Éditorialistes
David Fines

David Fines

Des rituels qui (me) dérangent

J’ai assisté récemment au 3e Forum mondial théologie et libération, à Belém, au Brésil, dont le thème était : Terre, eau, théologie pour un autre monde possible. On y a beaucoup parlé d’environnement et d’écologie, des risques de bouleversements climatiques qui menacent la planète et qui menacent la vie même et l’existence de l’espèce humaine. De plus, on y a fait une grande place aux peuples amazoniens et à leurs spiritualités.

La célébration d’ouverture, par exemple, était  un hommage solennel aux quatre éléments primitifs : l’eau, la terre, l’air et le feu. J’avoue que j’en ai été un peu décontenancé. Il s’agissait tout de même l’ouverture d’un colloque de théologie… chrétienne, même si la théologie de la libération est de plus en plus éclatée et se fait de plus en plus en dialogue, non seulement œcuménique, mais aussi interreligieux. Or, en cette cérémonie il n’y pas eu de lecture biblique, pas de cantique, pas de prédication, pas de prière… et pas de réflexion théologique !

Quant à la cérémonie de clôture, animée par des membres de peuples autochtones du Sud et du Nord, il s’agissait d’une procession au son des tambours pour se poursuivre, puis, autour d’un grand cercle de fleurs, de branches, de terre, de pierres, de divers objets traditionnels, de salutations-bénédictions aux quatre points cardinaux, aux divers peuples de six continents, ponctuées de chants gutturaux. Le tout s’est terminé par une aspersion générale avec de l’eau du grand fleuve Amazone.

La presque totalité des participants ont apprécié ces cérémonials.    Mais est-ce mon esprit trop cartésien d’Occidental invétéré ? J’avoue que j’ai été dérangé par ces rituels incantatoires. Me demandait-on de me prosterner devant la Terre-Mère ? Ai-je été invité à plus honorer les éléments naturels que de rendre gloire à leur Créateur ?
Mais une bonne remise en question de temps de temps ne peut certes pas faire de tort, et même quand il s’agit de nos propres rituels bien posés, de nos célébrations par trop cérébrales.

1- Ces rituels proposent très certainement un nouveau respect pour la Nature, un rapprochement avec l’environnement qui nous entoure et dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes fondus, avec les divers éléments du monde qui nous entoure, une réappropriation des éléments de la vie.

2- Ils permettent aussi une séduisante expérience physique de la re-découverte de notre corporalité, en utilisant notre corps à la fois terrien et temple de Dieu, pas juste de notre esprit pour célébrer ses louanges ; un corps qui bouge, qui vibre, qui danse.

3- Ils sont aussi invitation à nous sentir différemment en collectivité, à un nouveau sens de la communauté plus étendue, de la communion de saints au-delà des et des territoires unis dans un même esprit d’Amour, de joie, de paix, par la même espérance d’un monde meilleur.

4- Ils sont, enfin, une invitation à s’approcher d’avantage de l’immensité incommensurable de la présence et de l’identité de Dieu, bien au-delà de tout ce que nous pouvons en dire ou penser, car il est bon de se faire rappeler que nous ne détenons ni le monopole ni l’exclusivité des images, du discours, de l’expression de la présence de Dieu. Dieue de tant de noms, de tant de visages, de tant de manifestations, de multiples fois multipliées.
 

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Commentaires

ElCaribeno

ElCaribeno

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Ils prouvent aussi à quel

Ils prouvent aussi à quel point l'imagination de l'être humain peut être débordante quand il s'agit de glorifier quelque chose purement issu de l'imaginaire, imagination différentes en fonction de la culture dans laquelle chacun grandit... l'occidental se sentant souvent ivesti de la mission "divine" d'expliquer aux peuples "primitifs" quel est le "mieux"...

Remettez-vous en question, interrogez-vous, mais pas à propos de la signification de ces différents rituels, sinon de la réalité quant à l'existance de votre divinité...

nanlab

nanlab

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Bonjour David, "Mais une

Bonjour David,

"Mais une bonne remise en question de temps de temps ne peut certes pas faire de tort, et même quand il s’agit de nos propres rituels bien posés, de nos célébrations par trop cérébrales."

J'apprécie vraiment votre conclusion. Il est vrai qu'on pourrait, à un premier niveau, craindre l'approche "incantatoire" des premières nations. Mais vos réflexions méritent le détour, merci!

N.