J'avais besoin de l'écrire

Je me sens souvent impuissante...  Je prie pour que cesse la misère et le manque d'amour, mais qu'est-ce que je fais pour l'arrêter?

J'aime les gens autour de moi.  Mais c'est la moindre des choses.  Puisqu'ils m'aiment.

Je crois que je souhaite de l'amour à ceux qui ne m'aiment pas...  Mais comment le savoir?  Qu'est-ce qui me dit que je ne leur souhaite pas de l'amour pour me trouver "une bien bonne personne" ou pour oublier ma culpabilité?

Je me sens souvent coupable...  Souvent mes souçis (travail, études, argent, avenir, mal de dos...), me font oublier ma culpabilité... et je crois souvent qu'ils me font oublier Dieu Lui-Même! 

En fait, ma culpabilité vient du fait que je trouve que je ne "fais" rien pour répandre l'amour.  On m'a souvent dit qu'il fallait "être" et non "faire", mais je ne sais pas ce que ça veut dire!  Je ne sais pas comment "être"?  Soit parce que j'ai trop été influencée par une culture de "l'avoir" et du "faire" ou tout simplement parce que je ne suis pas assez sensible-ou-je-sais-pas-quoi pour comprendre...

Et quand je lis des livres spirituels, surtout la Bible, c'est pire!  Je soupire en me disant que je suis loin de mettre tel ou tel message en pratique (tout en étant consciente du fait que je ne peux pas tout mettre en pratique) et que les autres croyants sont bien meilleurs que moi...

Je suis consciente des biais et des dissonances dans ma façon de penser, mais elle persiste!  Par "phases", car il y a des moments où je ne pense pas à tout ce que je viens d'écrire, mais souvent ça "revient"...

Je ne sais pas ce que je pense vraiment.  J'ai souvent des pensées et je ne suis pas sûre si c'est "moi" qui les pense.  Je me sens parfois très confuse. 

Le pire c'est que j'ai de la difficulté à me confier. 

Ça m'a fait du bien!  Merci d'avoir lu.

Commentaires

Merci Claire_Marthe de nous

Merci Claire_Marthe de nous partager votre questionnement avec tant de transparence et d'authenticité. Bien qu'uniquement vous le viviez de "l'intérieur" de votre subjectivité, je pense qu'il rejoint par son honnêteté bien des gens en démarche spirituelle. En tout cas vos propos trouvent un écho en moi. Mais justement ce "moi" parfois on croit le connaître, se connaître, et soudain on découvre qu'on est un inconnu à soi-même, étonné, choqué sinon scandalisé à nos propres yeux.

 

Me revient à l'esprit la phrase de l'apôtre Paul, converti bouillant qui pourtant s'exclamait en se regardant "lui-même" : 'vouloir le bien est à ma portée mais non pas l'accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais' [Romains 7,18b-19] Très catégorique comme déclaration et certainement à nuancer, mais l'expérience de lucidité sur nos limites et le très relatif de notre amour et de notre compassion semble être le propre du cheminement spirituel. Le simple fait de se poser des questions est un signe de notre démarche, sinon la chose ne nous préoccuperait aucunement.

Mais l'important, ultimement, ne serait-ce pas de s'abandonner encore plus radicalement à la grâce divine? Bien sûr cela ne signifie pas de se complaire dans la médiocrité ou de ne plus chercher à s'améliorer; ce qui fait la différence ne serait-ce pas fondamentalement l'orientation du coeur?

 

Face à cet enjeu spirituel de lucidité sur soi-même qui peut devenir aussi une pierre d'achoppement sur notre chemin, je trouve périodiquement réconfort et relance dans les propos de Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand exécuté à 39 ans par les SS quelques jours avant la fin de la guerre. Voici deux extraits écrits en camps de concentration : le contexte les rend d'autant plus évocateurs. J'espère qu'ils vous seront aussi bénifiques qu'ils le sont pour moi,

 

Merci Claire_Marthe.

