Pour nos enfants et petits-enfants

Presque une semaine s’est écoulée depuis la fin de la première rencontre nationale de la Commission de témoignage et réconciliation. Depuis, j’ai eu le plaisir de participer à l’événement More Franchises : A Second Cup où j’ai pu, entre autres, échanger avec ceux et celles qui m’ont ‘tweeté’ leurs commentaires pendant ma prédication. Comme je l’ai mentionné à l’assemblée réunie à Metropolitan United à Toronto, et lors de la transmission web de cette célébration, il peut être amusant de ‘tweeter’ mais – les Principes de l’Union pourraient le confirmer – ce n’est pas requis pour être sauvé.

 

Lundi, de retour à Winnipeg, il faisait bon retrouver le juge Murray Sinclair, président de la CTR, alors qu’il décrivait le contexte aux 80 leaders religieux du monde entier dont nous étions, en préparation à la déclaration destinée aux leaders du G8 que nous avons remise au premier ministre (j’en parlerai davantage dans une communication future).

 

Je ne peux m’empêcher de penser à la portée de la Commission de témoignage et réconciliation – pour notre intégrité comme Canadiens et Canadiennes au sein de la communauté mondiale. Et ce sujet continue d’occuper les pensées d’autres personnes. Ainsi, j’aimerais vous faire part de deux réflexions particulièrement éclairantes. La première nous vient du pasteur James V. Scott, responsable du Conseil général pour la question des pensionnats autochtones :

 

« Le soleil s’est levé dans un ciel clair le matin du dernier des quatre jours de cette première rencontre nationale de la Commission de témoignage et réconciliation à Winnipeg. Le soleil du premier et du quatrième jour semblait encadrer d’espérance ce temps de profonde ouverture à la douleur des personnes dont la vie a été si tragiquement marquée par le système des pensionnats. L’espoir et l’anticipation étaient palpables en ce premier jour qui allait marquer le début significatif et tant attendu d’un dialogue national et d’un processus de guérison historiques sur ce sombre chapitre trop souvent occulté de l’histoire canadienne. Quant au soleil du dernier jour, il semblait symboliser notre espérance, notre foi en fait, nous permettant de croire que nous pouvons traverser cette étape ensemble, autochtones et non autochtones, et voir l’aube d’un jour nouveau dans notre pays :  une réalité nouvelle marquée par des relations de respect et d’égalité.

 

« Les deux jours du milieu, il a plu à verse. Lors du temps d’écoute des Églises, le dernier jour, le Primat de l’Église anglicane a rapporté avoir écouté les récits des survivants, détrempé par la pluie. Celle-ci est devenue pour lui, et pour beaucoup d’autres, le symbole des larmes versées pendant les témoignages, de ces récits qui ont attendu si longtemps avant d’être racontés.

Le Primat Fred Hiltz a déclaré : ‘Pour moi c’était nécessaire d’être ainsi détrempé.’ Et en parlant de l’importance que revêtait cet événement pour lui, il s’est engagé à participer aux sept rencontres nationales de la CTR avec autant d’évêques qu’il pourrait en recruter.

 

« Nous avons également entendu des histoires de courage et de détermination à surmonter le passé et à guérir, de vraies paraboles de grâce, de pardon et de réconciliation. Lors du 9e souper annuel de Keeping the Fires Burning, le jeudi soir, lors duquel 9 grands-mères ont été honorées pour l’apport et le travail de leurs vies, nous avons été témoins de la résurgence de la dignité dans l’identité, la culture et la tradition autochtones, alors que ceux-ci déclaraient : ‘Je suis fier d’être autochtone !’

 

« Et nous avons été témoins du gigantesque défi lancé aux Églises d’accepter une responsabilité encore plus grande, celle de reconsidérer la théologie ayant permis et appuyé notre complicité dans le système des écoles résidentielles, et celle de travailler à réparer les torts toujours présents, ceux dont nous n’avons pas encore parlé et au sujet desquels rien n’a encore été fait. Dans l’un des cercles de partage, un survivant brandissant bien haut une bible a déclaré que rien dans celle-ci ne sanctionnait ou justifiait le traitement infligé aux enfants dans les pensionnats.

 

« Lors de la cérémonie de clôture, le juge Murray Sinclair, président de la Commission, nous a rappelé que nous ne verrions probablement pas de notre vivant la pleine réalisation de cette entreprise, mais qu’il s’agissait du début d’un processus que poursuivraient nos enfants et nos petits-enfants. C’est pour eux que nous faisons ce travail de guérison et ce sont eux qui en verront les fruits. Autant le système des pensionnats a pu être un véhicule de malheur pour les enfants d’autrefois, autant le processus national de la Commission de témoignage et réconciliation peut être le véhicule de guérison et de renouveau des enfants de demain. »

 

Nichole Vonk, archiviste du Conseil général, rapporte la manière dont les survivants des écoles résidentielles ont afflué autour des documents d’archives offerts par les Églises dans la tente de l’apprentissage lors de cette première rencontre nationale – et comment ces survivants et autres personnes intéressées continuent toujours de consulter des photos en ligne :

 

« Les archivistes des Églises se sont rassemblés dans la tente de l’apprentissage avec des photos provenant des écoles résidentielles ayant existé au Manitoba et dans le nord-ouest de l’Ontario. Le mandat de la CTR comprend une portion éducative sur l’histoire du système des pensionnats autochtones et la collecte des dossiers de tous les signataires de l’entente. Pendant 4 longues journées sous le soleil, en proie aux moustiques, et sous la pluie torrentielle, des archivistes et bénévoles de l’Église Unie ont aidé les survivants de ces écoles à copier des photos et à identifier les personnes qui s’y trouvaient. Les réactions des visiteurs de cette tente étaient variées : certains découvraient avec fébrilité des photos d’eux-mêmes, de leurs amis ou des membres de leur famille. D’autres tournaient les pages calmement, posaient des questions et quittaient les lieux avec sur leur visage une expression impénétrable. Quelques personnes exprimaient leur douleur et leur colère contre l’Église. Et plusieurs visiteurs repartaient chez eux avec des copies de photos pour les montrer à leurs familles et amis.

 

 

 

[La tente d’apprentissage. Photographie : Nicole Vonk]

 

« Les archivistes ont eu la chance d’apprendre des survivants; certaines dates ou certains noms ont pu être corrigés sur les images. Tout en regardant les albums photos ensemble, nous avons écouté ces récits de méchanceté, de discipline et de négligence, et certains d’entre nous ont encore du mal à conclure sur les effets de ce système et sur la façon dont la réconciliation peut se faire après tant de dommages aux individus et aux familles. Une de nos jeunes bénévoles (Jennifer Ching) n’ayant pas été exposée à l’histoire des pensionnats auparavant était visiblement bouleversée par ce qu’elle apprenait. Elle est sortie de cette expérience convaincue que ‘chaque personne DEVAIT connaître ces faits’, en particulier les jeunes Canadiens et Canadiennes qui n’en savent rien.

 

Pour visionner les photos des pensionnats autochtones des Archives du Conseil général de l’Église Unie, visitez le site The Childen Remembered. »

 

En quittant le rassemblement des leaders religieux du G8, j’ai ramassé une copie de la Winnipeg Free Press.  On y lisait à la une que le système scolaire manitobain serait bientôt le premier au pays à enseigner l’histoire du système des pensionnats amérindiens. Une autre étape décisive pour l’amour de nos enfants et petits-enfants.

 

Qu’aimeriez-vous que vos enfants et petits-enfants comprennent et retiennent à l’égard de la guérison dans la communauté de Dieu ?