Je suis arrivée cet après-midi à Toronto après avoir visité pendant cinq jours nos partenaires des Églises en Haïti. Ce que j’ai vu là dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer – d’un côté une ampleur de destruction et de souffrance invraisemblable et de l’autre côté une espérance et une foi engagée prodigieuses.
Voici le premier de plusieurs comptes-rendus de notre visite (un peu plus loin je parlerai des personnes avec qui je voyageais).
Le pasteur Marco Depestre, secrétaire de district de l’Église méthodiste en Haïti, a été un de nos guides pendant notre séjour. Le jeudi, il nous a amenés sur le site de l’ancienne Église méthodiste Saint-Martin et de son école, à Delmas 2.
J’y ai rencontré Richard Lyon, 6 ans, qui m’a dit qu’il était au travail. En compagnie de son père, il pelletait des débris. Des fragments de ciment, voilà tout ce qui reste de l’église et de l’école qui se sont écroulées lors du tremblement de terre. Providentiellement, les classes étaient terminées et il n’y avait plus d’enfants à l’intérieur lorsque le bâtiment s’est effondré. Tragiquement, trois femmes du groupe des femmes de l’Église étaient en réunion dans l’église au moment du séisme. Elles ont perdu la vie pendant ces 35 secondes d’horreur.
Le chagrin est palpable dans l’atmosphère et pourtant tous les Haïtiens sont à l’œuvre comme Richard. Ils travaillent fort pour reconstruire leurs vies et leur société – enfants, parents, grands-parents, tantes, oncles, fermiers, pasteurs et leaders laïques, vendeurs, professionnels – tous ceux et celles qui sont aptes à le faire. Les Haïtiens sont déterminés à accomplir cette tâche ensemble, l’édification de leur société. Ils sont déterminés à se servir des circonstances pour bâtir de nouvelles fondations avec toute la vigueur, la foi et la vision que les Haïtiens eux-mêmes peuvent le mieux contribuer pour leur pays.
Comme membres de l’Église Unie du Canada, nous aussi nous sommes mis au travail et avons rassemblé jusqu’à maintenant 2,7$ millions pour aider nos partenaires à pourvoir aux besoins les plus pressants : l’eau, la nourriture, les abris. J’ai constaté sur place l’apport de nos contributions, une question de vie et de mort. Par exemple, il y a les projets de Pétionville soutenus par ACT (Action of Churches Together) auxquels participe l’Église Unie via la Lutheran World Federation, associée à l’intervention d’ACT : nous avons ainsi fourni – et continuons à le faire – nourriture, eau, installations sanitaires et douches sous des tentes installées provisoirement.
J’ai aussi observé que nos partenaires commencent à avancer au-delà des urgences immédiates vers la prochaine étape, la reconstruction. Par exemple, les écoles et les différents programmes éducatifs redémarrent, le plus souvent à l’extérieur, sous des bâches, où enseignants et étudiants vivent avec leurs familles dans des tentes.
Quel privilège d’avoir aussi un aperçu des rêves que les Haïtiens nourrissent pour le long terme - d’une société vigoureuse, résiliente, où l’écologie, l’économie et la vie sociale et politique s’entrelacent et plongent leurs racines aussi bien dans la vie rurale que celle des villes.
Nous nous sommes engagés envers nos partenaires à ne pas les abandonner dans cette démarche à long terme, pleine de défis, pour rétablir leur société. Le pasteur Gesner Paul, président de l’Église méthodiste d’Haïti, nous a partagé que les survivants du tremblement de terre vivent dorénavant avec le sentiment intense d’un but à atteindre, donnant ainsi des mains à leur conviction qu’ils ont été épargnés afin de reconstruire leur pays dans une foi profonde.
En compagnie du pasteur Gesner Paul, président de l’Église méthodiste d’Haïti, lors d’une visite de la paroisse méthodiste et de l’école de Mellier, près de Léogane, Haïti. Photo de Jim Hodgson.
Vous et moi nous savons bien que nos cœurs se sont ouverts, et qu’ainsi nous avons été bénis, dans notre rapport au peuple haïtien lors de ce désastre. En agissant vers un but à atteindre comme nos amis haïtiens, nous avons fait l’expérience d’une vérité qui est plus irrésistible que tout tremblement de terre.
La paroisse de Saint-Martin met en œuvre la résurrection. Ce matin, ils célèbrent la liturgie là où les pierres ont été enlevées.
On a invité le pasteur Bill Steadman, membre de notre petite équipe de visiteurs, à assurer la prédication lors de la célébration matinale. En après-midi il faisait parvenir par courriel ce compte-rendu :
« À la fin du sermon, j’ai présenté à la paroisse en votre nom la croix de Saint-Martin. Tous et toutes ont été touchés, particulièrement lorsque j’ai mentionné que ce présent de la part de notre modératrice était destiné à être suspendu au mur de leur nouvelle église. »
L’Esprit était déjà à l’œuvre lorsque j’ai mis dans ma valise le tableau de la croix de Saint-Martin d’Heather Burton, pour être offert à « quelqu’un » au nom de l’Église Unie du Canada. J’ignorais qui serait cette personne et j’ai hésité un moment à utiliser l’espace limité de mon bagage pour un cadeau qui semblait moins utile que d’autres. Néanmoins, il est resté dans le sac et lorsque nous avons rencontré ces bonnes gens de Saint-Martin il est devenu limpide à qui le tableau de la croix était destiné depuis le début.
Nous nous sommes engagés envers nos amis de Saint-Martin et bien d’autres à continuer notre prière et notre travail avec eux alors qu’ils continuent enlever les pierres et construire un nouvel avenir – un avenir pour tous les Haïtiens et les Haïtiennes, pour Richard et son père.
Notre petite équipe de l’Église Unie aura bien d’autres choses à raconter dans les jours à venir. J’ai dû revenir avant les autres qui sont demeurés en Haïti jusqu’au mardi suivant. L’équipe était composée de :
• Jim Hodgson, coordonateur des programmes avec nos partenaires des Caraïbes, de l’Amérique centrale et de Colombie, qui a organisé cette visite très fructueuse pour rencontrer nos partenaires ainsi que l’Alliance ACT, la coalition internationale d’Églises et d’agences impliquée dans le développement, l’aide humanitaire et la défense de droits.
• Le pasteur Pierre Goldberger, responsable des Ministères en français de l’Église Unie et familier de longue date de la communauté haïtienne de Montréal et d’ailleurs. Avec Jim, les compétences linguistiques de Pierre et sa connaissance terrain d’Haïti et de nos partenaires ont favorisé de bons échanges et une compréhension mutuelle.
• Justine Kiwanuka, membre élue de l’Unité Justice, mondialisation et relations oecuméniques de l’Église Unie, a contribué son expertise sur les questions des droits humains, particulièrement à propos des personnes handicapées. Justine travaille comme interprète à l’unité régionale de santé de Winnipeg et possède une expérience précieuse dans les réseaux internationaux, y compris les Nations Unies, pour le soutien des personnes handicapées.
• Le pasteur Bill Steadman, ministre exécutif de l’Unité du Soutien financier au Bureau du Conseil général, qui a la responsabilité de saisir les besoins et de voir à l’utilisation des dons offerts pour l’aide et la reconstruction à Haïti.
Avez-vous apporté votre contribution à l’appel de notre Église pour soutenir Haïti?