Éditorialistes
Richard Bonetto

Richard Bonetto

Des chrétiens atypiques?

Richard Bonetto a oeuvré et milité en milieu populaire pendant une vingtaine d'années. Préocupé par les droits des peuples autochtones il a co-fondé avec Claude Lacaille PMÉ, Marie Laure Simon CND et d'autres, le centre Wampum pour promouvoir la culture  la spiritualité autochtone. Il est présentement étudiant pasteur avec charge pastorale à l'Église Presbytérienne St-Luc. Il termine une maîtrise (STM) en théologie à l'université Mc Gill et fait partie de l'Équipe des chemins protestants.

 

La disparition récente de deux grandes figures d'un certain christianisme alternatif que je me plais à appeler Église populaire me porte à me questionner sur la pertinence du Christianisme organisé et institutionnel. Ces deux disparus: Michel Chartrand dont on célébrait les funérailles samedi dernier et Guy Paiement, jésuite mort une semaine avant.
 
Michel Chartrand n'a jamais renié sa foi en Dieu et au gars de Nazareth, le Christ des évangiles, pas plus qu'il ne s'est laissé « enfirouaper » par quelconque système, lesquels ont tendance à catégoriser, clôturer, voire enfermer.
 
Grand iconoclaste, profanateur pourfendeur de faux dieux. Michel Chartrand n'était-il pas de la trempe des prophètes comme Ésaïe, Jérémie et Amos, ces forts en gueule de la première alliance? L'homme privé, fait tout de tendresse et de chaleur, si je m'en fie aux nombreux témoignages sur lui, pourrait être comparé à Osée...
 
Ne reconnait-on pas chez lui la figure de l'homme de Nazareth: bravant le sabbat, mangeant et buvant avec les exclus du temps, remué dans ses trippes, de compassion pour les paralysés du système, touchant les intouchables, n'ayant jamais peur de la contamination, s'identifiant à eux,  lui-même exécuté pour sédition.Cet homme n'avait aucune patience pour les riches et les puissants, comme son divin maître.
 
D'aucuns trouveront que je charrie que je dépeins un Jésus de gauche. Je les invite à lire L'insoumis de Nazareth, de Roger Poudrier, publié chez Médiapaul. Peut-être ne convaincra-t-il pas tout le monde mais il saura démontrer qu'un tel portrait du Christ n'est pas sans fondement. Assurément M. Chartrand se sera montré un digne disciple d'un tel Rabbi!
 
Mon premier contact avec Guy Paiement remonte à mes années d'université, autour de 1985: c'était par voie de vidéo. Habillé en bedeau, dans un monologue intitulé: On a volé M. Jésus-Christ, il déboulonnait la statue de ce dernier, acclamée par coups de:
 
Parle! Commande! Règne!
Nous sommes tous à toi!
Jésus, étends ton règne
 De l'univers soit Roi!
 
Il dépeignait le christianisme perdu des années cinquante pour en arriver à retrouver M. Jésus-Christ dans les rapports d'entraide entre les gens, dans l'engagement de ses disciples et en concluant par le chant :
 
Tu es là au coeur de nos vies
Et c’est toi qui nous fais vivre
Tu es là au coeur de nos vies
Bien vivant Ô Jésus-Christ!
 
Guy Paiement, que ce soit au sein des communautés de base du Carrefour Justice et Foi, dans l'organisation des journées sociales, a su démontrer aux personnes qu'il a côtoyé qu'il y avait des voies autres que de « rentrer dans le rang », des lieux autres rendant possible une parole autre, en passant par une lecture autre de La Parole....
 
Ni l'un  ni l'autre des deux hommes n'étaient sans défauts ni contradictions. Ni l'un ni l'autre prétendaient à la vérité absolue... Mais assurément ils ont marqué l'Église et la société de leur temps... et la marquent encore à travers les hommages qui leur sont faits.
 
Des hommes de Pentecôte, témoins du Ressuscité...
 
On a souvent laissé aux mouvements dits de Pentecôte le monopole de l'Esprit Saint. Pourtant, pour moi les deux hommes m'apparaissent comme des hommes de Pentecôte dans le sens que les deux ont fait une expérience qui les a conduit à une option de fond qui a eu un impact sur le reste de leur vie. Ils ont fait des choix de vie (et rejeté d'autres) qui ont orienté leur quotidien jusqu'à leur mort. Ils ont été fidèles à leurs idéaux.
 
Combien de chrétiens et chrétiennes, peut être moins célèbres qu'eux, ont fait une option préférentielle, soit pour les pauvres, pour l'avenir de la planète, pour la non violence et qui sont des exemples pour nous tous. Ils ne sont peut-être pas des rongeux de balustre, et donc pas des chrétiens du dimanche non plus mais vivent pleinement selon leurs convictions. Ils sont pleinement donnés-es, pleinement consacrés-es à leur mission. Ils sont davantage des disciples que des ouailles.
 
Avec la mort de gens comme Vadeboncoeur, Falardeau, Paiement et Chartrand, on peut se désoler qu'une page de notre histoire vient de se tourner, que des gens comme ça, il ne s'en fait plus. On peut aussi en être stimulé, comme autant d'appels à poursuivre la mission. C'est peut-être aussi ça la succession apostolique.
 
Cette période pascale nous rappelle que nous sommes des envoyés. Et, comme les apôtres nous sommes invités, voire exhortés, à faire des choix radicaux, à contre courrant, nous rendant suspects pour les pouvoirs et institutions, mais inspirants pour quiconque cherche la vérité.
 
Portés par l'amour, comme tant de nos devanciers et devancières, notre vocation, c'est d'être au monde comme des levains dans la pâte, pour faire advenir le règne de Dieu, déjà là et pas encore, une tâche toujours à réaliser, mais pas sans heurts ni échecs, mais avec des moments de grâce extraordinaire qui, en bout de ligne, en vaut la peine qu'on s'est donné.
 
« Nous sommes nés pour le bonheur, pour vivre en société et rendre service aux autres. Se connaître soi-même, c'est savoir que notre bonheur vient de notre vie en société. »
Michel Chartrand
 
 
 

Richard Bonetto

Militant et étudiant-pasteur

Église presbytérienne St-Luc

Montréal

 

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