Une prière pour les chemins inconnus et souvent improbables :

« Dieu, rassemble mes pensées vers toi. Auprès de toi la lumière, tu ne m'oublies pas. Auprès de toi le secours, auprès de toi la patience. Je ne comprends pas tes voies, mais toi, tu connais le chemin pour moi. »

Un poème face à la perplexité que peut susciter ma quête d'identité :

Qui suis-je ?

Qui suis-je ? Souvent, ils me disent
Que de ma cellule je sors
Détendu, ferme et serein,
Tel un gentilhomme de son château.

Qui suis-je ? Souvent ils me disent
Qu'avec mes gardiens je parle
Aussi librement, amicalement et franchement
Que si j'avais à leur donner des ordres.

Qui suis-je ? De même ils me disent
Que je supporte les jours de l'épreuve,
Impassible, souriant et fier,
Ainsi qu'un homme accoutumé à vaincre.

Suis-je vraiment celui qu'ils disent ?
Ou seulement cet homme que moi seul connais,
Inquiet, malade de nostalgie, pareil à un oiseau en cage,
Cherchant mon souffle comme si on m'étranglait,
Avide de couleurs, de fleurs, de chants d'oiseaux,
Assoiffé d'une bonne parole et d'une espérance humaine,
Tremblant de colère au spectacle de l'arbitraire
et de l'offense la plus mesquine,
Agité par l'attente de grandes choses,
Craignant et ne pouvant rien faire
pour des amis infiniment lointains,
Si las, si vide que je ne puis prier, penser, créer,
N'en pouvant plus et prêt à l'abandon.

Qui suis-je ? Celui-là ou celui-ci ?
Aujourd'hui cet homme et demain cet autre ?
Suis-je les deux à la fois ?
Un hypocrite devant les hommes
Et devant moi un faible, méprisable et piteux ?

Ou bien ce qui est encore en moi
ressemble-t-il à l'armée vaincue
Qui se retire en désordre
devant la victoire déjà remportée ?

Qui suis-je ? Dérision que ce monologue !
Qui que je sois, Tu me connais :
Tu sais que je suis tien, ô Dieu !
 

Merci Un Veilleur! 

Merci Un Veilleur!  J'apprécie beaucoup le temps et surtout le coeur que vous avez mis dans votre réponse!

Ces textes évoquent en moi deux choses importantes. 

D'abord, Dieu sait, au-delà de ce que ma compréhension limitée peut savoir, ce qui est bon pour moi et pour ces enfants.  Après tout, comme a si bien dit ma mère, il faut parfois reculer pour mieux avancer.  Mais parfois c'est difficile à croire. 

De plus, j'appartiens à Dieu pour toujours.  C'est vrai que mon identité d'enfant de Dieu reste toujours, même si elle est parfois toute branlante.  Pour la ravirer, j'aime bien me chanter "Je t'appartiens" (j'aime la version de Ginette Reno, mais la version originale viens de Gilbert Bécaud.  D'ailleurs ça me donne une idée de sujet dans la section "placotage"...).  Mais autre que ma façon de penser, qu'est-ce qui forge cette identité de chrétienne?

Bref, je me pose encore des questions et comme vous l'avez bien souligné, Un Veilleur, ça fait partie du chemin spirituel!  Dieu est avec moi dans la tempête... et il m'envoie des messagers pour me donner de la lumière!

Sur ce, je poursuis ma réflexion!

Merci encore!

Oui, des fois on se dit

Oui, des fois on se dit :  «Qu'est-ce qui me dit que je ne leur souhaite pas de l'amour pour me trouver "une bien bonne personne" ou pour oublier ma culpabilité?»

Mais je crois que, qu'importe les motivations ou les raisons, ça marche quand même ! c'est-à-dire que donner de l'amour me fait du bien à moi et aux autres. 

Merci Jacques!  C'est vrai

Merci Jacques!  C'est vrai que l'amour est en soi une motivation bonne.  J'ai un cours de motivation cette session et je réalise que concept explique plein d'affaires ça a pas de sens... même la spiritualité! 

Justement je n'étais pas très motivée la journée où j'ai écrit mon article.  Mais ça m'a fait beaucoup de bien!  On peut pas toujours être au top de sa motivation après tout!