Éditorialistes
Stéphane Gaudet

Stéphane Gaudet

Le Dieu méchant de l'Ancien Testament

rédacteur en chef de la revue Aujourd’hui Credo et coordonnateur du programme Témoignage et mission des Ministères en français de l’Église Unie du Canada

 

Trop souvent, on entend encore des gens, souvent de bons chrétiens, opposer le Dieu « méchant » de l’Ancien Testament au Dieu du Nouveau, un Dieu d’amour, celui de Jésus-Christ.

 

Cette opposition n’est en fait pas « chrétienne » au sens où jamais le christianisme n’a rejeté la valeur des Écritures juives pour ne vouloir conserver que les 27 livres du Nouveau Testament (qui veut dire : nouvelle alliance). Dans l’Antiquité, Marcion s’y est essayé, mais le marcionisme a été rejeté par l’Église, consciente de l’héritage juif de la foi chrétienne.  D’ailleurs, plutôt que de parler de l’Ancien Testament, comme si l’alliance conclue entre Dieu et les Hébreux était périmée, beaucoup aujourd’hui préfèrent parler de « Premier Testament » ou première alliance.

 

Le Premier Testament est l’histoire de l’amour tout-puissant de Dieu pour son peuple et pour l’humanité. D’abord, il crée l’être humain et juge que cela est bon. Plus tard, il libère son peuple captif, puis il demeure avec lui dans les moments difficiles. Dieu aime tellement son peuple que lorsque celui-ci s’égare, ne sachant plus ce qui est bon pour lui, Dieu ne désespère jamais et tente par tous les moyens de le ramener dans le chemin du salut, envoyant prophètes après prophètes pour crier au peuple ce qu’il ne veut pas entendre.

 

Certains chrétiens d’aujourd’hui, mal à l’aise avec plusieurs passages difficiles des Écritures qui dépeignent un Dieu violent, cruel, sadique, despotique et capricieux, souhaiteraient presque qu’on expurge la Bible de tout ce qui entre en contradiction avec l’image contemporaine qu’on s’est faite d’un Dieu doux, voire doucereux. Un peu comme Thomas Jefferson qui avait retiré du Nouveau Testament tous les passages où il y avait du surnaturel. Or, comme le disait Mgr Albert Rouet lors de son passage à Montréal, Dieu s’est sali les mains avec nous ! Expurger la Bible de tout ce qui ne fait pas notre affaire et de tout ce qui contredit nos images modernes et parfois réductrices de l’Éternel ferait de la Bible une espèce de conte de fées où tout va bien, tout est beau, tout le monde est gentil. Un texte sans lien avec la réalité et sans prise sur la réalité. L’histoire de l’humanité est loin d’être un conte de fées. La vie n’est pas ainsi.

 

Mgr Rouet a rajouté que le malaise avec les passages violents de la Bible est en fait un malaise face à notre propre violence et aux côtés sombres de nous-mêmes qu’on aime moins. Le monde violent dans lequel Dieu agit qui est décrit par l’Ancien Testament n’est pas chose du passé, bien au contraire. Nous en sommes encore là, notre monde est encore empli de violence, de domination de certains peuples sur d’autres et d’injustices. Et Dieu y demeure actif. L’Ancien Testament, c’est encore notre réalité, dans un sens.

 

Jésus est né juif et est mort juif. Jamais il n’a été chrétien. Ceux qui se disent chrétiens, donc disciples de Jésus, doivent toujours garder à l’esprit qu’ils ont choisi de suivre un Juif totalement juif, entièrement pétri par le judaïsme de son temps bien qu’il en rejetait le légalisme et proposait une nouvelle lecture, une nouvelle façon de vivre sa religion. Tout n’a pas commencé avec la personne d’un Jésus sorti de nulle part. Nous devons rester conscients de tout ce que nous devons au judaïsme, que c’est par le peuple juif que la Parole s’est rendue jusqu’à nous, et que c’est dans le peuple juif que la Parole s’est faite chair.

 

Plutôt que de vouloir éliminer l’Ancien Testament comme Marcion ou de découper dans la Bible comme Jefferson pour ne garder que ce avec quoi on est à l’aise ou ce qui concorde avec nos croyances personnelles, voyons plutôt le Premier Testament comme la clé essentielle, incontournable pour comprendre le Nouveau, et le Nouveau comme l’éclairage à la lumière duquel on doit lire et comprendre le Premier. Nous verrons ainsi que le Dieu de la grâce est aussi bien présent dans l’Ancien Testament, pas seulement dans le Nouveau ; dès la Genèse, par exemple quand Dieu fait alliance avec tous les êtres vivants et promet de ne plus jamais détruire la terre avec un Déluge à cause de la violence des humains.

 

Ayons aussi à l’esprit que les auteurs du Premier Testament ont parlé de Dieu avec le langage, les concepts, les images et les réalités qu’ils connaissaient, à une époque où il y avait en effet des rois tout-puissants, des esclaves, des armées, des massacres.

 

C’est Martin Luther qui a la solution : que Jésus-Christ et le message qu’il incarne soient notre « grille de lecture » de toute la Bible.

 

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