Éditorialistes
Stéphane Gaudet

Stéphane Gaudet

Les chrétiens, de belles poires ?

« Seigneur Jésus,
Apprenez-nous à être généreux,
A vous servir comme vous le méritez,
A donner sans compter,
A combattre sans souci des blessures,
A travailler sans chercher le repos,
A nous dépenser sans attendre d'autre récompense
Que celle de savoir
Que nous faisons votre Sainte Volonté. »

Prière scoute (d’après Ignace de Loyola)

Donner sans compter. Se dépenser sans rien attendre en retour. Aider et servir les autres. Nous, chrétiens-nes, entendons ces préceptes moraux depuis notre plus tendre enfance.

Se peut-il que cette disposition à servir notre prochain fasse de nous de grands naïfs ? Des personnes faciles à abuser ? En d’autres mots, de belles poires ?

Y a-t-il des circonstances où l’on puisse dire non à quelqu’un qui nous demande de l’aide ?

Doit-on aider l’ami fauché qui nous demande de l’argent si on a le doute que cet argent lui serve à se payer la dose qui risque de lui être fatale ? Doit-on aider l’homme qui nous demande des rasoirs, des gants, des sous-vêtements et autres articles du quotidien quand on sait qu’il les vendra peut-être sur la rue pour se payer de quoi boire ? Doit-on donner un panier de Noël à des voisins dans le besoin quand une bonne partie de leurs maigres revenus est dépensée en cigarettes, au point où la fumée chez eux est à couper au couteau ?

Et dans nos choix politiques, doit-on considérer que les personnes en difficulté dans notre société sont toujours des victimes du système et ne sont jamais responsables de rien ?

Je me demande si nous, chrétiens-nes, n’avons pas tendance à faire preuve d’angélisme, à vouloir croire que les gens sont toujours foncièrement bons et honnêtes.

Bien qu’il faille donner gratuitement, sans espérer quoi que ce soit en retour, quand c’est toujours le même qui donne et le même qui reçoit, est-ce encore du don, ou de l’abus ?

Y a-t-il une manière intelligente de donner ?

Est-il légitime de refuser d’aider quelqu’un qui ne s’aide pas ? Est-ce là porter un jugement ? Est-ce que l’aide doit être méritée ?

Donner quand même ? Aider toujours ?

Jésus aidait-il tous ceux qui lui demandaient de l’aide ? Était-il lui-même un naïf, une belle poire ?

Se peut-il que cette disposition à servir notre prochain fasse de nous de grands naïfs ? Des personnes faciles à abuser ? En d’autres mots, de belles poires ? Y a-t-il des circonstances où l’on puisse dire non à quelqu’un qui nous demande de l’aide ?

Commentaires

philologue

philologue

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Je ne crois pas que la générosité et l'ouverture soit forcément synonyme de naïveté, ni qu'il soit nécessaire de passer pour des belles poires. Mais dans un monde où l'on privilégie à outrance le rendement, la performance, le profit, vivre un esprit de gratuité où l'on n'attend rien en retour peut certes apparaître dérangeante et même passer pour de la naïveté, mais l'amour (agapè) annoncé et vécu par Jésus passe par là. C'est le sens du texte d'une Béatitude contemporaine qui dit : "Bienheureux êtes-vous si vous êtes toujours capables d'interpréter avec bienveillance les attitudes d'autrui, même si les apparences sont contraires, vous passerez pour des naïfs, mais la Charité (l'amour) est à ce prix !"
Cela dit, il n'est pas interdit de faire preuve d'intelligence ni de lucidité. Alors il y a sans aucun doute des circonstances où effectivement il faut savoir dire non en ne répondant pas directement à la sollicitation qui nous est faite, mais trouver une autre façon d'apporter son soutien, être créatif, inventif dans notre manière de répondre qui engage la personne à se responsabiliser. Aider ne devrait pas se limiter à des gestes qui maintiennent l'autre dans la dépendance, mais au contraire qui stimulent à prendre sa vie en main. C'est je crois le sens des gestes posés par Jésus qui était loin je crois de passer pour une belle poire !

