voici ce que repond le politologue français Olivier Roy, à la question d'un journaliste: "Quels effets produit la mondialisation sur la religion?":
"... La globalisation a eu 2 effets: elle a contribué à déculturer les religions en les détachant de leur environnement culturel traditionnel....et coupé les transmissions héritées de la famille ou de la communauté d'origine., Deuxiéme consequence,la globalisation a favorisé les formes fondamentalistes du religieux qu'il s'agisse du salafisme islamique ou de l'évangélisme protestant.Ces fondamentalismes voient ds les cultures profanes,des paganismes.Ils st contre la culture,soit parce qu'elle n'apporte rien de plus que la religion et est donc inutile, soit parce qu'elle est un obstacle à une authentique pratique religieuse.Les fondamentalistes non seulement ne souffrent pas de la déculturation induite par la globalisation mais en profitent.Il est absurde de présenter le fondamentalisme religieux comme la réaction défensive de société traditionnelles agréssées par la modernité .Il est au contraire à la fois un produit et un acteur de cette modernité.
La globalisation favorise ces "religions pour l'export" celles qui se detachent explicitement de toute culture et ne revendiquent aucun enracinement territorial ou historique...Les formes de religiosité qui posent problème sont celles qui ne représentent aucune culture.( le Nouvel Observateur 16-22 octobre 2008).
Qu'en pensez vous?
© Caféchange. Tous droits réservés
Caféchange est une initiative de la communauté de l'Église Unie du Canada
Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles du Caféchange, ni celles de l'Église Unie du Canada.
Commentaires
Simon le Zélote
Affiché le ven 28/11/2008 - 11:21
Ça me semble un peu exagéré.
On ne peut nier les liens entre la culture/les valeurs américaines et l'évangélicalisme protestant. Cet évangélicalisme s'exporte, certes, on sait à quel point l'Amérique latine est peu à peu conquise par ces Églises, mais il traîne avec lui tout un bagage culturel et de valeurs, celles des Américains.
De la même manière, nier tout lien entre la culture et l'islamisme m'apparaît hardi. Dans plusieurs pays, l'échec des promesses de la modernité et du mode de vie occidental ont suscité un mouvement de ressac qui s'est traduit par un retour à l'islam et aux valeurs traditionnelles indigènes, vus comme refuge sûr. Ainsi, l'Iran est-elle devenue une théocratie après le règne pro-occidental et occidentalisant du shah. Ainsi, la Turquie laïciste vit-elle un retour à la religion musulmane après presque un siècle de kémalisme qui a tenté de faire du pays un État occidental moderne.
DOM
Affiché le sam 29/11/2008 - 03:42
je suis bien d'accord avec toi mais l'argument de la disparition de liens entre culture et islamisme concerne particulièrement les populations immigrées en europe ( venues d'Algérie, Maroc, Tunisie),
L'emigration de musulmans en occident a souvent cassé les islams traditionnels liés aux pratiques familiales et à celles des communautés d'origine.( arrivée par ex en France, d imans formés aux emirats ou en arabie saoudite dont la culture et la langue courante diffèrent de celles des populations du maghreb ).Je pense que cette analyse concerne ce type de cas spécifique?
Simon le Zélote
Affiché le dim 30/11/2008 - 08:03
Si ça concerne seulement les populations émigrées en Europe, peut-être. Il paraît que les wahhabites (Arabie saoudite) sont particulièrement actifs de ce côté-là pour étendre leur conception de l'islam.
Mais il ne faut pas non plus en exagérer la portée: pour un jeune immigré qui se laissera séduire par les sirènes de ces imams fondamentalistes, on en trouvera probablement 10 qui n'ont rien à f... de la religion ou de la culture de leurs parents et rêveront plutôt de foot, de musique...
Pour leurs parents, je ne sais pas.
Ursus
Affiché le dim 30/11/2008 - 15:55
Je suis d'accord avec Stéphane à propos du lien très important entre la culture américaine et l'évangélisme.
Le laïcisme de la Turquie est un cas très particulier. C'est un type de laïcité qu'on ne retrouve nulle part ailleurs! Au Canada, on est habitué de penser à la laïcité surtout en terme de séparation de l'Église et de l'État. En simplifiant beaucoup, on pourrait dire que pour un Canadien, moins l'État se mêle de religion, plus c'est laïc. En Turquie, la laïcité passe directement par l'intervention de l'État dans le religieux. Je pense qu'il est hasardeux pour des occidentaux comme nous de se prononcer sur un retour du religieux en Turquie, parce que pour vraiment comprendre ce qui s'y passe, il faut changer nos schémas de pensé habituel par rapport à la laïcité, justement pour les adapter à la culture turque.
Comme Stéphane, je ne pense pas qu'une religion, aussi fondamentaliste soit-elle, puisse être complètement détachée de la culture d'où elle provient et de la culture dans laquelle elle se développe.
Pour une bonne introduction au lien entre politique et religion, je vous suggère l'excellant livre de Julien Bauer, "Politique et religion", dans la collection Que sais-je, Presses universitaires de Frances, 1999. J'ai eu la chance d'avoir Julien Bauer comme professeur à l'Université du Québec à Montréal. Il est très bon vulgarisateur et il pousse à réfléchir un peu plus loin en questionnant nos présupposés. Jamais je n'avais rencontrer quelqu'un d'aussi respectueux de la foi de chacun. Et s'il y a une chose qu'il m'ait appris, c'est bien que la religion et la culture sont tissés l'une dans l'autre.
Simon le Zélote
La Turquie n'est pas un État
Affiché le ven 12/12/2008 - 16:55
La Turquie n'est pas un État laïc, c'est un État laïciste !
La laïcité EST la religion d'État.
Par exemple, les ordres de derviches tourneurs de Konya ont été interdits et dissous. Aujourd'hui, seuls sont autorisés les spectacles pour les touristes, mais pas l'aspect religieux.