Éditorialistes
Stéphane Gaudet

Stéphane Gaudet

La religion, fléau de l’humanité

+ En lien avec le triste anniversaire des événements du 11 septembre 2001 +

Je suis vraiment tanné d’entendre cette opinion, largement répandue, selon laquelle la religion serait le fléau de l’humanité. À entendre certains, les croyants sont la cause de tout ce qui va mal dans le monde. Nous serions responsables des pires atrocités dont l’humanité se rend coupable. Moi, je suis croyant, donc tout ça est ma faute.

Le 11 septembre 2001 ? C’est moi. La guerre en Irlande du Nord ? C’est moi. Les croisades ? Encore moi.

On passe ainsi sous silence tous les facteurs économiques, politiques, stratégiques, sociologiques qui sont à l’origine des conflits pour faire croire que tout est dû au seul fait religieux.

Pourtant, quand on regarde de plus près les conflits qui opposent en effet des groupes d’appartenances religieuses différentes, on constate que c’est rarement pour faire triompher sa foi sur celle de l’autre qu’on se bat. Quand la religion joue un rôle, c’est le plus souvent un rôle accessoire, instrumental. On s’en sert pour autre chose, pour arriver à des fins qui n’ont rien de religieuses.

Par exemple, en Irlande du Nord, plutôt que de parler d’un conflit entre catholiques et protestants, il serait plus juste d’y voir une lutte entre unionistes et républicains. Bien sûr, les unionistes se trouvent à être protestants et les républicains, catholiques. Mais avant d’être protestants, les unionistes sont surtout d’origine ethnique écossaise et anglaise (donc logiquement protestants !), descendants des colons établis dans l’île au fil des différentes « plantations » voulues par Londres, alors que les républicains sont des « autochtones » d’origine irlandaise et celtique. Mais ça, on ne le dit jamais.

Quant au conflit israélo-palestinien, si on ne peut nier sa dimension religieuse (selon les juifs, c’est Dieu lui-même qui leur a donné le pays de Canaan), on doit toutefois la relativiser et avouer ici encore que ce sont davantage des Israéliens en lutte contre des Palestiniens pour un territoire que des juifs et des musulmans engagés dans une guerre de religion. On se bat pour la possession de la terre, pas pour son Dieu (ils ont le même !) ni pour convertir des juifs en musulmans ou vice-versa.

Partout au Moyen-Orient, l’argent, le pétrole, le pouvoir sont les enjeux qui expliquent les conflits bien davantage que la foi.

Il y a eu peu de guerres purement religieuses. On se sert de la religion pour mobiliser, donner une transcendance à un conflit bassement terrestre. « Dieu est de notre bord » clament en chœur Bush, Ben Laden et tous les chefs qui les ont précédés à travers les âges quand venait le moment de lancer leurs armées en guerre. Mais les intérêts matériels se cachent presque toujours derrière les raisons religieuses.

Malheureusement, quand la religion s’en mêle et se superpose aux vraies raisons du conflit, la guerre devient encore plus sanglante, plus terrible. On oublie pourquoi on se bat vraiment et on finit par croire que c’est pour Dieu et contre le Diable. Inévitablement, cela insuffle fanatisme et détermination aux combattants, et c’est exactement ce que veulent leurs chefs et ceux qui ont intérêt à la guerre.

Pourquoi faire abstraction de toutes les guerres qui ont opposé des belligérants d’une même appartenance religieuse ? Quel rôle a joué la religion dans le déclenchement des guerres napoléoniennes ? Dans celui des deux conflits mondiaux ? Le nazisme était une idéologie tout à fait athée. Idem pour le communisme pour ou contre lequel on s’est battu en Chine, en Corée, au Vietnam, en Afghanistan durant la guerre froide. Le capitalisme aussi est athée : on ne peut servir à la fois Dieu et l’Argent, nous dit Jésus.

Quelquefois, les guerres constituent l’éclatement d’un conflit latent entre un dominant et un dominé. Pensons aux guerres civiles, aux guerres d’indépendance et de décolonisation, aux conflits interethniques, aux révolutions. Souvent le dominant et le dominé partagent la même foi, parfois pas. Dans le deuxième cas, la religion ne vient que se rajouter à la liste des différences entre les deux groupes et des raisons de la discrimination exercée par le fort envers le faible.

