Éditorialistes
Judith Bricault

Judith Bricault

Construire des relations justes avec les peuples autochtones

Femme passionnée pour la mission de l'Église et pour les relations de paix et de justice dans son milieu : à la maison, au travail et dans sa communauté.

 

[Du 3 au 5 septembre, l'atelier "Construire des Relations Justes" s'est tenu au Manoir d'Youville de Châteauguay. Organisé par le Synode Montréal et Ottawa, cet événement avait pour but que des autochtones et des non-autochtones puissent explorer ensemble leur interrelation dans un espace propice au dialogue.]
 
 
Sur la route, je me demandais ce que je pourrais bien dire quand viendrait mon tour de prendre le bâton de parole. La dernière fois, c’était à Toronto. Ce « Cercle », cette liberté de parler, de dire ou de ne pas dire, de se livrer ou de « passer », tout avait été nouveau pour moi. J’avais été profondément marquée par le processus, touchée par les témoignages, secouée par ce premier contact avec la lourde réalité de l’héritage autochtone. J’en étais demeurée bouche bée. Mais cette fois, je voulais réagir, répondre, partager ma compréhension des choses. Participer pleinement, quoi.
 
Côté participation, je n’ai pas été déçue. Mais tout s’est passé bien autrement que je ne l’avais imaginé. La rencontre a débuté à l’enseigne de la spiritualité. Autour du feu sacré, en communion avec la nature et avec Dieu, nous avons prié ensemble afin que nos échanges soient guidés et inspirés par l’Esprit. Deux jeunes autochtones entretenaient déjà le feu, ce feu qui allait éclairer notre quête de sens tout au long de nos réflexions. Le ton était donné. Avant d’avoir  prononcé un seul mot, je comprenais qu’il fallait me mettre à l’écoute et me laisser porter par la puissance de la grâce de Dieu et de cette rencontre inouïe. Une paix bénéfique m’a alors envahie. Je renonçais à exercer le moindre contrôle, Dieu se chargerait de tout. Première leçon. 
 
Le lendemain les choses se sont corsées. On s’en doute : le fossé est large entre nos certitudes acquises et la véritable usurpation du territoire telle que vécue par les peuples amérindiens. « L’exercice de la couverture » allait nous révéler la profondeur de ce gouffre. Alors que les déclarations historiques des envahisseurs nous étaient assénées brutalement une à une, nous nous tenions aux côtés des véritables victimes privées de leurs droits ancestraux les plus légitimes. Au fur et à mesure que les traités se succédaient, les « couvertures » rapetissaient sous nos pieds. Abasourdis et révoltés, nous nous sommes finalement retrouvés sur de minuscules « îlots » avec nos amis autochtones, comme eux réfugiés et exclus. Eux-mêmes demeuraient impassibles. Rien de neuf dans ce tragique scénario. Mais pour nous, l’épreuve fut difficile, voire insupportable. Certaines choses ne se comprennent qu’avec les tripes. « Pleurer avec ceux qui pleurent », parfois ça signifie vraiment pleurer. Deuxième leçon.
 
Mais parfois aussi, le rire n’est pas loin des larmes. Les enfants nous l’apprennent, eux qui arrivent le cœur ouvert, prêts à saisir à pleines mains l’abondance de la vie de Dieu. On a fait souvent référence aux enfants au cours de la fin de semaine. Eux sauraient comprendre cette voie spirituelle si simple et si directe vers le divin. Oui, les enfants passent facilement du rire aux larmes et des larmes au rire car ils ont le cœur à fleur de peau. Tout les touche. Pas de cuirasse, pas de lunettes déformantes. Ils ont la joie facile. Ils chantent et dansent spontanément. C’est aussi ce qu’on a fait : des chansons folkloriques françaises mêlées d’airs traditionnels africains, au son du tam tam et du djembe. Un assemblage incroyable! On a chanté, on a dansé, on a ri tous ensemble, comme des enfants. C’est bon de rire dans la peine. Troisième leçon.
 
Voilà mon récit. C’est une histoire à suivre car elle parle d’une relation qui se construit une étape à la fois, une rencontre à la fois, et qui met du temps à tisser la paix et l’amitié. Moi qui voulais apporter « quelque chose » dès la première journée, j’ai accepté de me laisser conduire à travers cette expérience prodigieuse avant de pouvoir même en dire deux mots. Une autre leçon. Ce n’est pas la dernière.
 
 
Pour plus d'informations consultez  :
 
 
  
 
 
L'éditorial de Pierre Goldberger, Retisser des relations  justes, plus bas sur le site de Caféchange.
 
 
 

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