Claire

Claire

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C'est une grande question...

C'est facile, surtout au nom de la religion, de jouer avec les sentiments des gens pour les inciter à donner. Quant à moi, Vision Mondiale est spécialiste là-dedans... Mais, en même temps, c'est bien de donner. Mais jusqu'ou? Pourquoi? Et surtout, à qui?

Ce n'est vraiment pas un sujet facile pour moi, qui est justement très sensible et facilement prise par les sentiments! Je serai donc probablement poire, mais je m'assume!

Stéphane tu as vraiment le don de poser des bonnes questions! Celle si Jésus est une bonne poire aussi, c'est vraiment une question à se poser... Il devait probablement avoir une naiveté, dans le bon sens du terme. Peut-être qu'il a pas aidé certaines personnes, mais que ce n'est juste pas écrit dans la Bible?

sway

sway

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Je crois que le message « aider et servir » est mal compris et surtout mal vécu. Et d’ailleurs, je crois qu’il faut se demander individuellement quels sont nos motifs véritables pour aider et servir. Recherche-t-on la popularité ? Voulons-nous avoir l’air pieux et « spirituel » ? Et si on essayait de faire une bonne action, sans que jamais personne ne le sache ou ne s’en aperçoive ? C’est une chose que l’on ne voit que trop rarement.

Nous devons aussi, pour que notre aide soit efficace, nous questionner sur les motifs de ceux qui nous demandent de l’aide. Certaines personnes prétendent avoir besoin de notre appui et nous le demandent, mais quel est le véritable motif derrière leur demande ? Quand on essaie d’aider quelqu’un et que, peu importent le temps ou l’énergie qu’on y met, rien ne semble jamais aider, et que la réponse à notre assistance est un « oui, mais... », alors je crois que cette personne ne veut pas être aidée, mais plutôt être plainte. Et notre responsabilité en temps que chrétien n'est pas de plaindre et d’avoir pitié, mais d’aider ceux qui ont véritablement besoin d’un coup de main. Il y a un temps pour parler d’un problème, et il y a un temps pour arrêter d’en parler, passer à l’action et le résoudre. À vouloir aider les « non aidables », on perd de précieux moments à ne pas aider ceux qui ont véritablement besoin de notre encouragement et de notre réconfort. En lisant Marc 5 :21-34, on s’aperçoit que Jésus n’a aidé qu’une seule personne parmi la foule qui l’entourait.

Aussi, il ne faut pas oublier que nous n’avons pas toutes les compétences et connaissances pour aider. Pour vraiment aider et servir, il faut souvent plus qu’un sourire, de l’amour ou quelques versets de la Bible. Sans être intervenants en maladie mentale, nous pouvons malgré tout diriger ces personnes vers les ressources pertinentes. Il y a quelques semaines, j’ai vu dans le métro deux jeunes hommes lire la Bible à un itinérant qui semblait être dans un état d’ébriété avancé et un état mental qui aurait requis une attention particulière. Je n’ai rien contre la Bible ou son message, bien au contraire, mais je ne crois pas que cet homme avait vraiment besoin qu’on sauve son âme; vraisemblablement, il avait des besoins plus urgents auxquels ces deux jeunes hommes n’étaient pas en mesure de répondre.

En conclusion, Parfois notre coeur a été endurcis par des gens qui nous on dupés alors il faut avoir du discernement et apprendre de nos expériences. Il n'y a pas de bonne ou mauvaise façon d’aider. Parfois, on aide et on s’aperçoit après coup que nous aurions dû ne rien faire; d’autres fois, nous nous rendons compte que nous aurions dû aider, finalement, alors que nous n'avons rien fait. Demandons à Dieu de nous donner du discernement et de la clarté face à tout ça.