci pour votre écoute.
Mardi Tindal, modératrice
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