Le XXe siècle, ère du règne de la science, du progrès et de la raison libérés de l’obscurantisme religieux, nous a donné Auschwitz et Hiroshima. C’est donc faire erreur que de croire que les religions sont coupables de tous les maux et qu’avec le temps, une fois débarrassés de ces stupides croyants (« Stéphane, tu es quelqu’un d’intelligent, comment peux-tu être croyant ? »), l’humanité connaîtra un âge d’or de paix et d’harmonie.

En réalité, ce discours sur la religion vue comme LE fléau de l’humanité ne fait que participer à un discours plus vaste visant à diaboliser la religion. C’est plus facile d’accuser les seuls croyants que de reconnaître que c’est la convoitise, la cupidité et le désir de domination présents chez l’humain qui l’amènent à tuer pour des choses comme un territoire, un droit de passage, des richesses naturelles ou le pouvoir.

Ceux qui utilisent la religion pour tuer le font toujours en violation des préceptes qui sont à la base même de leur foi. Des amis musulmans me confiaient après les attentats du 11 septembre 2001 que de vrais musulmans ne peuvent pas tuer comme ça des innocents. De même, un vrai chrétien ne peut pas torturer et tuer pour du pétrole. Les vrais croyants ne sont pas ceux qui utilisent Dieu pour se lancer en guerre contre l’Autre, qui tuent au nom de Dieu. Ceux-là sont des apostats et leur Dieu n’existe pas.

Non, pour le vrai croyant, celui qui est différent est aussi une créature de Dieu et un frère en humanité. Il déplore les guerres et en souffre, souhaite la paix et oeuvre pour la vie, non la mort et la haine. C’est avec une facilité déconcertante que les « antireligion » oublient toutes les bonnes choses que l’on doit directement ou indirectement aux religions (respect pour la vie, amour du prochain, œuvres sociales et humanitaires, activisme politique pour la justice, la paix, le respect des droits…).

Vraiment, y’en a marre de ce discours. Basta ! Oui, on a tué au nom de Dieu. Oui, les croyants ne sont pas sans tache. Mais la religion n’est pas non plus la cause de tout le mal.

Non, pour le vrai croyant, celui qui est différent est aussi une créature de Dieu et un frère en humanité. Il déplore les guerres et en souffre, souhaite la paix et oeuvre pour la vie, non la mort et la haine. C’est avec une facilité déconcertante que les « antireligion » oublient toutes les bonnes choses que l’on doit directement ou indirectement aux religions (respect pour la vie, amour du prochain, œuvres sociales et humanitaires, activisme politique pour la justice, la paix, le respect des droits…).

Oui, on a tué au nom de Dieu. Oui, les croyants ne sont pas sans tache. Mais la religion n’est pas non plus la cause de tout le mal.

Commentaires

Grant2

Grant2

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Très intéressant, Stéphane. Je pense que la religion joue un rôle dans les guerres, et les autres actions de violence. Mais, ce n'est pas parce que la religion est maligne; c'est parce que la religion est puissante. Puissante, et ambiguë, et difficile à comprendre. Les symboles peuvent agiter les émotions, et donner l'ambience de la foi meme quand les motivations sont les choses comme l'argent. Mais, à la même temps, la religion est importante pour tout. Nous ne pouvons pas donner la religion à les “experts.” Je ne comprends pas la physique nucléaire, mais je peux laisser la physique nucléaire a le soin des physicistes (pour les aspects technologiques). Je ne comprehends pas les paraboles de Jésu: mais je dois vivre comme un vrai chrétien. Avec les actions dangereux, on dit souvent le message “N'essayez pas cet action chez vous!” Mais, avec la religion, on dit, “Essayez. Toujours essayez. Chez vous. Et dans le monde. Essayez.”

Patrick_qc

Patrick_qc

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Très intéressante réflexion qui me fait penser au petit livre :

Les Identités meurtrières

De l'auteur Amin Maalouf

On peut y lire:

Le XX°s. nous aura appris qu’aucune doctrine n’est, par elle-même, nécessairement libératrice, toutes peuvent déraper [que ce soit les doctrines religieuses, politiques, etc.] […] Personne n’a le monopole du fanatisme et personne n’a, à l’inverse, le monopole de l’humain. », p. 62.

a+

Patrick

Claude

Claude

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Des hommes politiques se sont souvent servi de la foi des peuples pour les manipuler. Le problème c'est ceux qui se disent religieux et qui font la morale aux autres. La plus belle exemple les hommes et les femmes politiques Américainnes. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais.
Bravo Stéphane pour ta réflexion!