C’est le temps des RÉER. Avez-vous remarqué ? Les banques et les caisses pop se fendent en quatre pour nous en faire la promotion en multipliant les publicités à la télé aux heures de grande écoute. Cette année, pour la première fois de ma vie, je me suis soucié de ma retraite et ai souscrit à un RÉER. Moi qui ne me suis jamais intéressé à l’argent et m’en fais même un point d’honneur, je me suis surpris à avoir un intérêt aussi soudain que nouveau pour les différents produits de placement offerts par les banques. Alors qu’il y a peu de temps je n’y comprenais rien, ce vocabulaire n’a plus de secrets pour moi : RÉER, CELI, CPG, obligations, actions, revenu fixe, répartition d’actifs, fonds communs, diversifiés, équilibrés, pondérés… Je ne me reconnais plus. J’ai senti que je trahissais une partie de moi-même, mes valeurs, qui je suis. Même un soupçon de culpabilité. Pour moi, les chapitres 5 à 7 de l’Évangile de Matthieu (le Sermon sur la montagne), ce n’est pas un détail, c’est le coeur de la foi chrétienne et du message de Jésus-Christ, bien plus que la morale sexuelle, la Trinité, la croix, le salut par la grâce ou la justification par la foi. Et dans ce Sermon sur la montagne, une grande place est accordée à l’attitude qu’on doit avoir envers l’argent et les biens matériels. Je crois qu’un chrétien se doit de vivre un certain détachement par rapport à ces choses.
Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous plutôt des trésors dans le ciel, où ni vers ni rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent les murs ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent.
Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de ce que vous boirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Qui d’entre vous peut, à force de soucis, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ?
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, le lendemain s’inquiétera de lui-même.
Depuis toujours, je m’efforçais de mettre en pratique ces passages. Mais maintenant arrivé au milieu de la trentaine, j’ai commencé à penser à l’argent et à mes vieux jours, en parfaite contradiction avec le discours de Jésus sur l’argent et le souci du lendemain.
Avec le recul, quelques semaines après avoir fait mon entrée officielle dans le club des investisseurs, je me rends compte que je poussais probablement à l’extrême ces belles et sages paroles que l’évangéliste attribue à Jésus.
D’abord, à l’époque où il aurait prononcé ces mots, les gens ne vivaient pas jusqu’à 85 ans en moyenne comme c’est le cas de nos jours. L’espérance de vie devait dépasser de peu la trentaine. De plus, les quelques-uns qui parvenaient à un âge vénérable étaient pris en charge par leurs enfants, qui les hébergeaient et subvenaient à leurs besoins. De nos jours, il ne faut pas trop compter là-dessus, même si on a des enfants. L’État ? Il a remplacé la famille et les aidants naturels dans bien des cas, mais je ne crois pas qu’il soit avisé de compter sur ce dernier pour assurer sa subsistance dans trente ans. Les coffres des régimes publics de rentes et de pensions de vieillesse seront peut-être à sec au moment où j’atteindrai l’âge de la retraite. Ou alors le montant qu’on recevra et qui nous paraît suffisant aujourd’hui n’aura pas la même valeur : 3 000$ par mois, ça ne vaudra peut-être pas grand-chose en dollars de 2040. Le régime de retraite de l’employeur ? Rares sont ceux de nos jours qui pourront compter sur une pension substantielle de l’entreprise pour laquelle ils auront travaillé sans interruption pendant 45 ans. Le monde du travail de ma génération est différent de celui qu’ont connu nos parents.
Par contre, je ne me mettrai pas à surveiller mon portefeuille de près sur Internet, à lire quotidiennement les cotes de la Bourse dans le journal, à vendre des actions d’une compagnie pour en acheter d’une autre qui me semble plus prometteuse. Je laisse ça aux gestionnaires du portefeuille, qui sont censés s’y connaître. Pas question que je devienne obsédé par la maximisation des rendements de mon portefeuille. Ça ne m’intéresse pas. Tout ce que je veux, c’est avoir l’esprit tranquille
Je continue de penser que le but de l’existence n’est pas de s’enrichir ou d’accumuler des biens matériels. Ça ne veut pas dire qu’il faille pour autant se désintéresser complètement de la question et penser naïvement qu’on vivra d’amour et d’eau fraîche. Mon loyer, mon épicerie, mes frais médicaux et médicaments ne se paieront pas tout seuls quand je ne travaillerai plus, et ce serait de l’inconscience de ne pas faire preuve d’un minimum de prévoyance.
Je ne pense pas qu’on doive rechercher la pauvreté et le dénuement pour être un bon chrétien. Vivre aux crochets des autres, ou de l’État, n’est pas un idéal chrétien non plus.
Ne pas faire en sorte que ces préoccupations prennent toute la place. Que cela devienne le centre de notre existence. Qu’on se crée à cause de cela des soucis qui nous empêchent de vivre. Peut-être que c’était juste ça que Jésus voulait dire. Et juste ça, c’est déjà beaucoup.
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Commentaires
Etudianteindigne
Stéphane, je te comprends,
Affiché le dim 15/02/2009 - 09:36
Stéphane, je te comprends, j'ai moi-même été préoccupée par un sujet qui me semblait être parlé presque directement dans une parabole de Jésus: les assurances. C'est la parabole de l'homme qui emasse ses biens en réserve (Luc 12, 16-21 ou Thomas, logion 63). Ça m'a beaucoup fait pensé aux assurances, surtout adolescente alors que j'avais une lecture assez terre-à-terre de la Bible. J'aime ta conclusion, Stéphane: l'important est que l'argent ne soit pas centrale dans la vie chrétienne. Après tout, l'homme de la parabole de Luc et Thomas a passé toute sa vie à économiser, en pensant que ses richesses allaient régler tous ses problèmes, même la mort... Et dans le Sermon sur la Montagne, il est écrit: "Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent." Pour reprendre la phrase d'une publicité (poche) de Desjardins (je crois): l'argent devrait être au service des gens, jamais le contraire. Comme quoi Dieu est partout! Je crois que malgré les apparences cette phrase veut dire quelque chose de spirituel, quand l'argent est notre maître et qu'il passe au-dessus de soi-même ou des autres humains, là est le problème, alors que quand il nous sert, il est un appui matériel à nos aspirations spirituelles. Bien que toutes nos aspirations ne sont pas toujours "directement" spirituelles comme s'acheter un RÉÉR ou une assurance. Je compare ça, peut-être est-ce tirer par les cheveux mais bon je vous laisse juger, à manger ou dormir. Ces buts ne sont pas spirituels en soi, mais indirectement ils permettent à notre corps et notre esprit à être en état d'écouter la voix de Dieu. Car Dieu parle toujours, mais les humains ne l'écoutent que quelques fois et ce sont ces fois qui font la foi!